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Investir en maximisant les avantages fiscaux

4 juin 2013 | Commenter

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Partie 1

 
Sommaire : Le groupe Conseiller interroge quelques fiscalistes pour révéler les secrets de l’investissement efficace. Dans cette leçon, nos chroniqueurs examinent les placements à long terme, le rendement après impôt des fonds communs de placement, l’investissement dans les titres de créances et les rentes triples dos-à-dos. Après avoir maîtrisé ces notions, les conseillers seront mieux outillés pour aider leurs clients à investir en maximisant leurs avantages fiscaux.

UFC demandés : 2.00

Section 1 : Questions de placements

 
Les conseillers devraient considérer la réalisation du gain en capital, à long terme, à l’extérieur du REER.

Un investissement fiscalement avantageux ne signifie pas un investissement sans impôt. Il signifie plutôt un investissement qui offrira un rendement après impôts plus élevé, compte tenu du taux d’imposition du rendement.

Pour ce faire, vous pourriez essayer de faire investir vos clients dans des placements dont les rendements sont imposés à un taux moindre (par exemple, les dividendes ou le gain en capital). « Ce n’est pas seulement le rendement réalisé qui compte, mais ce qui reste », mentionne Joseph Link à ses clients. Il est vice-président et conseiller en investissement pour un courtier majeur.

Joseph Link ajoute que le choix des produits à investir dans un compte non enregistré versus un compte enregistré doit tenir compte des incidences fiscales sur le rendement des produits en question.

Loin de vouloir déjouer l’Agence du Revenu du Canada (ARC), l’efficience fiscale devrait être la cerise sur le sundae.

Régimes enregistrés

L’avantage des régimes enregistrés, comme le REER et le REEE, est de permettre au contribuable de différer le paiement des impôts sur les revenus et les gains qui y sont générés. Cette particularité fait en sorte que le contribuable peut se concentrer sur le rendement escompté sans tenir compte des considérations fiscales.

Cependant, les fonds retirés de ces régimes sont imposables. Les cotisations dans un REEE peuvent cependant être retirées sans impôts. Les retraits provenant des revenus et des subventions, connus sous le nom de Paiements d’aide aux études, sont imposables.

En investissant dans un compte non enregistré, le contribuable doit porter une attention particulière au mode d’imposition des différents revenus, soit : les intérêts, les dividendes ou le gain en capital, qui seront imposés au moment où ils seront reçus ou réalisés.

Au Québec, en 2012 le taux d’imposition applicable pour un particulier assujetti au taux marginal maximum sera de 32,8 % sur les dividendes déterminés et de 24,1 % sur les gains en capital. Alors, à titre de stratégie de placement de croissance, il serait préférable de conserver des actions dans un compte enregistré, dans la mesure où les titres sont négociés plus fréquemment et génèrent du gain en capital. Ce mode de détention permettra de différer l’impôt sur le gain en capital.

« Si un client génère du gain en capital à long terme à l’intérieur d’un REER, il devra payer l’impôt à un taux de 48,2 % selon le taux marginal maximum applicable au Québec en 2012 », mentionne M. Link. Si le gain en capital est réalisé dans un compte non enregistré, le taux d’impôt sera réduit de moitié.

Contrairement aux comptes enregistrés, si vous vendez des titres à perte d’un compte non enregistré, vous pourrez utiliser ces pertes en capital pour réduire les gains en capital de l’année courante, des trois dernières années ou conserver le montant pour les gains en capital futurs.

Si les actions à dividendes ont priorité sur les actions de croissance au sein d’un régime enregistré, cela l’est davantage avec les actions étrangères comparativement aux actions canadiennes. Le taux d’imposition au Québec en 2012 sera de 32,8 % sur les dividendes déterminés, tandis que les dividendes étrangers seront imposés à un taux de 48,2 %. L’écart du taux d’imposition s’explique par le crédit d’impôt pour dividendes qui s’applique seulement, règle générale, sur les dividendes provenant de sociétés canadiennes.

Report de l’impôt, pas l’élimination

Lorsque l’investisseur devra convertir son REER en FERR, à l’âge de 71 ans, ses retraits obligatoires seront imposés, au Québec en 2012, à un taux marginal maximum de 48,2 %. Si cet investisseur avait payé ses impôts sur du dividende déterminé et sur du gain en capital, toujours au Québec en 2012, son taux marginal maximum serait respectivement de 32,8 % et de 24,1 %.

