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2010 : une année de grandes espérances et de prudence raisonnable

19 janvier 2010 | Peter Drake | Commenter

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Pour les conseillers en placement et leurs clients, le plus important cette l’année sera la capacité des marchés financiers à offrir des rendements acceptables dans leurs portefeuilles. Pour y parvenir, je crois qu’il est important d’avoir une vue d’ensemble de l’économie et des marchés financiers et de discuter des conditions qui permettraient un retour à la prospérité. Je pense qu’en 2010, les investisseurs devraient surveiller trois événements essentiels. Ensemble, ces événements ou étapes clés, comme je les ai nommés ci-dessous, jetteront la lumière sur les possibilités de rendements intéressants pour les investisseurs.

Pour commencer, retournons à l’exercice que j’ai effectué l’année dernière dans lequel j’indiquais les étapes qui permettraient d’obtenir de meilleurs résultats économiques et financiers en 2009. Ces étapes étaient :

  1. la stabilisation du prix des habitations aux États-Unis;
  2. le retour à la normale des marchés du crédit;
  3. la reprise de la croissance de l’économie américaine.

Ces trois étapes ont été franchies en 2009 et le redressement économique semble être sur la bonne voie. Le prix des habitations aux États-Unis, représenté par l’indice américain du prix des maisons S&P/Case-Shiller, a augmenté au cours de deux trimestres consécutifs, après avoir chuté onze trimestres de suite. Les écarts de crédit, soit la différence de rendement entre les obligations de sociétés et les obligations des gouvernements, ont fléchi considérablement en décembre 2008 par rapport aux sommets atteints pendant plusieurs décennies et le taux interbancaire offert à Londres (TIOL), c’est-à-dire le taux d’intérêt interbancaire normalement utilisé, a aussi reculé à un niveau inférieur à celui d’avant la crise. Après quatre trimestres consécutifs de contraction, l’économie américaine a progressé de 2,2 % au troisième trimestre de 2009.

Pour 2010, j’ai formulé trois nouvelles étapes qui indiqueront le passage de la reprise à une expansion économique soutenue. L’une d’entre elles concerne l’économie, une autre les marchés financiers et, la dernière, les politiques économiques.

  1. Croissance économique soutenue aux États-Unis – une croissance moyenne du PIB réel américain, d’un trimestre à l’autre, d’au moins 2,5 % pour 2010.
  2. Croissance du crédit aux États-Unis – une reprise de la croissance du crédit à la consommation et aux entreprises aux États-Unis.
  3. Début du retrait des mesures incitatives du gouvernement fédéral et de la Réserve fédérale américaine – une augmentation du taux directeur de la Réserve fédérale américaine de 0 % à 0,25 % actuellement, et une réduction du déficit budgétaire du gouvernement fédéral américain.

Ces trois étapes sont plus complexes que celles établies pour l’année dernière en raison de la dynamique des économies en phase de reprise et des politiques économiques qui devront être mises en place pour cesser les mesures incitatives. Le fait que ces étapes soient centrées sur les États-Unis ne signifie pas que ce qui se passe dans le reste du monde est secondaire. En fait, on pourrait dire que la santé économique et financière des marchés mondiaux est incontestablement plus importante pour cette reprise que pour toute autre reprise de ces dernières années, en particulier pour les économies émergentes et, notamment, pour la Chine. Il existe toutefois trois bonnes raisons pour se concentrer sur les États-Unis afin de déceler des signes de progrès :

  1. les problèmes ont commencé aux États-Unis;
  2. les États-Unis ont été parmi les pays les plus touchés par la crise du marché financier et par la récession qui a suivi; et
  3. les États-Unis demeurent un acteur essentiel de l’économie et des marchés financiers mondiaux.

Étudions de plus près chacune de ces étapes.
La première étape – une croissance moyenne du PIB réel américain, d’un trimestre à l’autre, d’au moins 2,5 % pour 2010 est en soi conforme aux prévisions de la reprise. Il va sans dire que ce taux n’a rien d’extraordinaire. Et, bien que ce taux est le plus faible qu’on ait vu dans l’après-guerre, il laisse toutefois apparaître les deux caractéristiques de croissance que nous recherchons : une croissance convenable, sans être exceptionnelle, et une certaine constance. Nous espérons une moyenne de plus de 2,5 %, puisque nous savons que la croissance ne sera pas régulière d’un trimestre à l’autre, car cela n’arrive presque jamais. Malgré tout, le franchissement de cette étape empêcherait presque à coup sûr la concrétisation de la pire crainte des pessimistes, à savoir la rechute de l’économie américaine après quelques trimestres de croissance, c’est-à-dire ce que certains appellent « une récession à double creux ».

La deuxième étape – la reprise de la croissance du crédit à la consommation et aux entreprises aux États-Unis refléterait deux développements. Côté entreprise, cela signifierait la reprise de la demande du crédit aux entreprises, demande qui a malheureusement manqué au cours de la récession, et qui, à son tour, témoignerait d’une reprise des investissements des entreprises, source de croissance nécessaire lors d’un redressement économique. Côté consommation, une reprise de la croissance du crédit indiquerait une augmentation de la demande, mais plus important encore, une augmentation de l’offre. Le point important à noter ici est que les banques, après avoir accordé un grand nombre de prêts irrécouvrables, hésitent maintenant à prêter aux consommateurs. Et, bien que personne ne s’attend à ce que les consommateurs américains continuent les excès de crédit du passé, la croissance du crédit aux consommateurs et aux entreprises est une condition nécessaire au redressement économique, puisqu’une augmentation de la demande de crédit est le signe d’un regain de confiance de la part des emprunteurs.

