
La fulgurante croissance de la popularité des médias sociaux tels que Facebook et Twitter, et surtout la quantité d’informations personnelles qu’y dévoilent les utilisateurs, inquiètent de plus en plus – et pour de multiples raisons – l’industrie de l’assurance de dommages. On craint entre autres le vol d’identité, la fraude et le harcèlement via ces sites. On craint surtout, notamment depuis l’arrivée de Foursquare, un site qui permet à ceux qui s’en prévalent de faire connaître en temps réel leur positionnement géographique via leur cellulaire, l’augmentation des vols perpétrés dans les domiciles.
10 % plus cher
Le monde de l’assurance doit-il faire preuve de plus vigilance face à l’éclosion de ces nouveaux moyens de socialisation ? La question a été lancée récemment par Confused.com, un site Web britannique de comparaison de prix dans une foule de domaines, dont l’assurance. Analysant le degré de risque que représentent ces comportements en ligne, le site prévoit que ceux qui affichent trop de renseignement sur leurs profils Facebook ou Twitter, par exemple, pourraient voir leur prime d’assurance augmenter jusqu’à 10 % ou même se faire refuser une indemnisation en cas de vol à leur domicile.
C’est que ceux qui sont du genre à tout dire sur leurs moindres allées et venues ne peuvent qu’alerter des voyous qui profiteront de leur absence de la maison pour les dévaliser. « Les criminels sont de plus en plus perfectionnés dans leur recherche d’information, ils vont jusqu’à utiliser Google Earth et Streeview pour planifier leurs cambriolages avec une précision militaire. Les assureurs commencent à en tenir compte quand ils doivent répondre à des réclamations et on pourrait voir dans le futur des assureurs refuser d’indemniser un client qui aurait été négligent sur ces sites », croit Darren Black, directeur de l’assurance habitation à Confused.com.
L’occasion fait le larron
Ainsi, grâce à Foursquare, un éventuel voleur, non content de savoir qu’un assuré n’est pas chez lui, pourrait même savoir à quelle distance de son domicile celui-ci se trouve. « Il y a toujours des personnes qui cherchent une utilité malveillante à ce genre de succès technologique. Rappelons que Foursquare, une entreprise fondée à New York en 2009, a maintenant plus de 200 000 utilisateurs. C’est une mine d’informations pour ceux désirant connaître à quelle distance vous êtes de la maison », explique sur son blogue l’agent en assurance de dommages Dany Paquin.
D’ailleurs, le site Web pleaserobme.com tente par l’absurde de convaincre du danger. Lancé récemment par quatre Néerlandais, ce site scrute les réseaux sociaux afin de recenser et de publiciser les statuts de tous ceux qui y révèlent être hors de la maison. Si les créateurs du site disent y voir un outil de sensibilisation pour ceux qui se censurent trop peu sur leurs pages personnelles, il reste qu’il peut tout de même servir aux malintentionnés de ce monde.
Trop alarmiste
Autre spécialiste et blogueur en assurance de dommages, Vincent Gaudreau de chez Gaudreau Demers et associés est loin d’endosser ces sombres prévisions. « Un assureur ne peut pas refuser d’indemniser un client parce que ce dernier a dit sur Facebook qu’il n’était pas chez lui. Premièrement, il faudrait prouver que c’était fait volontairement, et arrêter le voleur pour en avoir confirmation », opine-t-il.
Il est d’accord avec le fait qu’il faut donner le moins d’informations personnelles possible sur ces sites Web, mais considère que si quelqu’un se faisait voler après avoir indiqué son absence sur le Web, il ne s’agirait que de négligence, sans plus. « Les incendies, sept fois sur dix, sont causés par de la négligence, un article de fumeur, de la friture, une cheminé mal ramonée. Et on indemnise quand même. Les réclamations d’assurance sont souvent dues à la négligence de toutes façons », poursuit-il.
Il trouve donc les prévisions de Comfused.com trop alarmistes, et ne croit pas la moyenne des cambrioleurs aussi subtils dans leurs méthodes. « Il y a des façons plus simples pour eux de savoir si quelqu’un est absent. Ils peuvent téléphoner, voir si la neige n’a pas été déblayée, si les journaux s’accumulent à la porte », indique-t-il, ajoutant que de toute façon, les assureurs ont déjà trop de questions à poser à leurs souscripteurs, et que le milieu n’est pas encore assez branché pour se préoccuper de ces questions.
L’assurance à la rescousse du Web
Quant aux risques de vol d’identité et de poursuites en diffamation, autres dangers que font courir les réseaux sociaux à ceux qui les utilisent négligemment, le magazine américain Agent & Broker rappelle que plusieurs types de couvertures peuvent être offertes par les courtiers pour les prévenir, d’autant que la plupart des polices d’assurance habitation couvrent aussi la responsabilité civile et la fraude.
En bout de piste, signale Agent & Broker, le problème n’est pas la technologie, mais son utilisation. Ces nouveaux risques que présentent les médias sociaux ne laissent personne indifférent; voilà une excellente façon d’engager le dialogue avec son client une fois venu de temps du renouvellement de sa police.
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