Des stratégies de placements fiscalement avantageuses pour chaque étape de la vie : trois études de cas

Présenté par :

Jérémie Dansereau vient de décrocher son premier emploi à temps plein. Quinquagénaires, Benoît et Diane Tétreault s’efforcent tant bien que mal d’économiser en vue de la retraite tout en aidant leurs enfants à payer leurs études universitaires. Patrick Vaillancourt prendra sa retraite à la fin de l’année. À chaque étape de la vie ses priorités. Mais quelles sont les stratégies de placement les plus avantageuses fiscalement pour chacune de ces étapes?

Les débuts

Récemment diplômé, Jérémie Dansereau vient de décrocher son premier emploi à temps plein. Il a déménagé à Vancouver avec un colocataire. Jérémie a un prêt étudiant à rembourser, mais aucune autre dette. Il sait qu’il est important d’économiser pour l’avenir, mais il aimerait aussi acheter une maison ou un condo au cours des cinq prochaines années. Dans le marché immobilier de Vancouver, il lui faudra une mise de fonds d’environ
30 000 $ pour s’acheter un condo de la taille du sous-sol de ses parents.

Peter Drake, vice-président, Retraite et recherches économiques auprès de Fidelity Investments Canada, affirme que « ce cas montre bien que les décisions financières comportent généralement plusieurs considérations, à court et à long terme. Bien sûr, il faut rembourser le prêt étudiant, mais le fait de commencer à économiser pour la retraite – même une somme modique – ancre l’habitude et permet de profiter de la capitalisation. »

Rona Birenbaum, planificatrice financière agréée (CFP) auprès de Queensbury Strategies inc., recommande à Jérémie de rembourser son prêt étudiant, sans toutefois perdre de vue la planification de sa retraite. Puisque les intérêts sur les prêts étudiants sont déductibles d’impôt, Jérémie devrait d’abord rembourser tout autre prêt. Mme Birenbaum propose que Jérémie profite au maximum des programmes d’employeur qui lui sont offerts, par son employeur, comme un régime de retraite, des cotisations de contrepartie à un REER ou un régime d’actionnariat.

« On suggère habituellement aux jeunes d’investir massivement dans les actions, fait observer John Cairns, analyste financier agréé (CFA) auprès du Groupe Gestion privée Scotia, mais je ne suis pas d’accord. Les jeunes ont souvent une vision à court terme : ils veulent une voiture ou une maison. Plutôt que de jeter leur dévolu sur les actions, ils devraient s’en tenir aux placements à faible risque pour préserver leurs économies durement accumulées. »

Avec le plafond de cotisation annuel de 5 000 $, Jérémie pourrait économiser 30 000 $ en six ans environ s’il investissait dans un compte d’épargne libre d’impôt (CELI). Selon M. Cairns, établir des retraits préautorisés pour cotiser à un CELI constitue le meilleur moyen d’investir, car loin de la vue, loin de l’esprit. « Les gens ne regrettent pas ce plusqui n’est pas visible dans leur compte bancaire. Le REER est peut-être un choix moins indiqué pour Jérémie, puisqu’il prévoit retirer les fonds à brève échéance. Il pourrait cependant profiter du Régime canadien d’accession à la propriété (RAP) en tant qu’acheteur d’une première maison. »

Bien que les primes d’assurance vie soient très abordables pour les jeunes, et que la valeur de rachat de la police d’assurance vie puisse ultérieurement servir de garantie, ce produit n’est sans doute pas le plus judicieux du point de vue financier, affirme Dan Burjoski, CFP, assureur vie agréé (AVA), Gestion de patrimoine Dundee. Pour un individu n’ayant ni propriété, ni personne à charge, l’assurance maladies graves pourrait se révéler un meilleur choix. « L’assurance maladies graves verse un revenu pour une période de 6 à 12 mois, pendant que vous suivez votre traitement. Les cotisations régulières à un CELI peuvent remplir ce rôle, tout en offrant certaines possibilités de placement, puisque le CELI, très souple, permet à l’investisseur d’utiliser les cotisations comme bon lui semble. »