La troisième et dernière étape concerne les politiques monétaires et fiscales. Bien que les mesures incitatives aient été indispensables pour remettre l’économie et les marchés financiers américains d’aplomb, il est tout aussi important que le retrait desdites mesures incitatives soit effectué sans heurts et au bon moment. Trop d’incitatifs pendant trop longtemps pourraient accroître les possibilités de surchauffe de l’économie et de hausse non désirée de l’inflation. De plus, le gouvernement fédéral et la Réserve fédérale des États-Unis doivent revenir à leur politique respective de neutralité afin de mettre au point de nouvelles politiques visant à prévenir tout nouveau problème du marché financier ou bouleversement économique éventuel. De plus, les politiques fiscales devront viser l’équilibre budgétaire pour permettre au gouvernement américain de commencer à faire face à la montagne de dette supplémentaire accumulée au cours de la crise.

Franchir cette troisième étape revêt également une valeur symbolique beaucoup plus importante. Une modification des politiques monétaires et fiscales montrera que les décideurs croient en une reprise autonome et annoncera la fin des mesures de stimulations. La première augmentation du taux directeur de la Réserve fédérale indiquera seulement la première étape du retour des taux d’intérêt à des niveaux plus normaux. Lorsque cela arrivera, ce sera un signe décisif de la Réserve fédérale indiquant que la conjoncture est favorable à cette intervention.

Pour ce qui est du budget du gouvernement, le contrôle des dépenses sera un élément essentiel pour ramener les finances publiques américaines à un niveau viable. Toutefois, il sera aussi important de surveiller l’augmentation des recettes puisque la diminution des revenus est l’une des raisons qui a mené au déficit budgétaire américain. La perte de revenus est en effet une des raisons qui entraînent un déficit lors d’une récession. Les entreprises gagnent moins ou pas du tout d’argent. Les gens perdent leur emploi ou travaillent moins, leurs revenus diminuent et ils paient moins d’impôt. Par conséquent, le premier signe indiquant que la croissance du revenu dépasse la croissance des dépenses sera un autre bon indicateur de la reprise économique.

Aussi importants que soient les États-Unis, il convient de prendre un moment pour nous pencher sur les signes à rechercher pour reconnaître le retour du Canada à une croissance viable. La plupart des analyses actuelles soulignent que la croissance économique sera axée sur la demande intérieure. Les exportations canadiennes ont été malmenées durant la récession et les possibilités d’une reprise relativement faible aux États-Unis, le plus important marché extérieur du Canada, ainsi qu’un dollar canadien relativement élevé, signifient que les exportations canadiennes devront affronter des vents contraires en 2010. Un point positif à mentionner au sujet des exportations canadiennes est le fait que d’autres régions de l’économie mondiale se rétabliront probablement plus rapidement que l’Amérique du Nord, et le Canada est bien placé pour y accroître ses exportations.

Les politiques d’incitation monétaires et fiscales canadiennes actuelles devront être réduites. La Banque du Canada pourrait être bien placée pour augmenter le taux directeur (taux cible de financement à un jour) un peu plus tôt que la Réserve fédérale américaine, parce que les dommages économiques causés par la récession semblent avoir été moins sévères au Canada. De plus, le gouvernement fédéral canadien a déclaré publiquement que l’élément le plus important pour revenir à l’équilibre budgétaire serait de restreindre les dépenses gouvernementales.

En conclusion, une reprise économique est un processus dynamique. Les obstacles sur la voie de cette reprise sont inévitables. Tout comme le grand nombre de points de vue émis en 2008 et 2009 quant à l’ampleur et la durée de la récession, les avis divergeront sur la façon dont se déroulera la reprise en 2010. Chaque reprise a des caractéristiques distinctes. Une des particularités de celle-ci est l’importance des politiques de stimulation monétaires et fiscales qui devront être maintenues suffisamment longtemps pour que la reprise soit assurée, mais dont le retrait devra être bien orchestré afin d’en assurer la viabilité. En fin de compte, lorsque l’on examine toutes ces données, les signes pointent vers des horizons plus radieux en 2010. Dans un même temps, ce que nous avons traversé au cours des dernières années laisse supposer que la prudence fait maintenant faire partie de notre processus de réflexion. Les investisseurs qui avaient un plan d’investissement à long terme ont mieux résisté à la crise financière et au repli économique que ceux qui n’en avaient pas. Au moment où nous franchirons les étapes indiquées pour 2010, ces mêmes investisseurs devraient aussi mieux réussir lors de la reprise.

Peter Drake est vice-président, Retraite et recherches économiques à Fidelity Investments Canada. Possédant plus de 35 années d’expérience en tant qu’économiste, il est à l’avant-plan des recherches entreprises par Fidelity pour comprendre le phénomène de la retraite au Canada aujourd’hui.

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