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2011 : l’année de tous les W ?

1er janvier 2011 | Yves Bonneau | Commenter

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2011_an_fete_425L’année commence à peine que déjà, les devins voient dans le vol des oiseaux  des mois difficiles à venir, ou serait-ce dans des manifestations météo ?

Depuis la nuit des temps, l’humain a toujours tenté d’anticiper son avenir.

À l’époque de la Grèce antique, disons en 2011 avant J.‑C. ou encore dans l’épopée d’Homère, on ne fait pas encore la distinction entre le prodige et le fait naturel, les devins et autres voyants profitant de l’ignorance générale pour asseoir leur ascendant sur le peuple. Les siècles passent et la pratique divinatoire demeure une affaire liée aux phénomènes surnaturels. Les devins font leur pratique de l’interprétation des prodiges. Ils incluent dans ces « miracles », on s’en doute, des faits aussi simples qu’un coup de tonnerre, une éclipse du soleil ou une quelconque manifestation coïncidant avec une incantation.

L’interprétation de ces signes répond au besoin de savoir du peuple. Savoir ce qui s’en vient. Les signes, les présages, les prémonitions, les révélations issues des observations des oracles deviennent peu à peu une science : la science de l’occulte.

À mesure que la pensée scientifique évolue, l’expertise et l’emprise des devins s’amenuisent puisque les miracles, aussi prodigieux soient-ils, trouvent dès lors une explication simple et rationnelle. La crédulité fait place au scepticisme, et si l’opinion des devins a moins de crédibilité auprès d’une tranche croissante de la population, il n’en reste pas moins que les esprits superstitieux continuent à leur vouer le plus grand respect.

Yves Bonneau, rédacteur en chef du magazine Conseiller

Yves Bonneau, rédacteur en chef du magazine Conseiller

Quatre mille vingt-deux ans plus tard, les choses ont-elles changé ?  Beaucoup… et peu à la fois. L’humain est toujours aussi fasciné par ce que lui réserve les lendemains. On attend par exemple avec impatience les paroles des analystes visionnaires de la planète finance pour nous indiquer le chemin à prendre avec les épargnes ou les placements des clients. Une quête insatiable de savoir, interprétée à partir de signes plus ou moins concluants des marchés.

Au tournant de 2009, les événements qui ont préludé à la crise financière que l’on a connue et qui continue de sévir de sourde manière n’avaient été « prédits » que par une poignée de visionnaires. Des opportunistes chanceux, des analystes extralucides ou de rigoureux calculateurs ? Parmi ceux-là, l’équipe du Laboratoire européen d’anticipation politique/Europe 2020, fondé en 1998, affiche 78 % de réussite en matière de prédictions, selon ses propres estimations. L’annonçant dans son cyberbulletin mensuel GlobalEurope Anticipation Bulletin (GEAB), disponible sur abonnement payant, le groupe avait vu dans sa boule de cristal la bulle immobilière américaine dès 2006 !

Il y a aussi l’histoire fascinante du Dr Michael Burry, âgé de 38 ans, qui, en 2001, quitte ses études de spécialisation en médecine neurologique pour devenir… gestionnaire de portefeuille. Il fonde Scion Capital en 2000. Dès 2004, après avoir lu des dizaines de prospectus  de PCAA − des titres adossés à des créances hypothécaires à risque (subprime) −, Mike Burry, borgne de son état, décide de tout miser à découvert (shorting) sur la déconfiture à venir de ces obligations risquées, à l’aide de swaps sur défaillance de crédit (credit default swaps ou CDS), convaincu par ses lectures que le système mis en place par les grandes institutions financières est construit comme un château de carte. De cette opération, le Dr Burry a engrangé 100 millions $ pour lui-même et 725 millions $ pour ses clients investisseurs. Au 30 juin 2008, les clients demeurés avec Scion Capital depuis les débuts, en novembre 2000, ont affiché un rendement net de 489 % (ou 726 % brut). Le rendement du S&P 500 pour la même période a à peine dépassé les 2 %. Pas mal pour un visionnaire à moitié privé de la vue ! Son histoire phénoménale est détaillée dans The Big Shor : Inside the Doomsday Machine, un ouvrage de Michael Lewis paru en avril dernier aux éditions W. W. Norton. Des extraits sont aussi disponibles ici.

Mais pour 2011 me direz-vous, que voient les devins ? Beaucoup… d’inquiétudes, et peu… de croissance. La fameuse récession en W qui nous pend toujours au nez; la zone Euro mise à mal par la Grèce, l’Irlande, et demain le Portugal, l’Espagne; les plus pessimistes voient l’euro en danger; toute la question des taux d’intérêt qui finiront bien par monter un jour inquiète au plus haut point. L’or continuera-t-il son irrésistible ascension ? Avoir du nez ne suffira pas. On peut bien être perspicace, anticiper, conjecturer, pronostiquer rien ne remplacera la prévention.

Le travail du conseiller qui planifie pour le bien de ses clients l’oblige à être sur ses gardes, à parer à toutes éventualités, à prendre des mesures et des précautions. À prévenir. Ceux qui, au début de 2009, ont mis les actifs de leurs clients à l’abri de la tempête s’en félicitent encore aujourd’hui, surtout ceux dont les clients déjà à la retraite n’auraient pas eu le temps de récupérer leurs billes.

Le fragile équilibre sur lequel l’économie mondiale est posée doit toujours être envisagé comme un risque imminent.

Pour en revenir aux Grecs d’avant le déficit de crédibilité et d’avant la dette faramineuse, les calendes correspondaient au premier jour du mois chez les Romains, alors que c’était un concept inexistant dans les calendriers grecs. Le dicton renvoyer aux calendes grecques signifie donc « repousser indéfiniment la réalisation d’une action ».

Conseil pour 2011 : n’attendez pas les calendes grecques pour réviser le portefeuille de vos clients. Bonne année !

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Yves Bonneau, rédacteur en chef
Conseiller


Cet article est tiré de l’édition de janvier du magazine Conseiller.


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