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Yves Michaud, un militant dans l’âme

18 février 2014 | Jean-François Venne | Commenter

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Des actionnaires timides

Yves Michaud soutient avoir découvert, en explorant l’univers de la finance, un monde « en partie pestilentiel », où les dirigeants se consacrent à leur propre enrichissement en se négociant des salaires et des bonis faramineux, et jouent allègrement avec l’argent des petits épargnants. « C’est toujours comme ça aujourd’hui, déplore-t-il. Je n’ai fait que déchirer légèrement le voile. »

Mais pourquoi les petits actionnaires ne se rebellent-ils pas? Après tout, ce sont eux les propriétaires, tandis que les dirigeants sont censés veiller à leurs intérêts. Tout au long de son combat, Yves Michaud a constaté à quel point il était difficile aux petits investisseurs de comprendre qu’ils avaient des droits et qu’ils pouvaient les exercer. Selon lui, ils manquent souvent de connaissances quant au fonctionnement de l’économie de marché, ce qui en fait des proies faciles pour les pros de la finance. Mais ils sont aussi intimidés. « Vous lever pour vous plaindre dans une assemblée regroupant 500 actionnaires, et où les dirigeants vous toisent avec mépris, ce n’est pas facile pour les petits épargnants. Les dirigeants le savent bien et en profitent. »

Jacques Lanctôt rappelle d’ailleurs la réception glaciale à laquelle Yves Michaud a eu droit lorsqu’il s’est pointé, en 1998, à une assemblée de la CIBC, à Toronto, pour réclamer (en français svp!), plus de démocratie, un meilleur contrôle sur les salaires des dirigeants et la création d’un protecteur de la clientèle indépendant.

La « démocratie actionnariale »

On touche là au cœur même du combat d’Yves Michaud : l’avènement d’une réelle « démocratie actionnariale ». Celui que le journaliste judiciaire de La Presse, Yves Boisvert, a surnommé le « Robin des banques » (un surnom qui lui est resté), s’est battu pour que les actionnaires puissent faire des propositions lors des assemblées générales, et que celles-ci soient réellement prises en compte par les dirigeants et présentées à l’avance à tous les actionnaires.

Cela peut sembler naturel. Pourtant, il se retrouve vite devant une batterie d’avocats lorsqu’il tente le coup comme actionnaire de la Banque Royale, de la Banque Nationale et de la Banque Scotia. Le message est clair, et les barricades sont dressées.

Malgré tout, le militant solitaire aura gain de cause. En 1997, la juge Pierrette Rayle tranche en sa faveur en Cour supérieure. Elle ordonne à la Banque Royale et à la Banque Nationale « d’inclure les propositions et les notes explicatives du requérant (…) dans la circulaire de direction accompagnant l’avis de convocation des prochaines assemblées générales ». Les banques interjettent appel, mais sont déboutées. Une victoire qui fait date dans la très courte histoire de la démocratie actionnariale.

Il reste bien du chemin à parcourir, mais Yves Michaud rappelle que certaines des propositions du MÉDAC, appelant à plus de transparence et de démocratie, reçoivent régulièrement de 20 à 25 % d’appui dans les assemblées générales. Le mouvement est amorcé. Reste aux petits actionnaires à se prendre en main et à imposer leurs vues.

Lanctôt, Jacques. 2013. Yves Michaud, Un diable d’homme! Montréal : VLB éditeur, 285 pages

Liens utiles : Biographie et interventions à l’Assemblée nationale

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