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Le market timing : payant ou non ?

11 novembre 2009 | André Gosselin | Commenter

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L’arrivée d’un marché baissier en bonne et due forme, avec une chute d’au moins 20 % des principaux indices boursiers, est toujours une bonne nouvelle pour les spécialistes du timing de marché (market timing ou synchronisation du marché), écrit André Gosselin, Ph. D., fondateur de la philosophie de gestion du cabinet Orientation Finance.

Qu’ils soient gestionnaires de fonds de placement, courtiers ou éditeurs de lettres financières, tous se frottent les mains de voir l’ours se réveiller. Si, en plus, les marchés se comportent en montagnes russes, avec des hauts et des bas de plus en plus abrupts et fréquents, alors là, c’est l’extase.

Attirer plus de clients, occuper les tribunes des médias et sortir enfin de l’ombre fait toujours du bien. À défaut d’émettre de bonnes prévisions, les prévisionnistes patentés peuvent au moins réaliser de bonnes affaires dans le joyeux commerce des valeurs mobilières.

Il faut l’admettre, les malheureux n’ont pas eu la vie facile ces 30 dernières années, il est impossible de connaître du succès avec la prévision des hauts et des bas du marché. 

Quand les marchés filent en droite ligne de record en record, il est impossible de faire mieux que leur simple moyenne indicielle. En effet, l’art du timing de marché consiste à prévoir des hauts et des bas. Chaque fois qu’un « market timer » prévoit un bas, une pause, une correction ou un krach qui n’arrive pas, et qu’il est alors absent du marché boursier, cela peut lui coûter cher, très cher.

Un bilan négatif
La question de savoir si on peut augmenter le rendement du portefeuille en essayant de prévoir les tendances des marchés financiers est un beau sujet de débat au sein de la communauté des chercheurs en finance. Ce qu’on appelle communément le timing de marché offre-t-il une valeur ajoutée pour l’investisseur ?

La majorité des économistes qui ont étudié le problème en doutent fortement. Parmi la trentaine d’études que j’ai recensées sur le sujet entre 1975 et 2001, plus des deux tiers concluent que le timing de marché n’ajoute rien qui vaille au rendement du portefeuille. Leurs conclusions sont accablantes, surtout quand elles reposent sur 75 ou 100 ans d’histoire boursière aux États-Unis.

Malgré tout, une minorité importante d’irréductibles chercheurs sont convaincus du contraire. Il est tout à fait possible, disent-ils, de battre une stratégie de « buy and hold » (acheter des actions pour les conserver) avec une bonne approche de timing de marché, utilisée dans des conditions favorables.

Par exemple, les années 70 auraient été, selon les dires de certains professionnels, un âge d’or du timing de marché. La bourse manœuvrait en dents de scie, si bien que les adeptes du « acheter pour conserver » n’ont pas fait un sou sur l’ensemble de la décade. Les bons prévisionnistes du marché, eux, ont fait de l’argent. Vrai ou faux ?

Vrai en partie, car les probabilités de réussite avec le timing sont plus élevées lorsque les marchés oscillent entre un plafond et un plancher que lorsqu’ils grimpent irrémédiablement les étages sans s’arrêter. Il est alors permis de penser que les travaux des chercheurs ne soient pas si contradictoires que cela, dans la mesure où les conclusions positives sur le timing portent sur des périodes de « bear market », alors que les conclusions négatives portent sur des cycles de « bull market ».

En dépit des résultats parfois contradictoires de la recherche, des consensus assez forts chez les universitaires se sont établis sur certains aspects du timing de marché. Ainsi, toutes les études portant sur les lettres financières qui ont la prétention de faire du timing de marché constatent qu’il n’y a pas de rendement supérieur à la normale avec les prédictions fournies par les éditeurs de ces publications spécialisées.

Timing et gestion tactique
Les chercheurs ont l’habitude de faire une distinction commode mais non absolue entre le timing de marché et la gestion (ou répartition) tactique du portefeuille. Le timing de marché consiste à maximiser le rendement d’un portefeuille en essayant d’anticiper les mouvements des marchés financiers et en décidant d’investir ou non dans une classe particulière d’actifs. Le véritable « market timer » qui choisit d’investir dans les actions le fera en mettant tous ses œufs dans de le même panier, celui des actions. Quand il n’anticipe rien de bon pour les actions, il se tourne alors vers une autre classe d’actifs, en l’occurrence les bons du Trésor ou les obligations, voire même sur une base quotidienne.

La gestion tactique du portefeuille est moins radicale : elle consiste à changer la pondération entre les différentes classes d’actifs sans passer drastiquement d’une catégorie à l’autre. Si on prévoit que les actions feront mieux que les obligations lors du prochain trimestre, on augmente tous simplement la part des actions dans le portefeuille, de 55 % à 65 % par exemple.

Les chercheurs qui ont tenu compte des subtilités de la gestion tactique du portefeuille au sein des fonds communs de placement sont arrivés à des conclusions plutôt encourageantes concernant l’utilité et le talent des prévisionnistes du marché. L’étude de Weigel sur 17 gestionnaires de fonds qui pratiquent à grande échelle la répartition tactique de l’actif a montré que la grande majorité ont un réel talent qui leur permet de battre le marché (The Performance of Tactical Asset Allocation, Financial Analysts Journal, septembre-octobre 1991, pp. 63-70.).

Même conclusion pour Bello et Janjigian, qui ont examiné la performance de 633 fonds communs américains entre 1984-94 (A reexamination of the market-timing and security-selection performance of mutual funds, Financial Analysts Journal, septembre-octobre 1997, pp. 24-30).

Timing « soft » ou « hard »
Il nous faudra davantage de recherche pour bien comprendre les forces et les faiblesses du timing de marché dans la gestion du portefeuille. Une chose me paraît évidente : les chercheurs doivent mettre les projecteurs davantage sur la gestion tactique du portefeuille (ou le timing soft) que sur le timing radical et « hard », où tout est noir ou blanc.

Je ne connais pas beaucoup d’investisseurs qui déplacent, en fonction de ce qu’ils anticipent, la totalité de leur capital du marché des actions à celui des obligations ou des bons du Trésor, et vice versa. La tendance est plutôt au timing modéré du marché, avec réserve et circonspection.

Même si l’investisseur « tacticien » est convaincu à 100 % que le marché des actions fera mieux que tout autre type de placement en 2001, il conservera toujours des positions sur les autres valeurs mobilières que celle des actions.

La gestion tactique du portefeuille comporte plusieurs dimensions et ne se réduit pas à l’alternative « actions ou marché monétaire ». De plus en plus, les gestionnaires qui font de la répartition tactique considèrent des options multiples : grandes capitalisations contre petites capitalisations, titres de valeur vs titres de croissance, marché domestique contre marchés émergents. Tous ces aspects du timing de marché méritent d’être explorés plus à fond par les chercheurs, surtout dans l’univers des fonds communs de placement.

Selon les lois de l’aérodynamique, le bourdon a des ailes beaucoup trop petites et une taille beaucoup trop grosse pour être capable de voler. Pourtant, il vole. Selon la théorie des marchés efficients, il est impossible de réaliser des rendements supérieurs au marché en essayant de prévoir les hauts et les bas de la bourse. Pourtant, il semble que les bons prévisionnistes et tacticiens réussissent à battre le marché.

André Gosselin, Ph. D., est le fondateur de la philosophie de gestion du cabinet Orientation Finance. Le contenu de cette chronique a été gracieusement fourni par le cabinet Orientation Finance.

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