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Économie

La finance mondiale aussi fragile qu’en 2008

6 septembre 2018 | La rédaction | Commenter

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instabilite-financiere-800x600Dans un entretien avec l’Agence France-Presse, l’ex-président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, soutient que la situation financière actuelle n’est guère plus rassurante qu’en septembre 2008.

Septembre 2008, rappelons-le, marque le moment de la faillite de la banque d’affaires Lehman Brothers. « Le détonateur » d’une crise qui couvait depuis un bon moment, rappelle M. Trichet. Celui qui fut à la tête de la BCE de 2003 à 2011 s’est retrouvé au cœur de cette conflagration financière, aux prises avec des choix difficiles.

Gare à l’endettement

Quand il regarde la situation actuelle, il n’est pas rassuré. Il rappelle que le surendettement massif des économies avancées a été un facteur essentiel du déclenchement de la crise financière mondiale de 2008. Dix ans plus tard, « la croissance de l’endettement – en particulier privé – des pays avancés a ralenti, mais ce ralentissement est compensé par une accélération de l’endettement des émergents, déplore-t-il. C’est ce qui rend aujourd’hui l’ensemble du système financier mondial au moins aussi vulnérable, sinon plus, qu’en 2008. »

En 2017, selon la Banque des règlements internationaux, l’endettement cumulatif des ménages, des gouvernements et des entreprises non financières avoisinait les 250 % du PIB à l’échelle mondiale, contre 215 % au début de l’année 2008. Cet endettement représente 280 % du PIB des pays développés et 190 % de celui des pays émergents, où il est en forte hausse depuis quelques années. L’endettement de la Chine, par exemple, atteint désormais 255 % de son PIB.

Un raz-de-marée financier

Jean-Claude Trichet est aussi revenu sur la chronologie de la crise de 2008. Le 9 août 2007, la BCE est soudainement confrontée à une interruption complète du fonctionnement du marché monétaire de la zone euro. Ce matin-là, BNP Paribas gèle trois fonds aux États-Unis, après y avoir vu disparaître 400 millions d’euros (613,5 M$ CAN) en quelques jours. Depuis juin, les faillites se multiplient aux États-Unis et commencent à contaminer l’Europe. Fin juillet, l’État allemand avait déjà dû renflouer en catastrophe la banque IKB, au prix de 3 milliards d’euros (4,6 G$ CAN).

« La situation était sans précédent depuis la Deuxième Guerre mondiale : il n’y avait plus aucune activité normale, plus aucune transaction entre les banques, plus de taux d’intérêt sur le marché, se remémore Jean-Claude Trichet. […] Je prends alors avec mes collègues la décision de donner toute la liquidité demandée par les institutions financières, sans limite. » Les banques ne se feront pas prier pour en profiter. Le 9 août 2007, une cinquantaine de banques de la zone euro obtiennent 95 milliards d’euros (145,7 G$ CAN) de liquidités de la BCE pour faire face à leurs obligations. Du jamais vu.

La Banque d’Angleterre, la Banque Nationale suisse, la Banque du Japon, la Banque centrale coréenne et la Réserve fédérale américaine se joindront rapidement à la danse, balançant de l’argent à gauche et à droite.

La détonation

Mais cela ne freine pas le train de la crise. Lorsque Lehman Brother déclare faillite le 15 septembre 2008, c’est l’implosion. Malgré les interventions de la Réserve fédérale américaine et même de la BCE, le gouvernement américain refuse de sauver Lehman. Échaudé par les critiques de tous bords qui ont fusé contre son aide financière aux organismes de refinancement hypothécaire Fannie Mae et Freddie Mac, le gouvernement laisse aller.

« Ma compréhension est que l’exécutif américain estimait ne pas avoir, à ce moment-là, la capacité politique d’intervenir avec de l’argent public, analyse l’ex-banquier central. Je me préparais donc moi-même à la catastrophe. »

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