« Entre 30 ans et 40 ans, l’épargne est investie à long terme et toute augmentation de taux d’imposition avant le retrait des sommes sera non pertinente, même si le capital est réinvesti année après année », mentionne John Campbell, directeur du groupe de fiscalité et CA pour Hilborn, Ellis Grant LLP.

« Après 50 ans, vous êtes plus en mesure d’établir clairement vos projets de retraite, mentionne John Campbell. Vous pourriez vouloir une stratégie de placement plus dynamique qui minimiserait les impôts. » La pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV) vient aussi compliquer les choses. Les Canadiens ont droit à une prestation à partir de l’âge de 67 ans. Toutefois, ce montant doit être remboursé lorsque le revenu imposable dépasse un certain seuil. Le seuil est de 69 562 $ en 2012. Une personne de 67 ans et plus est susceptible d’atteindre plus rapidement ce seuil lorsqu’elle génère du revenu de dividende (compte tenu de la majoration de 1,44 $ pour chaque 1 $) comparativement à un gain en capital (dont le taux d’inclusion est de 0,50 $ pour chaque 1 $ de gain réalisé).

Le budget fédéral de 2012 a modifié les règles d’admissibilité à la PSV, faisant passer l’âge du début des prestations de 65 ans à 67 ans. Cette mesure ne touche pas les gens âgés de plus de 54 ans au 31 mars 2012. Par ailleurs, ce même budget prévoit que, dès avril 2013, un retraité pourra réclamer ses prestations à 65 ans ou demander leur report jusqu’à l’âge maximal de 70 ans pour profiter d’une majoration de versements.

Si le revenu imposable du client est près de 69 562 $, soit le seuil de 2012, il serait pertinent de réorganiser son portefeuille pour favoriser le gain en capital plutôt que le dividende afin d’éviter le remboursement de la PSV.

Option d’achat à couvert

L’utilisation des options d’achat constitue une autre stratégie d’investissement pouvant maximiser l’efficience fiscale. Il s’agit d’un contrat qui donne au détenteur le droit d’acheter une action spécifique à un prix déterminé pour une période donnée.

L’acheteur (investisseur A) exercera l’option seulement si la valeur au marché de l’action est supérieure au prix déterminé au moment de l’exercice. L’investisseur B, qui a vendu cette option et qui possède l’action, est couvert. L’investisseur A paie, pour l’option, seulement une prime à B, soit : une fraction du prix déterminé. Si à l’échéance, la valeur au marché de l’action est inférieure au prix déterminé, l’investisseur A n’exercera pas l’option et elle expirera. L’investisseur B conservera l’action et utilisera la prime pour réduire le coût fiscal de l’action.

La prime reçue par l’investisseur B sera imposée au même taux que le gain en capital lors de la revente de l’action. Donc, l’investisseur B conserve son action et reçoit des liquidités qui seront imposées à un taux avantageux. Pour l’investisseur A, la prime payée sera considérée comme une perte en capital qui pourra être reportée contre du gain en capital futur.

Gain en capital à long terme dans un REER

Prenons l’exemple d’un investisseur du Québec imposé au taux marginal maximal.

Comparons le coût fiscal selon le mode de détention REER ou hors REER.

Investissement dans le REER

Montant initial

Valeur dans 10 ans

Impôt sur rendement dans le REER

Impôt sur retrait dans le REER

Impôt hors REER

Intérêts

100 $

200 $

0 $

48,20 $

48,20 $

Gains en capital

100 $

300 $

0 $

96,40 $

48,20 $

 
Le CELI avantageux?

Pour Denise Wright-Ianni, CGA à Toronto, un épargnant pourrait être gagnant avec le CELI plutôt que le REER.

« Si vous avez besoin d’argent à court terme – 5 ans ou moins – vous devriez envisager le CELI, dit-elle. Si vous n’êtes pas imposé au taux marginal maximum, vous pourriez conserver votre plafond de déduction REER pour le moment où vous serez imposé au taux marginal maximum, la déduction sera plus avantageuse. Si vous retirez l’argent à court terme, ne gaspillez pas votre plafond de déduction REER. »

Section 2 : Fonds communs de placement, calcul du rendement après impôts

 
Comment évaluer l’efficience fiscale d’un fonds commun de placement.

