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Justice

Le profil psychologique des fraudeurs

1er mars 2010 | Sophie Stival | Commenter

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Une recherche publiée en mai 2009 par l’École des sciences de la gestion (ESG) de l’UQAM a retenu mon attention. On y tire des leçons de fraudes commises par des dirigeants d’entreprises en se servant notamment du célèbre cas de la maison de production montréalaise Cinar. Selon ses auteurs, le profil des dirigeants jouerait aussi un rôle dans la mise en œuvre de certaines affaires de corruption.   

Le professeur Denis Cormier (UQAM) et son collègue Michel Magnan (Concordia) affirment que le discours rationnel, la personnalité et l’attitude du dirigeant sont des attributs individuels particulièrement cruciaux dans l’établissement du profil type d’une personne capable de commettre des fraudes ou des malversations.

Un discours rationnel
« Les personnes impliquées dans une fraude sont en général capables de justifier leur action en minimisant sa portée, ses conséquences ou sa gravité », peut-on lire dans cette étude. Dans le cas de Micheline Charest de Cinar, en 1998 sa firme est accusée de fraude fiscale. La cause sera réglée hors cour. Madame Charest défendra publiquement cette tache à son dossier en argumentant que la pratique en question était monnaie courante dans son industrie. La rentabilité de son entreprise était donc en jeu…

Un discours qui cache « avidité, cupidité et malhonnêteté » et où la fin justifie souvent les moyens, si peu honnêtes soient-ils.

Une personnalité d’escroc
« … il semble que la vision qu’un individu a de la fraude, ses valeurs éthiques ainsi que l’influence des collègues de travail peuvent déteindre sur son comportement (au fraudeur) » révèlent d’autres recherches mises en lumière par les deux professeurs. De même, le message qu’envoie le patron à ses employés peut changer la donne et pousser les gens au sein de l’organisation à faire preuve d’éthique professionnelle plus douteuse. L’influence du boss peut alors avoir des « effets corrosifs sur toute l’organisation ».

Une attitude narcissique
Le côté irrationnel des fraudeurs est aussi une dimension importante de la malversation. En flouant aveuglément les gens, ces personnes démontrent souvent une attitude où la confiance, l’arrogance et le narcissisme occupent beaucoup de place.       

« On peut appréhender qu’un dirigeant ambitieux, arrogant et plein de confiance en soi, s’engage dans une fraude en ne pensant jamais qu’il sera pris, les personnes responsables de la prévention ou de la détection étant perçues à ses yeux comme inférieures », observe-t-on dans cette recherche.  

Dans le cas d’Earl Jones, un quart de siècle sans se faire épingler, c’était en effet un bon renforcement!  

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