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Être plus zen : la méditation en milieu de travail

1er février 2013 | Simeon Goldstein | Commenter

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Selon les estimations de la Commission de la santé mentale du Canada, le fardeau économique des troubles de santé psychologique s’élève à 51 milliards par an, dont près de 40 % seraient des pertes en milieu de travail. Plusieurs entreprises s’attaquent déjà au problème par l’introduction de programmes pour promouvoir la santé mentale auprès de leurs employés. C’est également dans ce contexte que la première norme canadienne sur la santé mentale a finalement vu le jour le mois dernier. Cette norme d’application volontaire vise à aider les entreprises à aménager un environnement propice à la santé mentale. La méditation pourrait être l’un des éléments envisageables d’un tel environnement. Mais comment faire de la méditation au bureau et, qui plus est, en quoi est-elle avantageuse pour l’entreprise ?

Pour Lucie Poitras, présidente et formatrice de la compagnie l’Éthique par le Cœur, les bienfaits sont nombreux, tant pour l’employé que l’employeur. Infirmière et conseillère en ressources humaines, Mme Poitras est spécialisée en gestion du stress et en développement personnel. Elle dirige des séances de méditation dans différentes organisations et entreprises. « La méditation est certes un très bon outil pour diminuer le stress et la fatigue mentale. En méditant, on apprend à observer sa respiration, ses pensées et à accueillir ses émotions, observe-t-elle. Nous développons ainsi notre capacité à prendre du recul par rapport à une situation, ce qui nous permet d’accéder à une plus grande résilience. Cette dernière est, en effet, à l’opposé du stress. » Le résultat serait que l’employé est plus en mesure de faire face à des situations difficiles et de mieux les gérer.

La méditation peut également contribuer à un meilleur rendement dans un contexte de changements rapides, car elle aide la concentration, l’attention et la prise de décisions. « Des études montrent qu’on est distrait 50 % du temps d’éveil – c’est-à-dire, qu’on n’est pas présent par rapport à ce qu’on fait. Sur une journée de huit heures de travail, il y en aurait au moins quatre où nous ne sommes pas attentifs à ce sur quoi nous travaillons, explique Mme Poitras. En développant la présence et l’attention, nous développons une communication et une écoute conscientes qui permettent de collaborer plus efficacement avec nos collègues. »

Mais la méditation rapporterait davantage qu’un rendement plus efficace ou une meilleure gestion du stress. Une étude menée au Québec en 2000 a révélé que, sur une période de six ans, il y avait une corrélation entre la méditation et une réduction des coûts de consultation médicale. « C’est sûr que les entreprises ont intérêt à travailler pour réduire les coûts de la non-santé et il a été démontré que la méditation aide à diminuer le taux d’absentéisme, poursuit Mme Poitras. De plus, les gens qui trouvent satisfaction au travail ont tendance à rester dans l’organisation, ce qui diminue le taux de roulement. »

Temps et lieu

Pour beaucoup de personnes, il se peut que le mot « méditation » évoque l’idée d’une culture mystique, de chandelles et de salles remplies d’encens. Il s’agit d’une image qui ne correspond peut-être pas au monde de travail. Cependant, en réalité, ce ne sont pas des ingrédients essentiels d’une séance de méditation. Par exemple, certaines sociétés ayant adopté le concept de la norme Entreprise en santé ont aménagé une salle de repos qui pourrait servir parfaitement aux fins de méditation, de même que les salles de conférence ou de réunion dont dispose la compagnie. L’employé peut même méditer assis devant son ordinateur.

« J’ai connu des personnes ayant décidé de pratiquer la méditation dont la première action lorsqu’elles arrivent au travail consiste à fermer la porte du bureau et à prendre une dizaine de minutes pour méditer avant de démarrer leur journée », constate Mme Poitras.

Bien qu’il soit envisageable de faire de la méditation tout seul dans son bureau, il peut être souhaitable d’en faire en groupe, idéalement de 12 à 15 personnes. Surtout au début, le fait d’être accompagné et guidé peut aider tout le groupe à progresser grâce aux questions posées par les participants. Même si, en principe, il n’y a aucune limite quant au nombre de participants, les occasions d’échanges seraient réduites dans un grand groupe.

Outre l’endroit pour la méditation, une autre question se pose à l’égard de la durée de la pratique. Mme Poitras considère qu’il faut aller petit à petit. « C’est environ 20 à 30 minutes par jour que l’on recommande. Mais, pour quelqu’un qui n’a jamais médité, s’asseoir pendant une demi-heure c’est peut-être trop. Pour commencer, trois fois cinq minutes par jour se font très bien. » Et s’il en va de s’absenter du travail ? « Je pense aux gens qui prennent des pauses pour aller fumer. Pourquoi ne pas donner le même temps pour faire de la méditation ? »

Culture participative

La méditation n’étant pas le genre d’activité qu’on peut imposer aux employés, le rôle de l’employeur consiste à créer un environnement propice à la participation. L’organisation de séances d’information serait peut-être un bon point de départ, afin de sensibiliser les gens quant à la gestion du stress et de démystifier un peu la méditation. Après, c’est une décision personnelle de méditer ou non.

« Il faut en faire une partie intégrante de la culture de l’entreprise et avoir un engagement de la direction, non seulement envers la santé et le mieux-être, mais envers l’ensemble de la démarche, conclut Mme Poitras. Si l’entreprise permettait aux employés de prendre une “pause méditation” pendant les heures de travail, l’employé se sentirait peut-être moins seul, car la méditation s’inscrit dans un mouvement. »

Étant donné les coûts associés aux troubles psychologiques liés au milieu de travail et l’importance de créer un environnement qui promeut une bonne santé mentale pour ses employés, il s’agit d’une philosophie sur laquelle il pourrait valoir la peine de méditer.

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