Par André Fok Kam

Pour évaluer quantitativement l’efficience fiscale d’un fonds, nous avons besoin de connaître le rendement avant et après impôts.

Au Canada, l’industrie des fonds n’exige pas la divulgation des rendements après impôts. Cette situation est regrettable puisque c’est le rendement après impôts qui intéresse l’investisseur assujetti à l’impôt. Malgré l’absence de cette information, il est possible de calculer l’efficience fiscale d’un fonds commun.

Depuis 2001, aux États-Unis (É.-U.), la Securities and Exchange Commission (SEC) oblige l’industrie des fonds communs à publier, dans ses prospectus, les rendements après impôts.

Cette obligation a aidé les investisseurs américains à mieux évaluer l’incidence des impôts sur le rendement de leurs placements.

Le régime d’imposition des fonds communs et des investisseurs aux É.-U. est similaire à celui du Canada. Les fonds communs sont assujettis à des impôts sur leur revenu, mais peuvent déduire à des fins fiscales les distributions effectuées en faveur des investisseurs. La plupart des fonds communs distribuent la totalité de leurs revenus et aucun impôt n’est exigible à leur niveau. Les investisseurs, pour leur part, seront imposés sur :

  1. Les distributions reçues des fonds communs;
  2. Le gain en capital réalisé sur le rachat des parts.

Afin d’illustrer comment les rendements après impôts sont calculés et présentés, voici un bref sommaire des exigences de la SEC.

Trois types de rendement

L’industrie américaine des fonds communs doit publier les trois types de rendement suivants :

  1. Le rendement avant impôts;
  2. Le rendement après impôts payés par l’investisseur sur les distributions;
  3. Le rendement après impôts payés par l’investisseur sur les distributions et sur le gain en capital réalisé suite au rachat des parts.

Il y a deux types de rendement après impôts. Le premier ne tient compte que des impôts payables par les investisseurs sur les distributions. Le deuxième tient compte des impôts payables par les investisseurs sur les distributions et les gains en capital réalisés sur les rachats de parts.

Ces rendements doivent être divulgués pour des périodes d’un an, de cinq ans et de dix ans ou pour la durée de vie du fonds commun si cette dernière période est plus courte. Un indice comparatif de rendements doit aussi être fourni.

Ces informations permettent à l’investisseur de tenir compte des rendements des fonds communs dans sa décision.

Vous trouverez, ci-après, un exemple des informations qui doivent être fournies par un fonds commun américain.

Fonds ABC

Rendements annuels moyens pour la période se terminant le 31 décembre 20xx

1 an 5 ans 10 ans

Rendement avant impôts;

Rendement après impôts payés par l’investisseur

SECTION À REMPLIR AVEC VOS CLIENTS sur les distributions;

Rendement après impôts payés par l’investisseur sur les distributions et sur le gain en capital réalisé suite au rachat des parts. Indice comparatif

Rendement avant impôts

Tous les rendements doivent être calculés selon les normes prescrites par le SEC. Le rendement avant impôts est calculé de la même façon qu’au Canada sauf pour une importante différence. Aux É.-U., les éléments suivants doivent être déduits dans le calcul du rendement avant impôts :

  • Les frais d’entrées payés par l’investisseur dans le cas de tel fonds;
  • Les frais de sortie payables par l’investisseur dans le cas de tel fonds.

Les frais déduits dans ce calcul sont les frais maximaux selon ce qui est applicable. Le rendement avant impôts est calculé en prenant pour hypothèse un investissement initial de 1000 $ comparé à sa valeur à la fin des périodes de référence. Le rendement calculé tient compte des frais de transaction, d’administration, des dépenses du fonds et des frais de vente. Le calcul suppose aussi que le total des distributions est réinvesti.

Rendement après impôts payés par l’investisseur sur les distributions

Un investisseur doit payer des impôts sur les distributions reçues des fonds communs. La SEC observe que les conséquences fiscales reliées aux distributions constituent une surprise pour de nombreux investisseurs lorsqu’ils découvrent les impôts substantiels qu’ils peuvent devoir payer sur leurs investissements, et ce, sans aucun lien avec le rendement du placement.

La SEC observe que le calcul de ce type de rendement donne à l’investisseur une indication de l’efficience fiscale du fonds. L’efficience fiscale est très importante pour un investisseur imposable et en particulier pour un investisseur à long terme qui verra son rendement augmenter lorsqu’un fonds minimise les distributions.

