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Détromper les clients en matière de risque

22 septembre 2009 | Mark Noble | Commenter

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Les investisseurs fortunés se montrent encore plus allergiques au risque qu’auparavant. Cette prudence incite les gestionnaires de patrimoine privé à explorer de nouvelles façons de présenter le contenu d’un portefeuille afin de venir à bout des idées reçues des clients en matière de risque.

Confrontés à des clients irrités par l’effondrement de la valeur de leurs portefeuilles, de nombreux spécialistes de la gestion de fortune ont commencé à nourrir des doutes quant à la validité des théories actuelles de la composition de portefeuilles.

Le débat autour de cette question est éternel. Cependant, une chose est claire : qu’importe le degré de diversification de leur portefeuille, les clients n’acceptent jamais qu’il perde de sa valeur, constate Tom Trainor, analyste financier agréé et directeur de l’entreprise torontoise Hanover Private Client Corporation, un cabinet de placements pour familles fortunées.

« Le risque comprend deux volets auxquels nous sommes confrontés : la capacité financière du portefeuille de résister au risque, que nous pouvons mesurer, et la tolérance psychologique du client face au risque. Cette dernière est l’inconnue qui a surgi l’an dernier, relate M. Trainor. Nous savons que des événements, comme ceux observés l’an dernier, se reproduisent à quelques décennies d’intervalle. Nous pouvons quantifier cela dans nos modèles. »

« Tant que les clients n’ont pas été confrontés à une perte, ils ne peuvent que présumer de leur réaction, ajoute-t-il. Et un conseiller ne peut pas plus qu’eux la prédire. Certains de nos clients, d’un grand raffinement, ont eux-mêmes été surpris de leur réaction ! »

Surveiller la corrélation du risque

Les gestionnaires de patrimoine privé s’efforcent de garantir l’exactitude de leurs critères de mesure du risque. Mais tôt ou tard, les marchés dégringoleront à nouveau. L’important est donc de tenir compte de cette inéluctable réalité.

L’un des enseignements du dernier repli des marchés est que des risques identiques peuvent déclencher des réactions similaires susceptibles d’affecter plusieurs catégories d’actifs pouvant n’avoir aucun lien apparent. Autrement dit, certains événements qui se produisent sur les marchés peuvent avoir un impact à la baisse sur nombre de catégories d’actifs.

Stephen Horan, responsable de la formation professionnelle, du contenu et du patrimoine privé pour le CFA Institute, en Virginie, juge importants les efforts des derniers mois visant à mieux évaluer le risque qu’entraînent ces corrélations entre certaines catégories d’actifs et visant aussi à diversifier un portefeuille en fonction des éléments déclencheurs du risque, et non plus seulement en fonction du rendement.

« La notion de diversification doit être repensée. Heureusement, la réflexion s’est raffinée, passant de la question : “Faut-il laisser tomber la diversification ?” à la suivante : “Comment bien tirer parti des théories actuelles de composition d’un portefeuille ?”. À vrai dire, les corrélations ont toujours été en mutation. Nous avons oublié d’en tenir compte dans la pratique, explique M. Horan. Une démarche qui gagne en popularité et qui permet plus de subtilités consiste à diversifier davantage un portefeuille selon l’exposition à divers risques plutôt que selon les catégories d’actifs. »

À preuve, M. Horan rappelle que les placements de capitaux d’investissement (private equity) suivent la même tendance à la baisse que les titres boursiers réguliers. Lorsque les marchés boursiers piquent du nez, ces placements ont également tendance à plonger.

« Il n’en demeure pas moins que les placements de capitaux d’investissement constituent tout de même des actifs, au même titre que les autres actifs constituant la portion boursière d’un portefeuille, et en étroite interrelation avec ceux-ci. Cela ne constitue pas une diversification sur le plan de la corrélation, souligne-t-il. Ce constat ne signifie pas qu’un portefeuille doive absolument inclure ou exclure les placements de capitaux d’investissement, mais seulement que ce type d’actifs ne constitue peut-être pas le meilleur moyen de diversifier son exposition au risque. »

M. Trainor souligne également que les catégories d’actifs les plus populaires ont fait bonne figure en matière de corrélation, si bien qu’il n’est pas un chaud partisan des catégories d’actifs plus spécialisées. En lieu et place, il préfère répartir les actifs dans des catégories comme les titres boursiers, les titres à revenus fixes et le capital humain, c’est-à-dire le revenu du client. Pour les clients fortunés, le capital humain vient jouer un rôle important en matière de remplacement des pertes dans le portefeuille.

« Nous n’avons jamais été de fervents adeptes des fonds de couverture, tout simplement parce que nous les considérons réellement comme un sous-ensemble d’une catégorie d’actifs plus vaste, comme les titres boursiers ou les titres à revenu fixe, dit-il. J’estime qu’il faut revenir aux principes de base de la répartition du capital. »

« Si vous avez constitué votre portefeuille obligataire il y a deux ans, ajoute M. Trainor, vous en récoltez toujours les fruits. Mais la crise financière a eu une incidence sur la façon d’investir. Je pense qu’elle en a surpris plus d’un et a créé beaucoup d’anxiété. Lorsque vous regardez les principes de base [de la diversification], ils n’ont pas profondément changé. »

Savoir présenter le risque

Même le plus parfait des portefeuilles peut mécontenter un client. Voilà pourquoi le cabinet conseil Wellington West a collaboré étroitement avec un réputé spécialiste de la finance, Meir Statman, professeur de finance Glenn Klimek à la Leavey School of Business de la Santa Clara University, pour mettre au point des produits de placements.

Ainsi, Wellington West a récemment lancé ses produits Nxt Funds, que seuls les conseillers de l’entreprise peuvent offrir. Ces fonds sont conçus pour vaincre les tendances destructives du comportement des clients.

Sam Pellettieri, directeur des placements de Wellington West, explique que ces fonds, par leur nature même, offrent une protection aux clients fortunés. Ces produits sont à la fine pointe des théories modernes du portefeuille. Ils proposent une forte diversification et, espérons, de bons rendements à long terme.

Cette stratégie est unique, ajoute M. Pellettieri : « Lorsqu’elles offrent de tels produits, certaines entreprises proposent un éventail de produits au client, qui fait son choix. Ces produits ont été conçus afin de simplifier la vie du client. En fait, c’est là qu’interviennent les principes de base de la finance comportementale. Lorsque vous proposez un portefeuille de catégories d’actifs personnalisées, les gens commencent alors à regarder la composition de leur portefeuille avec des ornières. »

M. Pellettieri souligne que les clients ont tendance à analyser un seul produit à la fois, plutôt que d’analyser le rendement de l’ensemble de leur portefeuille. En chassant cette habitude, ceux-ci peuvent se concentrer sur les résultats à long terme.

« Souvent, des clients vont s’attarder aux quatre produits les moins performants de leur portefeuille et suggérer à leur conseiller d’investir plutôt ces sommes dans les trois produits qui performent le mieux, explique Sam Pellettieri. Ils fondent souvent leurs décisions sur une partie seulement de leur portefeuille, sans se douter que c’est l’ensemble qui assure l’équilibre d’un portefeuille diversifié. »

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