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Inflation

2014 sous le signe du changement

13 janvier 2014 | Gérard Bérubé | Commenter

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2014 sera l’année du changement du cycle monétaire. Après les « rendements faciles » de 2013, le conseiller devra identifier les bons arbitrages et sélectionner les titres. Bref, il sera appelé à redonner ses lettres de noblesse à la gestion active.

Il y a consensus. Les États-Unis vont quitter le mode « reprise économique » pour s’engager dans une phase d’expansion. Cette accélération de l’activité économique au sud de la frontière signifie, d’abord, la fin graduelle de l’assouplissement monétaire exceptionnel pratiqué par la Réserve fédérale depuis la crise, amorcée en décembre. Puis une lente remontée des taux d’intérêt directeurs, qui devrait commencer quelque part vers la fin de 2014. « Les États-Unis entrent dans une phase d’expansion durable, retient Roland Lescure, premier vice-président et chef des placements à la Caisse de dépôt et placement du Québec. Deux mille quatorze sera aussi une année de retournement monétaire aux États-Unis. Puis la deuxième étape s’enclenchera, soit une remontée des taux directeurs. Un changement de cycle monétaire a un impact sur les marchés. Il modifie les arbitrages de portefeuille », prévient-il.

Michel Doucet, vice-président et gestionnaire de portefeuille chez Valeurs mobilières Desjardins (VMD), illustre l’effet attendu. Ce sera certainement la fin de ce long marché favorable aux obligations. « Les investisseurs n’ont véritablement pas connu de hausse des taux d’intérêt réels depuis 1981. Ils n’ont pas vécu une telle hausse, ni son impact sur les portefeuilles. » À ses yeux, 2014 sera une année de normalisation des conditions économiques et financières. Le gestionnaire de VMD voit également les États-Unis prendre le chemin de l’expansion économique, l’Europe sortir tranquillement de la récession et la croissance dans les économies émergentes se stabiliser. « Qui dit normalisation dit retour des taux d’intérêt à des niveaux d’avant la crise de 2008. » Le taux des bons du Trésor américain à dix ans a déjà doublé, passant de 1,5 à 3 % l’été dernier, en réaction aux intentions manifestes de la Réserve fédérale américaine d’amorcer une élimination graduelle de sa détente monétaire, dite quantitative. Il ne faudrait pas se surprendre de voir ce taux de référence toucher les 4 ou 4,5 % au cours des 18 à 24 prochains mois, ce qui n’augure rien de bon pour les cours obligataires.

À lire : BCA Research optimiste pour 2014

Taux de dix ans à 3,5 %

Roland Lescure pense que ce taux de référence pourrait passer à 3,5 % sans dérapage ni dégât. Carlos Leitao est d’accord. Il voit ce taux de 10 ans toucher les 3,5 % à la fin de 2014. « S’il dépassait les 4 %, ce serait plus préoccupant, aussi pour le marché boursier », ajoute le stratège en chef et économiste en chef de Valeurs mobilières Banque Laurentienne. « Le niveau de 3,5 % n’est pas très élevé. Et il témoignerait d’un retour en force de l’économie américaine. Au même titre que l’élimination de l’assouplissement monétaire, déjà anticipée, annoncerait en définitive une bonne nouvelle, un signal fort confirmant la bonne santé de l’économie des États-Unis. » M. Leitao voit la progression du PIB américain s’accélérer pour atteindre les 3 % en 2014. Le grand risque de ce scénario aurait été une nouvelle paralysie d’une administration américaine toujours condamnée à l’impasse budgétaire. Cette partie de bras de fer sur la dette et le financement de l’État, issue du clivage politique déchirant le Congrès américain entre républicains et démocrates, devait reprendre le 15 janvier 2014. Mais un compromis se dessinait en décembre. Sans ce compromis, l’impasse budgétaire serait plus dommageable que celle de 2013. Appliquée à plus forte dose, elle pourrait coûter jusqu’à 1,5 % du PIB américain, estime Carlos Leitao, contre 0,6 % pour celle de 2013, qui a paralysé l’État pendant 16 jours en octobre dernier.

Malgré ce bémol, les États-Unis devraient redevenir la locomotive de l’économie mondiale. Le Canada va également en profiter, surtout les secteurs manufacturiers du Québec et de l’Ontario, quoique le bénéfice de la croissance américaine se fera davantage ressentir ici en 2015. « Le Canada a encore quelques défis à surmonter. Depuis la crise et la disparition de quelque 9 000 PME au pays, notre capacité à exporter n’est plus la même », souligne Carlos Leitao.

Surpondérer les actions… et les États-Unis

Avec cette toile de fond, Carlos Leitao joint sa voix à celles des autres analystes déclarant que 2014 sera l’année du marché boursier, surtout américain. Même en matière de diversification à l’international, il faudra également se concentrer sur les États-Unis. Le Canada? Le marché boursier est trop concentré autour des secteurs financiers et ressources naturelles, dit-il. « Il faut surpondérer le marché boursier et rester loin du marché obligataire. Nous sommes au “top” du cycle obligataire. »

« Il ne faut jamais oublier d’où l’on part, renchérit Roland Lescure. L’année 2013 a été très favorable pour la Bourse aux États-Unis, au Japon, en Europe et, dans une moindre mesure, au Canada. La baisse du dollar canadien a été la cerise sur le sundae, poussant les rendements obtenus aux États-Unis à 30 %, lorsque convertis. Cela étant, les taux d’intérêt vont monter en 2014. Les rendements attendus sur les titres sensibles à ces taux seront donc plutôt décevants. On pense aux obligations, aux entreprises de services publics, aux fiducies immobilières, aux actions privilégiées. Il faudra faire attention et rechercher la sécurité, les valeurs sûres dans ce segment, vu qu’une correction progressive apparaît sur les radars. »

Michel Doucet abonde dans le même sens : « La Bourse est présentement bien évaluée, mais elle devrait tout de même tirer son épingle du jeu en 2014. Quant à l’investissement en titres à revenu fixe, il est préférable de passer en mode protection du capital. Je suggère que 80 % du portefeuille en revenu fixe porte sur des échéances inférieures à cinq ans, pour une durée moyenne d’environ trois ans. Et que jusqu’à 70 % de ce portefeuille soit composé d’obligations gouvernementales, et de 30 % d’actions privilégiées émises par de bonnes entreprises. »

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