Le calcul du rendement après impôts payés par l’investisseur sur les distributions diffère du calcul du rendement avant impôts du fait que les impôts payables sont déduits et que c’est le montant après impôts qui est réinvesti. Les impôts sont calculés en utilisant le taux fédéral le plus élevé applicable à un individu à la date du réinvestissement. Les taux d’impôts utilisés tiennent compte des différentes caractéristiques fiscales des montants distribués, soit : revenu ordinaire, gain en capital, retour de capital, etc. L’impôt des états et les impôts locaux ne sont pas considérés dans le calcul.

Rendement après impôts payés par l’investisseur sur les distributions et sur le gain en capital réalisé à la suite du rachat des parts

Les fonds communs américains doivent aussi fournir le rendement après impôts payés par l’investisseur sur les distributions et sur le gain en capital réalisé à la suite du rachat des parts.

Quand l’investisseur se fait racheter des parts, il réalise un gain en capital (ou une perte en capital) qui est la différence entre le produit du rachat et le coût fiscal de la part. L’investisseur doit payer l’impôt sur ce gain en capital ou déduire la perte en capital, selon le cas.

Le calcul de ce rendement tient compte des impôts payés par l’investisseur sur les distributions et sur le gain (ou la perte) en capital réalisé (subie) si les parts étaient rachetées à la fin de la période de référence. Durant la période de consultation pour la mise en place de ces règles, certains intervenants avançaient le fait que ce type de rendement reflétait la décision de l’investisseur de se faire racheter ses parts plutôt que l’efficience fiscale du fonds.

Néanmoins, la SEC a décidé de maintenir l’obligation de fournir ce type de rendement, convaincue que cette information était importante pour les investisseurs qui détiennent des parts durant de courtes périodes, afin de connaître les conséquences fiscales complètes à la suite du rachat des parts.

Cet article est basé sur le cours « Tax-efficient Fund Investing », offert par l’institut IFSE. Pour plus d’information, visitez www.ifse.ca. Reproduit avec permission

Section 3 : Emprunt élevé, risque élevé… impôts élevés?

 
Les compagnies fortement endettées peuvent offrir des occasions fiscales attrayantes. Ne laissez pas les avantages fiscaux outrepasser votre jugement sur la qualité de l’investissement.

Par Christopher Mason

Investir dans une compagnie fortement endettée peut inquiéter, en particulier quand les marchés sont volatils. Des avantages fiscaux et des pièges peuvent provenir des gains en capital, des pertes en capital et des dividendes.

Bien que les investissements dans des compagnies à dettes élevées nécessitent une vérification diligente sérieuse, un nombre croissant d’investisseurs acceptent le risque et recherchent du gain.

« Les catégories d’actif à haut rendement ont augmenté considérablement au cours des cinq dernières années et je pense que ceci est dû au fait que les gens comprennent que ces placements ont un attrait pour leur valeur et sont une alternative à des catégories d’actif à haut risque tels les titres de croissance », affirme Adrien Prenc, un gestionnaire de portefeuille chez Marret Asset Management à Toronto.

En dépit des considérations fiscales, les experts disent qu’il y a place au profit dans ces types d’investissements.

Le rendement peut contrer le risque

Il y a des façons d’inclure dans un portefeuille un investissement dans une compagnie stable, mais hautement endettée, tout en minimisant les risques. En voici quelques-unes.

Gérer les gains et les pertes en capital : Considérant que les gains et les pertes en capital peuvent être substantiels, examinez dans le portefeuille total du client les occasions d’éliminer les gains par les pertes en capital. « Les gains réalisés lors d’une disposition seront imposables à 50 % au taux marginal du client. Mais tant que l’investissement est conservé, il n’y aura pas d’impôt, mis à part les impôts sur les dividendes, ce qui est fiscalement efficient », dit Cynthia Kett, CA, CFP et directrice principale de Stewart & Kett Advisor inc. à Toronto. Néanmoins, les pertes en capital ne sont déductibles qu’à l’encontre du gain en capital, soit pour l’année courante, soit pour les trois années antérieures et de façon indéfinie pour les années à venir.

