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Chronique d’un futur imparfait(2e partie)

7 juin 2007 | Bruce Cumming | Commenter

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De nouveaux produits viennent modifier la façon dont vos clients perçoivent les rentes

Si on se fie à plusieurs études en provenance des États-Unis, les rentes variables connaîtraient encore une des plus fortes croissances sur le marché. D’abord, fabricants et conseillers les considèrent comme un choix payant; la solution idéale pour les investisseurs frileux qui s’inquiètent à propos de l’incertitude des marchés et de la volatilité. De plus, la Financière Manuvie a annoncé en avoir vendu pour plus de un milliard de dollars en quelques mois. Si les rentes variables sont si merveilleuses, pourquoi ont-elle mis autant de temps avant de percer le marché canadien?

Les avantages des rentes variables

Tous les trois ans, le portefeuille de l’investisseur sera automatiquement réinitialisé et un des quatre scénarios ci-dessus surviendra. Essentiellement, si les placements dégagent un rendement intéressant, les clients en profitent et continuent d’engranger des bénéfices. Dans le cas contraire, ils n’ont rien à craindre puisqu’ils bénéficient d’un rendement garanti de 5 % pendant 20 ans.

En 20 ans, la probabilité qu’un investisseur n’arrive jamais à obtenir de rendements positifs – et soit donc en mesure d’allonger sa période de garantie de plusieurs années –  est plutôt faible. Il va sans dire que certains segments de trois ans se concluront par le quatrième scénario, que ce soit en raison des retraits habituels, de la tenue des marchés ou d’une combinaison des deux. Mais il est presque impossible que ce soit le cas à chaque fois.

Pensez à vos clients âgés et frileux, ceux à qui s’adressent les rentes variables. Pensez à tous ceux qui ont fui le confort des CPG pour se tourner vers les fonds communs à la suite de la dégringolade des taux d’intérêt, pour ensuite essuyer la correction de 2001 et 2002 et opter à nouveau pour les CPG. Et que dire de ceux qui se contentent d’obligations et de dépôts à terme assortis de maigres taux d’intérêt?

Voici d’ailleurs la beauté de la chose : les clients frileux ont avantage à se tourner vers un véhicule de placement risqué! Supposons que l’assureur offre à ses clients un portefeuille géré dont la répartition est à 80 % composée d’actions. Plusieurs y verraient un portefeuille axé sur la croissance, peu compatible avec le concept d’aversion pour le risque. Or, le portefeuille en question pourrait s’avérer être l’option idéale pour ces clients. Rappelez-vous qu’ils sont certains d’obtenir un rendement de 5 % au cours des 20 prochaines années, et donc de récupérer leur mise de fonds. Mais ne serait-il pas raisonnable de supposer que le rendement d’un portefeuille composé à 80 % d’actions sera supérieur à celui d’un CPG assorti d’un taux d’intérêt de 4 %? Notre intuition nous indique que oui, mais nous avons souvent de la difficulté à expliquer la situation à nos clients. Pire encore, essayez de remplir une formule de connaissance du client indiquant qu’il a une faible tolérance au risque alors que vous avez tout de même opté pour un portefeuille composé à 80 % d’actions.

Je vois déjà le groupe chargé de la conformité venir me taper sur les doigts. Mais ceci m’amène à une autre question : la conformité s’applique-t-elle vraiment au domaine de l’assurance? Aux États-Unis, il vous faudrait à tout le moins être titulaire d’une licence de catégorie 6 pour vendre des rentes variables, alors qu’au Canada vous pouvez vous contenter d’une licence d’assurance. Et cette certification ne touche que très peu le domaine du placement. Comme c’est étrange!

Les désavantages des rentes variables

Il y a deux sources d’inquiétude possibles, la première étant le lancement récent du produit et l’absence de compétition qui en résulte. Cela ne sera évidemment pas le cas très longtemps. D’autres compagnies feront leur apparition et offriront des solutions encore meilleures, ce n’est qu’une question de temps. Par exemple, on éliminera probablement la période de garantie de 20 ans en échange d’un période de garantie à vie. De plus, il serait logique que le chef de file du secteur tente d’évincer ses compétiteurs en offrant ses propres améliorations. Le marché canadien est un véritable oligopole et tout nouveau produit susceptible de récolter en quelques mois des milliards de dollars sera inévitablement copié.

Pour ce qui est de l’autre important désavantage, il s’agit des frais de gestion. Ils peuvent atteindre jusqu’à 3,4 %, tout dépendant du type de placement sélectionné. C’est beaucoup plus que ce que les investisseurs paient en général et nous savons pertinemment qu’à long terme les frais diminuent le taux de rendement. Si le fabricant exige 3,4 % sur une base annuelle et garantit un taux de rendement de 5 % sur une période de 20 ans, ce qui revient à promettre à l’investisseur qu’il récupérera sa mise de fonds, alors il ne doit dégager qu’un rendement minime pour être en mesure d’honorer la garantie.

Pour le moment, nous nous contenterons d’observer et de constater l’impact que ce phénomène aura sur ce que nous croyions être l’ordre naturel des choses. Il convient toutefois de demeurer à l’affût du lancement de nouveaux produits assortis d’une foule de nouvelles caractéristiques. En fait, l’évolution des rentes variables du côté des États-Unis devrait nous donner une excellente idée de ce qu’il en adviendra au Canada au cours des prochaines années.

Bruce Cumming, planificateur financier agréé et enregistré, CIM, AVA et expert conseil financier agréé, est le fondateur de la firme Cumming & Cumming Wealth Management Inc. située à Oakville, en Ontario. advisorsedge@rmpublishing.com

Voir aussi Chronique d’un futur imparfait(1re partie)

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