Si Jérémie a une somme à placer, M. Cairns et Mme Birenbaum lui suggèrent d’opter pour des fonds de la Catégorie de Société dans le cadre de placements non enregistrés, lorsqu’il aura atteint le plafond de cotisation des programmes offerts par son employeur et de ses régimes enregistrés. Les fonds de la Catégorie de Société peuvent s’adapter au degré de tolérance du risque du client. Ces fonds constituent l’option la plus avantageuse sur le plan fiscal, car l’investisseur peut rééquilibrer un portefeuille en effectuant des échanges entre des fonds « catégorie » comportant différents objectifs de placement, et ce, sans engendrer de gains en capital. Les catégories d’actif traditionnelles (y compris les fonds communs de placement) produisent un revenu imposable pour l’investisseur l’année où le rendement est réalisé. Les fonds de la Catégorie de Société peuvent procurer une croissance avec report d’impôt grâce à la possibilité de réduire les distributions imposables et aux effets de la capitalisation qui en découlent sur la croissance de l’actif.

L’âge mûr

Tous deux au début de la cinquantaine, Benoît et Diane Tétreault occupent des emplois à temps plein bien rémunérés. Ils ont trois enfants à l’université, et vivent avec la mère de Diane, qui est âgée. Diane est fille unique et s’occupe seule de sa mère depuis plusieurs années. Benoît et Diane peinent à économiser pour la retraite et à respecter toutes leurs obligations financières.

M. Cairns souligne que les gens d’âge mûr sont ceux ayant les revenus et les dépenses les plus élevés. De 50 à 65 ans, les gens devraient en général se concentrer sur le financement de leur retraite. M. Cairns recommande pour cette tranche d’âge une stratégie fortement axée sur les actions lorsque la tolérance de l’investisseur face au risque le permet. « Les gens qui n’ont pas assez économisé pour la retraite peuvent toujours ajuster leur plan et travailler plus longtemps. Une stratégie axée sur les actions, dans la limite permise par la tolérance du risque du client, contribuera à faire croître le placement. »

M. Drake ajoute que « le temps est venu d’examiner la situation dans son ensemble. Que souhaite faire le couple à la retraite? Benoît et Diane envisageraient-ils de travailler durant cette période de leur vie? Quels risques menacent leur revenu de retraite? Ils doivent établir une stratégie de répartition de l’actif qui leur fournira les revenus dont ils ont besoin, sans leur causer d’insomnie. »

Pour maximiser l’efficience fiscale, M. Cairns préconise les produits d’assurance, comme une police d’assurance vie universelle assortie d’un volet de placements ou, pour les clients réfractaires au risque, un contrat de fonds distincts avec garantie. Benoît et Diane ont souscrit une assurance temporaire pour leur prêt hypothécaire, mais songent à la remplacer par une assurance vie entière assortie d’un volet d’accumulation de patrimoine. Diane a examiné les possibilités de soins de longue durée pour sa mère et a été abasourdie par les prix. Le couple envisage à présent de souscrire une assurance soins de longue durée.

M. Drake enchaîne que Diane doit réclamer le crédit d’impôt pour aidants familiaux. Elle doit également se renseigner sur les programmes de soutien à domicile, qui pourraient l’aider à couvrir certains frais liés aux soins, en plus de la soutenir dans son rôle d’aidante auprès de sa mère.

Le planificateur financier Tony Mensch, CFP, indique que Benoît et Diane doivent s’assurer que leurs placements porteurs d’intérêts, le cas échéant, sont investis dans des produits enregistrés. Michelle Munro, directrice principale de la planification fiscale auprès de Fidelity Investments Canada, ajoute que si le couple désire investir dans les titres à revenu fixe au-delà de la limite de cotisation, les fonds à rendement en capital constituent une option intéressante. Ces derniers procurent aux investisseurs le rendement d’un fonds de titres à revenu fixe, moins les frais de transactions et de couverture, ce qui leur permet de réaliser des gains en capital avantageux sur le plan fiscal plutôt que des intérêts.