Gain en capital versus intérêt : En investissant dans une compagnie hautement endettée, vous pouvez recevoir un intérêt plus élevé si vous détenez un titre de créance, mais vous risquez de subir une perte si la compagnie éprouve des difficultés financières. « Si vous possédez de tels investissements, n’oubliez pas que vous ne pouvez pas utiliser les pertes en capital pour réduire les revenus d’intérêts sur les titres de créance à des fins fiscales », rappelle Bruce Ball, comptable agrée et associé national en fiscalité chez BDO.

Titres de créance convertibles : En générant des intérêts avant la conversion des titres de créance en actions, vous pouvez protéger les actifs du client tout en atténuant le risque et en réduisant la volatilité du portefeuille. Toutefois, les intérêts gagnés sur les titres de créance seront imposables.

Dettes élevées, compagnies en bonne santé :Compte tenu des inquiétudes concernant une imminente crise mondiale de la dette et le ralentissement économique, si des gens choisissent un placement à haut rendement comme alternative, ils devraient se concentrer sur les compagnies de qualité supérieure cotées BB et éviter les compagnies cotées CCC. « Les risques de défaut se situent dans la catégorie CCC », indique M. Prenc.

Retournez-vous : Si un de vos clients a un œil sur une compagnie qui est sur la corde raide, mais que, en toute objectivité, elle est en redressement, vous pourriez envisager d’acheter des titres de créance de la compagnie et d’attendre plutôt qu’acheter des actions. « Si les choses vont mal, vous êtes probablement en train de devenir propriétaire d’une partie des capitaux propres, dit Benoit Poliquin, gestionnaire de portefeuille principal pour Exponent Investment Management à Ottawa. Et si vous jaugez bien les perspectives de la compagnie, le cours du titre de créance augmentera avec l’amélioration des perspectives, et le client aura reçu un revenu durant cette période. »

Perspective

Il est important de considérer les incidences fiscales dans toute décision d’investissement. Mais ne laissez pas ces considérations occulter la qualité même de l’investissement.

« Dans ce type d’investissement, beaucoup trop de gens ne voient que l’argent potentiel qu’ils peuvent réaliser plutôt que la manière dont ils pourront récupérer leur investissement », ajoute M. Poliquin.

Trois questions permettent d’examiner les choses dans ce contexte :

  1. Discutez du risque : quelles sont les probabilités que le client récupère son investissement initial?
  2. Est-ce que l’investissement cadre bien dans la stratégie globale du client?
  3. Est-ce que cet investissement est fiscalement avantageux?

« Pour l’investisseur moyen, les impôts ne devraient pas être la principale considération », fait remarquer Sean Cleary, CFA et professeur de finance à la Queen’s School of Business, à Kingston.

Si vous créez une perte pour un client, vous pourriez la transformer en une situation fiscalement avantageuse. Par contre, agir de cette façon ne tient pas compte de la première question : s’agit-il d’un investissement de qualité »?

«Les considérations fiscales sont importantes pour bon nombre d’investisseurs, car ils sont imposés au taux marginal maximal, mais cela peut faire en sorte d’oublier quelques questions fondamentales en matière d’investissement. »

Des experts mettent aussi en garde de placer dans le REER des titres de créance à haut rendement dans le but de se protéger des conséquences fiscales. Si le titre ne vaut plus rien dans le REER, la perte ne pourra pas être utilisée et des droits de cotisations REER auront été inutilement utilisés.

Expertise fiscale

Si vous n’avez pas les ressources fiscales nécessaires pour ce type de stratégie, sachez où aller à l’externe pour aider vos clients à déterminer les considérations fiscales et les opportunités. M. Ball mentionne qu’une vérification annuelle avec un fiscaliste peut aider les clients. « Si vous avez des titres gagnants à la fin de l’année, vous avez aussi des titres perdants et c’est peut-être le temps de les vendre » et d’utiliser les pertes pour réduire les gains. Néanmoins, faites attention aux règles des pertes apparentes.

Acheteur : prudence

Quand vient le temps de choisir un investissement tel qu’un fonds de travailleurs et des actions accréditives, les experts insistent sur le besoin de déterminer la qualité de l’investissement nonobstant les avantages fiscaux.

Les actions accréditives sont offertes par des compagnies qui œuvrent dans les secteurs minier, pétrolier, gazier et énergétique afin de financer de gros projets d’investissements. En retour, elles transfèrent les déductions fiscales aux investisseurs.

