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Assurance

L’assurance vie au temps des tests d’ADN

25 février 2010 | Yves Bonneau | Commenter

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Lentement mais sûrement, les tests génétiques sur les humains font leur chemin dans le monde médical et le milieu de la santé. Précieux outils, ils servent à prévenir les maladies, sont utilisés dans les grossesses à risque, guident les personnes vers de meilleurs soins ou encore permettent une meilleure hygiène de vie.

À une époque très lointaine, lorsque les compagnies d’assurance en étaient à leurs premiers balbutiements, la question des risques était une science pour le moins aléatoire. Incidemment, la plus importante mutuelle d’assurance vie d’Europe vivait des années difficiles, la concurrence était féroce, les faillites pullulaient, les emplois étaient dangereux selon n’importe quelles normes actuelles et les pandémies emportaient les gens par milliers.

Pendant près de 10 ans, la Life Insurance Company of Scotland, fondée en 1825, a réussi à tirer son épingle du jeu tant bien que mal. Puis, avec l’arrivée d’hommes d’affaires et d’investisseurs influents qui amorcèrent une restructuration importante, on changea certaines règles concernant
les commissions. On commença alors à payer des commissions à d’autres firmes d’assurance vie (en réassurance), aux banques et aux agents recruteurs de nouveaux détenteurs de police. Simultanément, la compagnie adopta les tables de rentes de la Norwich Union, réputées plus rigoureuses, et on entama des discussions urgentes sur les risques posés par l’épidémie de choléra qui balayait alors le pays. Autant dire que la vie était loin d’être facile, et l’assurer représentait un risque difficile à cerner !

Aussi, le 23 avril 1832, après avoir réorganisé la compagnie, et pour tirer un trait sur le passé, on décida de lui donner un nom qui refléterait le genre de risques que l’on prendrait dorénavant avec les personnes à assurer. Un nom qui traduirait le risque idéal, celui d’une personne ayant une « vie adulte saine » au Royaume-Uni, des « habitudes de vie modérées et un emploi régulier exempt de dangers », en d’autres termes : une vie dans les normes; en anglais, a standard life.

L’année suivante, en 1833, The Standard Life Assurance Company s’installait à Québec. Voilà pour l’histoire; et voici où l’avenir pourrait rejoindre le passé

Cette quête inlassable de l’idéal uniformisé a été réitérée le mois dernier, lorsqu’un groupe d’universitaires de Melbourne a demandé à l’Investment and Financial Services Association de suspendre indéfiniment la pratique voulant que les compagnies d’assurance utilisent les tests génétiques comme mesure de risque des personnes à assurer, à l’instar du Royaume-Uni où un tel bannissement volontaire est en vigueur depuis 2001 et le sera jusqu’en 2014, quoique rien ne dise que les règles du jeu ne changeront pas d’ici là.

Entre-temps, l’industrie australienne de l’assurance refuse catégoriquement de se priver de l’accès à cette information contenue dans les tests d’ADN utilisés par les particuliers pour des raisons personnelles, comme dans les cas de traitements de fertilité.

Les universitaires croient, non sans raison, que l’utilisation de cette information à des fins de protection d’assurance pourrait à long terme créer chez les gens une psychose qui les ferait carrément refuser tout test génétique, de crainte de ne pouvoir être assurable et ce, même si ces tests s’avéraient un moyen de sauver leur vie. Néanmoins, l’industrie australienne n’en démord pas. Si un individu a déjà subi un test génétique, les compagnies d’assurance veulent pouvoir le consulter.

Depuis les trois dernières années, le nombre de tests génétiques passés par les Australiens a plus que doublé et continue d’augmenter. Le mois dernier, flairant la bonne affaire, la compagnie d’assurance NIB a commencé à offrir directement à ses clients des tests génétiques personnalisés, une première au royaume des kangourous. NIB affirme que l’objectif de
cette offre de service à moitié prix consiste à donner aux clients un moyen de mieux comprendre les risques de santé qu’ils encourent et ainsi de gérer et de cerner leur potentiel de maladies.

Le PDG de la compagnie, Mark Fitzgibbon, dit avoir lui-même subit ce test et croit que les clients qui s’y soumettront seront plus aptes à améliorer leur « comportement en matière de santé ». « Aider les détenteurs de police à demeurer en santé est parfaitement justifiable pour des raisons financières évidentes », a-t-il fait savoir en entrevue.

D’ici une dizaine d’années, tous les conseillers en assurance devraient pouvoir obtenir ce type de renseignements qui les aideront à prendre de meilleures décisions, pense le patron de NIB.

Les observateurs soutiennent que ces tests, réalisés par la firme américaine Navigenics, pourraient mener à des augmentations de prime ou au refus systématique de couverture pour ceux ayant des prédispositions génétiques à certains types de maladie. De même, on craint
aussi que les conseillers soient mis à contribution dans le processus de tests.

Une étude menée par une universitaire de Sydney a démontré 48 cas de discrimination génétique, dont 46 émanaient de compagnie d’assurance à l’endroit de leurs clients.

Pour l’instant, les assureurs canadiens ont adopté la même politique que leurs contreparties australiennes concernant l’utilisation de l’information génétique lorsqu’un client a obtenu un test d’ADN, et les tests de ce genre sont encore plutôt rares. Il faudrait cependant prendre conscience que cette réalité pourrait survenir plus rapidement que l’on pense, et s’y préparer afin de baliser ces pratiques.

Il se pourrait encore une fois que les conseillers se trouvent pris entre l’arbre et l’écorce et que l’odieux de la démarche leur revienne. Dans ce cas, il faudra se défendre, défendre les clients, ou les deux ?

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