M. Mensch propose aussi les fonds de la Catégorie de Société au lieu des les fonds communs de placement traditionnels, car ils permettent le report d’impôt. Par ailleurs, il serait judicieux pour le couple de rembourser son prêt hypothécaire. « Cela représente un taux de rendement garanti, note M. Mensch. Le REER peut diminuer le revenu imposable courant, mais il ne faut pas oublier que les sommes qui en seront retirées plus tard seront assujetties au taux d’imposition marginal. Il est important de consulter son conseiller en placements pour déterminer quelles sont les stratégies de retrait les plus avantageuses d’un point de vue fiscal. »

Mme Birenbaum indique qu’« il est temps pour Benoît et Diane d’établir leurs priorités financières. S’ils doivent payer les droits de scolarité [d’un de leurs enfants], ils devront peut-être réduire leurs cotisations REER. L’intégration d’un produit d’assurance à leur portefeuille pour couvrir les éventuels frais de succession serait une sage décision, surtout s’il comporte un volet d’accumulation de patrimoine. »

La retraite

Patrick Vaillancourt prévoit prendre sa retraite à la fin de l’année, à 65 ans. Il a travaillé dans l’industrie pétrolière toute sa vie, sa maison est payée et il a cotisé 40 ans au régime de retraite de son entreprise. Il détient également des placements non enregistrés. Son assurance médicale collective prendra fin à son départ à la retraite. Veuf, il a deux filles mariées et trois petits-enfants qu’il chérit plus que tout. Il doit prévoir des fonds suffisants pour sa retraite, mais aimerait léguer de l’argent à sa famille.

M. Burjoski plaisante en disant que « les gens qui approchent de la fin de leur vie ont deux préoccupations :
Va-t-on se souvenir d’eux? Devront-ils se nourrir de pâtée pour chats pour survivre ? On sous-estime souvent la durée possible de la retraite. » M. Burjoski recommande d’affecter une partie de la valeur nette patrimoniale à des produits d’assurance, comme l’assurance temporaire, l’assurance vie entière ou l’assurance vie universelle. Si le client peut se le permettre, l’assurance soins de longue durée est un bon investissement.
« À cet âge, on risque beaucoup plus d’avoir besoin de soins de longue durée que d’une assurance maladies graves. C’est un produit onéreux, mais mieux vaut se le procurer que de voir des économies durement amassées se faire engloutir dans des factures de centre de soins de longue durée. »

M. Drake conseille de bien réfléchir au montant que l’investisseur peut retirer en toute quiétude de ses économies. Avoir à débourser des sommes importantes pour des soins de santé n’est qu’un des risques que courent les retraités. « Le premier point à considérer est le risque associé au taux de retrait. Il faut maintenir un taux de retrait annuel indexé sur l’inflation assez bas pour préserver la durabilité du portefeuille et assurer un traitement fiscalement avantageux pour les retraits effectués à même les placements. Les investisseurs doivent aussi tenir compte du risque d’inflation. Même au faible taux annuel de 2 % – plus ou moins celui des 20 dernières années – l’inflation affaiblira d’environ 40 % le pouvoir d’achat [du portefeuille] sur une période de 25 ans. »

M. Cairns recommande de conserver une proportion de 25 % à 30 % d’actions dans ses placements, même à la retraite, car il faut encore assurer une certaine croissance pour compenser les retraits. « Si vous êtes trop prudent, les retraits réduiront votre capital à un rythme plus rapide que celui du rendement de vos placements, surtout si vous ne versez plus de cotisations. »

M. Mensch considère la perte de l’assurance médicale collective comme un problème de taille pour Patrick. Les frais médicaux augmentent à mesure qu’on vieillit et il se peut que Patrick n’ait pas prévu ces coûts supplémentaires. « Le CELI constitue une solution de rechange fiscalement avantageuse pour couvrir les frais médicaux et dentaires lorsque le régime collectif prend fin. »