Le coût fiscal d’un investissement de 10 000 $ devrait être réduit à zéro (10 000 $ investis deviennent 10 000 $ de déduction), et tout produit de disposition, lors de la vente, devient un gain en capital dont seulement 50 % est imposable. Le risque associé aux actions accréditives augmente en période de volatilité du marché, et déjà le gouvernement fédéral réduit les avantages fiscaux en annulant dans le budget de 2011 la possibilité pour un investisseur de faire don de ses actions à un organisme de charité et ainsi profiter d’une exemption d’impôt sur le gain en capital. « Si vous ne croyez pas faire de l’argent à long terme, vous n’en ferez pas, même si les avantages fiscaux sont attrayants », lance Cynthia Kett.

Le crédit d’impôt pour dividende est aussi important. Si vous avez le choix entre un revenu d’intérêt ou un dividende pour lequel vous réclamerez un crédit d’impôt, d’un point de vue fiscal, le dividende est préférable.

« Si vous voulez acheter une obligation à rendement élevé, assurez-vous de compenser le fait de ne pas pouvoir réclamer le crédit d’impôt pour dividende, dit Benoit Poliquin. Si un courtier téléphone en vous disant avoir une occasion pour vous et que vous vous qualifiez pour le crédit d’impôt pour dividende, voilà une vente plus facile. »

« La raison pour laquelle les actions privilégiées sont si populaires auprès des investisseurs au détail est que le rendement après impôts est plus grand. Néanmoins, à titre d’actionnaire privilégié, vous n’avez pas les mêmes recours qu’à titre de détenteur obligataire, ce qui est un peu le ‘‘prix à payer’’ pour un traitement fiscal avantageux », ajoute M. Poliquin.

Mettre trop d’accent sur les investissements fiscalement avantageux peut aussi créer des maux de tête. Les autorités fiscales prévoient un impôt minimum de remplacement pour empêcher les investisseurs qui les utilisent de façon substantielle afin de payer peu ou pas d’impôts. « Toutes les décisions d’investissement devraient être basées sur les questions fondamentales du placement », conclut Mme Kett.

Section 4 : Apprivoiser la rente

 
La rente triple dos à dos fonctionne avec l’actionnaire dirigeant.

Par l’équipe du groupe Conseiller, André L’Espérance et Ashley Crozier

Cette stratégie utilisée par un actionnaire dirigeant combine une rente, une police d’assurance vie et un emprunt effectué par une société privée (Société).

Plutôt qu’utiliser le capital de la Société, un emprunt est effectué pour l’achat d’une assurance et les intérêts sont déduits à titre de dépenses d’entreprises, ce qui réduit les impôts. Lorsque l’actionnaire dirigeant se retire, il peut utiliser le produit de la rente pour payer les impôts sur le gain en capital associés à une vente d’entreprise ou simplement augmenter ses revenus de retraite.

Mécanique

Une Société opérante ou une Société de portefeuille achète une assurance sur la vie de l’actionnaire et une rente avec un contrat distinct. L’actionnaire dirigeant est la personne assurée et la Société est bénéficiaire.

Règle générale, le montant de la rente est utilisé pour payer la prime de l’assurance et les impôts sur la rente. L’excédent peut être versé à l’actionnaire dirigeant sous forme de dividende ou de bonis.

Au décès de l’actionnaire dirigeant, le produit de l’assurance est reçu par la Société et s’ajoute au compte de dividendes en capital (CDC). Selon certaines conditions, le produit de l’assurance peut être versé sans impôts à la succession de l’actionnaire par un dividende à même le CDC et distribué à ses héritiers ou à un organisme de charité, selon les directives de son testament.

Éléments de réflexions :

  • Au décès, il n’y a pas création de capital. L’emprunt de base ou la dépense initiale doivent être remboursés;
  • L’ARC tente de limiter la déductibilité des intérêts au montant imposable de la rente;
  • Il y a un risque financier. Le montant de la rente est déterminé pour la vie selon un taux de rendement fixe. Le taux d’intérêt sur l’emprunt, lui, sera variable. Qu’advient-il si l’assuré survit au-delà de la période de renouvellement de l’emprunt et que le taux d’intérêt augmente?
  • Une fois la stratégie mise en place, il n’y a pas de retour possible;
  • Au mieux, la rente triple dos à dos génère un CDC et une déduction annuelle égale au coût net d’assurance pure.

Prochaines étapes :

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