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Chronique d’un futur imparfait(1re partie)

31 mai 2007 | Bruce Cumming | Commenter

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De nouveaux produits viennent modifier la façon dont vos clients perçoivent les rentes

(31-05-2007)Vous souvenez-vous du tremblement de terre suivant l’introduction des rentes variables sur le marché canadien? L’onde de choc créée par le lancement de RevenuPlus par la Financière Manuvie, vers la fin de l’année 2006, s’est répercutée sur le domaine du conseil au grand complet. Les clients, interpellés par la campagne publicitaire, se sont alors rués vers leur courtier afin de savoir s’ils devaient ou non se procurer cette nouvelle solution. J’ignore à quand remonte la dernière fois où un tel phénomène s’est produit.

Si on se fie à plusieurs études en provenance des États-Unis, les rentes variables connaîtraient encore une des plus fortes croissances sur le marché. D’abord, fabricants et conseillers les considèrent comme un choix payant; la solution idéale pour les investisseurs frileux qui s’inquiètent à propos de l’incertitude des marchés et de la volatilité. De plus, la Financière Manuvie a annoncé en avoir vendu pour plus de un milliard de dollars en quelques mois. Si les rentes variables sont si merveilleuses, pourquoi ont-elle mis autant de temps avant de percer le marché canadien?

Tentons d’y voir un peu plus clair en se rappelant la façon dont fonctionnent les rentes régulières. Qu’elles soient assorties d’un terme fixe ou établies en fonction de la durée de vie du titulaire de la rente, les rentes traditionnelles garantissent un revenu mensuel, et ce, indépendamment des taux d’intérêt ou des marchés boursiers.

Les arrérages versés régulièrement(et non le taux de rendement)se composent d’un revenu de placement et, au fil des ans, d’un rendement sur le capital investi. Ensemble, ces deux composantes sont susceptibles de fournir un taux de rendement supérieur à 8 % lorsqu’il s’agit d’une rente viagère applicable à un homme de 65 ans. Plusieurs investisseurs apprécient la tranquillité d’esprit que leur confère ce type de revenu, lequel leur permet de ne plus jamais avoir à s’inquiéter à propos de la tenue de leurs placements.

Ce qu’on oublie souvent de mentionner, c’est que les rentes traditionnelles sont très peu flexibles et qu’il est difficile de modifier les modalités de l’entente une fois celle-ci conclue. De plus, il y a toujours la possibilité que l’investisseur passe à côté d’une forte croissance des marchés boursiers dans les années subséquentes. Et que dire du décès prématuré du titulaire, ce qui entraîne parfois la perte de plusieurs années de versements?

Les rentes variables offrent les mêmes avantages que les rentes traditionnelles tout en corrigeant simultanément ces trois problèmes. Voyons un exemple qui permettra d’illustrer ce postulat.

Supposons que notre investisseur frileux vient tout juste de prendre sa retraite et qu’on lui a versé la somme de 200 000 $, laquelle doit maintenant être investie afin de lui fournir un revenu. D’abord, la compagnie d’assurances lui garantit qu’elle lui versera annuellement 5 % de cette somme au cours des 20 prochaines années, soit 10 000 $ par année pendant 20 ans. Cette entente ne fait que lui garantir qu’il récupérera la totalité de sa mise, même si le rendement du titre sous-jacent est décevant, et c’est ce qui compte. Toutefois, il obtiendra ainsi un revenu de beaucoup inférieur à celui d’une rente traditionnelle.

Voici d’ailleurs la première distinction des rentes variables par rapport aux rentes traditionnelles : la compagnie d’assurances offre une multitude de façons d’investir la somme de 200 000 $, des fonds distincts en passant par les comptes en gestion commune habituels. Selon le rendement des titres sélectionnés au fil des ans, il est possible d’obtenir des versements supérieurs aux 10 000 $ stipulés dans l’entente originale.

Inversement, si le rendement des placements est faible, l’assureur continuera de verser au titulaire de la rente la somme de 10 000 $ pendant 20 ans. C’est un peu comme si le client avait sa part du gâteau et qu’il pouvait également la manger.

Donc, notre investisseur retire la somme de 10 000 $ chaque année. À la fin de la troisième année, il dispose d’un solde du retrait garanti et on procède à une réinitialisation automatique, de nouveaux termes pour les investisseurs qui sont peu familiers avec les fonds distincts. Avec 30 000 $ en moins, le solde du retrait garanti est maintenant de 170 000 $. Mais qu’en est-il de la valeur au marché du 200 000 $ d’origine? De toute évidence, la réponse à cette question dépend de la performance du titre sous-jacent. Examinons donc en détails les quatre scénarios possibles.

D’abord, supposons que la somme investie vaut 220 000 $ après trois ans, et ce, malgré les retraits réguliers. Le scénario idéal quoi. La réinitialisation automatique fera augmenter le solde du retrait garanti de l’investisseur à 220 000 $ et on ne tiendra pas compte de l’évaluation de 170 000 $. De plus, l’investisseur sera en mesure de modifier la période de garantie afin qu’elle soit à nouveau de 20 ans, ce qui permet de profiter de cette majoration pour les 17 années suivantes. Mieux encore, comme le rendement garanti au cours des 20 années est toujours de 5 %, son revenu annuel sera maintenant de 11 000 $, et non plus de 10 000 $ comme stipulé auparavant(0,05 % x 220 000 $ = 11 000 $).

Maintenant, supposons que la somme investie ne vaut plus que 190 000 $. Une fois de plus, l’investisseur profitera de la réinitialisation automatique, puisque la valeur au marché(190 000 $)est supérieure au solde du retrait garanti de 170 000 $. Le revenu annuel de 10 000 $ demeure inchangé puisque 5 % de 190 000 $ équivaut à un montant inférieur au revenu négocié. L’investisseur continuera donc de recevoir ses 10 000 $. Toutefois, au lieu de bénéficier de 17 ans de revenu garanti, il recevra dorénavant la somme de 10 000 $ pendant 19 ans, un gain de deux ans.

Ensuite, supposons que la valeur au marché soit équivalente au solde du retrait garanti, soit 170 000 $. Le cas échéant, l’investisseur continue simplement de recevoir son revenu garanti de 10 000 $ pour les 17 années suivantes.

Finalement, supposons que la valeur au marché soit inférieure au solde du retrait garanti et ait atteint 150 000 $. Dans ce cas, le résultat de la réinitialisation automatique ne pouvant être inférieur à 170 000 $, l’investisseur continuera également de recevoir un revenu garanti de 10 000 $ pour les 17 années suivantes.

La semaine prochaine, les avantages et les inconvénients des rentes variables.

Bruce Cumming, planificateur financier agréé et enregistré, CIM, AVA et expert conseil financier agréé, est le fondateur de la firme Cumming & Cumming Wealth Management Inc. située à Oakville, en Ontario. advisorsedge@rmpublishing.com
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