M. Burjoski a constaté une résurgence des rentes face à la volatilité du marché boursier. Les rentes fournissent un revenu viager dont l’incidence est minimale sur les prestations gouvernementales fondées sur le revenu, comme le Régime de pensions du Canada et la Sécurité de la vieillesse. Patrick doit comprendre que les rentes fournissent un revenu à vie, mais ne procurent aucune valeur résiduelle après le décès. Mme Munro ajoute qu’il existe une autre option : le programme de retraits systématiques fiscalement avantageux offert pour les fonds communs de placement. Il s’agit d’une stratégie de gestion des liquidités qui prévoit des versements mensuels au moyen de retraits effectués dans un premier temps à même le coût du placement. La plupart de ces paiements sont considérés comme un remboursement de capital. Étant donné que les remboursements de capital ne sont pas inclus dans le revenu imposable, ils n’entraînent pas la récupération des prestations gouvernementales fondées sur le revenu. Le placement continue de croître si son rendement dépasse le taux de retrait, ce qui peut offrir une valeur résiduelle pour la succession.

Comme Patrick n’a pas d’épouse, les fonds qui resteront dans son portefeuille à son décès seront imposables en tant que revenu de la succession. Les enfants de Patrick pourraient ne pas savoir que la succession doit disposer de suffisamment d’argent pour payer l’impôt final. MM. Birenbaum et Burjoski conseillent tous deux de verser des frais d’homologation sur au moins une portion de la succession. La façon la plus simple de le faire consiste à nommer la succession comme l’un des bénéficiaires du produit. M. Birenbaum précise qu’« il est plus facile de payer des frais d’homologation que d’essayer de retirer de l’argent de quelqu’un pour le paiement de l’impôt. »

Jérémie, Benoît et Diane, et Patrick traversent des étapes de vie différentes, mais en faisant des choix simples, ils peuvent réaliser leurs objectifs financiers à court et à long terme.

Coup d’œil sur les stratégies de placement pour chaque étape de la vie


 Étape de vie

 
Stratégies de placement et autres considérations


  Les débuts

  • Concilier les objectifs à court et à long terme en profitant au maximum de tout programme offert par l’employeur, comme les cotisations de contrepartie à un REER ou les régimes d’actionnariat.
  • On recommande les placements à faible risque dans un CELI pour les objectifs à court terme et les placements assortis d’un potentiel de rendement plus élevé pour les objectifs à long terme (selon la tolérance du risque).
  • Envisager les fonds de la Catégorie de Société pour les placements non enregistrés.
  • Une assurance n’est pas essentielle, à moins d’avoir des personnes à charge.
  • Trouver un équilibre entre le remboursement du prêt étudiant et l’épargne pour l’achat d’une maison ou le financement de la retraite.


 L’âge mûr

  • Selon la tolérance au risque et l’horizon de placement, les placements devraient comporter une forte proportion d’actions pour favoriser la croissance à long terme.
  • Le REER et le CELI devraient servir à maximiser les économies d’impôt et à détenir les placements peu efficients sur le plan fiscal, tels que les titres productifs d’intérêts.
  • Songer aux fonds à rendement en capital pour une exposition supplémentaire aux titres à revenu fixe à l’extérieur des REER.
  • Envisager l’assurance temporaire pour couvrir le prêt hypothécaire et les dépenses.
  • Rembourser son prêt hypothécaire pour faire croître la valeur nette de sa propriété.
  • Cotiser à son REER et commencer à planifier les retraits pour assurer le traitement fiscal avantageux des fonds retirés.
  • Commencer à prévoir des moyens de contrer les risques liés au revenu de retraite.


 La retraite

  • Conserver des actions pour préserver le capital.
  • Envisager un programme de retraits systématiques fiscalement avantageux comme solution de rechange à la rente pour toucher un revenu fiscalement avantageux out en minimisant l’incidence sur les prestations gouvernementales.
  • Les fonds à rendement en capital peuvent être pris en considération pour une participation aux titres à revenu fixe et pour tirer parti du traitement fiscal avantageux réservé aux gains en capital.
  • Songer à l’assurance soins de longue durée.
  • La succession devra acquitter l’impôt final. Songer à nommer la succession comme bénéficiaire d’une partie du portefeuille, de sorte qu'elle dispose des fonds nécessaires pour payer l’impôt.