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La Caisse menace-t-elle l’écosystème financier du Québec?

12 septembre 2017 | Pierre-Luc Trudel | Commenter

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sock full of moneyDu haut de ses 287 milliards de dollars d’actif sous gestion, la Caisse de dépôt et placement du Québec est un acteur incontournable de l’écosystème financier québécois. Peut-être même trop incontournable, s’inquiètent certains joueurs dans l’industrie.

Juin 2016 : les six régimes de retraite des employés de la ­Ville de ­Québec annoncent leur décision de confier l’ensemble de leur actif de près de 2,3 milliards de dollars à la ­Caisse de dépôt. La nouvelle crée une véritable onde de choc dans le petit monde de la gestion institutionnelle d’actif québécois. Si la poussière est retombée depuis, les craintes ne se sont pas totalement dissipées chez les gestionnaires indépendants.

« ­Le fait que la ­Caisse obtienne de nouveaux mandats de gestion dans le secteur public est en effet inquiétant, indique ­Kit ­Dalaroy, chef des finances à ­Gestion de portefeuille ­Landry. Les municipalités du ­Québec sont généralement ce que l’on appelle des early adopters (adeptes précoces) de gestionnaires locaux, parce qu’elles aiment faire affaire avec des gestionnaires plus accessibles et présents dans leur communauté. »

Même s’il tient à préciser que la ­Caisse est un « partenaire extraordinaire » pour tout l’écosystème financier du ­Québec, M. Dalaroy juge que de nombreux gestionnaires vivraient des heures difficiles si l’institution continuait de rapatrier des mandats de gestion du secteur municipal.

La plupart des gestionnaires montréalais contactés n’ont pas souhaité commenter le dossier, mais le malaise est palpable dans l’industrie. Sous le couvert de l’anonymat, certains d’entre eux ont dit être préoccupés par une trop grande concentration du marché, ce qui pourrait à terme avoir « un impact important sur la diversité de l’offre ».

À lire : Caisse (II) : Dissiper les inquiétudes

« ­Avoir un seul géant dans l’industrie mènerait à une seule façon de voir les marchés, une seule philosophie et un processus de placement unique. Mais heureusement, nous n’en sommes pas là pour le moment », a confié l’un d’eux, en ajoutant qu’il existe une « inégalité de moyens » entre la ­Caisse et les autres gestionnaires, en particulier sur le plan des frais de gestion.

« ­La ­Caisse est une concurrente de taille, en particulier parce que ses clients la considèrent comme un garant ­quasi gouvernemental, soutient de son côté ­Daniel ­Brosseau, de ­Letko, ­Brosseau et ­Associés. Si le rendement traîne, ses clients présumeront que le gouvernement est dans une certaine mesure responsable et compteront sur son aide pour résoudre le problème. Il est très difficile de lutter contre cela, même avec des résultats excellents. »

La bonne décision
Pour ­Gaston ­Verreault, président de l’Association du personnel retraité de la ­Ville de ­Québec, il ne fait aucun doute que la décision prise en 2016 de transférer à la ­Caisse de dépôt l’actif des six régimes de retraite que compte la ville était la bonne.

Si les frais plus bas ont effectivement pesé dans la balance, ce choix a surtout été motivé par un désir de simplifier l’administration et la gouvernance des régimes. « ­Les produits d’investissement sont de plus en plus nombreux et complexes. Les gens qui siègent à des comités de retraite ne sont pas des spécialistes. La ­Caisse agit comme conseiller et prend tout en charge, on n’a plus besoin de faire le suivi de plein de gestionnaires comme auparavant », ­explique-t-il.

Parmi les firmes qui ont perdu des mandats à la suite de ce transfert d’actif, on compte certes des gestionnaires indépendants basés au ­Québec, mais également de grandes sociétés de gestion étrangères.

M. Verreault précise que les membres des comités de retraite étaient bien conscients qu’en confiant l’ensemble de l’actif à un unique gestionnaire, la ­Caisse, ils perdraient une certaine autonomie dans la gestion de leurs régimes. Cette considération ne les a cependant pas empêchés de faire le grand saut.

À lire : Caisse (III) : Concurrencer un géant

En 2015, la ­Ville de ­Terrebonne s’est elle aussi laissée séduire par les solutions de placement de la ­Caisse. Mais contrairement à la ­Ville de ­Québec, elle a confié seulement certains mandats à l’institution. De l’actif total de 200 millions de dollars de la caisse de retraite, environ 60 millions sont gérés par l’investisseur institutionnel.

« ­Nous avions une volonté d’aller vers les infrastructures et l’immobilier direct. Nous avons approché la ­Caisse dans le but d’avoir accès à certains portefeuilles spécifiques, et non pas pour diminuer nos frais de gestion ou simplifier notre gouvernance », explique ­Luc ­Legris, directeur de l’administration et des finances à la ­Ville de ­Terrebonne.

La ­Caisse gère donc les portefeuilles d’immobilier, d’infrastructures et de placements privés du régime, ainsi qu’une partie du portefeuille obligataire.

« ­Pour les autres catégories d’actif, nous étions satisfaits avec nos gestionnaires actuels, mentionne M. Legris. Confier des mandats à différents gestionnaires nous permet de conserver une bonne diversification de notre caisse. »

Dissiper les inquiétudes

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