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70 %… est-ce bien raisonnable?

20 février 2013 | Dominique Lamy | Mis à jour le 11 juillet 2013 | Commenter

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Les mythes sont légion lorsque vient le moment d’estimer le pactole nécessaire pour s’offrir la retraite tant désirée. Pendant que le conseiller travaille à maximiser les régimes enregistrés d’épargne retraite (REER) de ses clients, et que ces derniers s’inquiètent souvent de ne pouvoir contribuer suffisamment à l’outil d’épargne ciblé, certains experts soulignent que le fait de baser sa retraite exclusivement sur les revenus prévus s’avère une stratégie imparfaite. En fait, l’équation ne serait complète qu’avec la teneur exacte des dépenses à assumer au moment de la retraite.

Alors que la théorie suggère de pouvoir compter sur environ 70 % de son revenu annuel brut moyen des trois dernières années de travail pour maintenir son niveau de vie à la retraite, certains experts proposent des scénarios différents. Un sondage publié en juillet 2012 par la firme Aon Hewitt suggère plutôt d’accumuler l’équivalent de 11 fois son salaire annuel en vue de préparer cette période privilégiée de la vie. Dans son livre consacré aux ratios financiers, l’auteur Charles Farrell incite quant à lui l’épargnant à posséder en banque l’équivalent de 12 fois son salaire annuel.

Une récente publication du New York Times pourrait même effrayer vos clients les moins fortunés : un pécule de 20 fois le salaire serait tout indiqué, selon le prestigieux journal. Autrement dit, un salarié qui gagne 50 000 $ annuellement devrait posséder une épargne cumulée d’un million de dollars avant de prendre sa retraite.

La règle habituelle des 70 % fait par ailleurs l’objet de plusieurs critiques, qui l’accusent d’une trop grande simplicité. La société Morneau Shepell soulignait déjà, en 2010, que ce mode de calcul surestimait l’épargne-retraite requise pour partir à la retraite.

Daniel Laverdière, A.S.A., Pl. Fin., expert-conseil à la Banque Nationale Gestion privée 1859, rappelle néanmoins que « cette règle n’a pas été inventée au hasard, elle n’est pas parfaite et elle ne se veut pas la réponse absolue à une planification de retraite. C‘est le fruit d’une extrapolation du calcul actuariel des régimes de pension à prestations déterminées (PD), qui prévoit une rente maximale de 2 % par année de service, en supposant une carrière de 35 ans. »

« De telles règles empiriques nécessitent quelques nuances et, évidemment, le multiple applicable sera fort différent si le salaire annuel est de 30 000 $ ou de 200 000 $, souligne d’entrée de jeu Denis Preston, CPA, CGA, FRM, Pl. Fin. La règle des 70 % est bien utile à une personne de moins de 45 ans qui désire faire une projection à long terme, mais elle doit être précisée à l’approche de la retraite. Elle n’est donc pas nécessairement indiquée lorsque l’épargnant se trouve à quelques années des plus longues vacances de sa vie; mieux vaut plutôt connaître le coût de la vie estimé à ce moment », illustre-t-il.

En chiffre

  • – 1 000 000 $ : Montant que devrait accumuler un salarié qui gagne 50 000 $ par an avant de prendre sa retraite, selon le New York Times.

Trois phases distinctes

Les dépenses assumées lorsqu’une personne demeure active sur le marché du travail ne sont assurément pas les mêmes que lorsqu’elle est retraitée. Les enfants seront généralement autonomes financièrement, réduisant d’autant le fardeau financier à supporter. De plus, l’éventuel retraité devrait se fixer comme objectif premier d’entamer la retraite sans dette aucune, et donc prendre soin au préalable de rembourser sa marge de crédit personnelle et son emprunt hypothécaire, le cas échéant.

Il est vrai que le remboursement complet de l’hypothèque soulage le budget annuel dans une proportion fort importante, au même titre que la fin de l’obligation de cotiser à certains programmes gouvernementaux (Régie des rentes du Québec, Régime québécois d’assurance parentale et assurance-emploi par exemple) et que l’arrêt des cotisations à certains outils financiers tels que le REER ou le CELI, par exemple. « Les besoins d’assurance-invalidité et d’assurance vie peuvent aussi s’avérer de moindre importance à ce moment », ajoute Denis Preston.

Il affirme du même souffle que la retraite se compose de trois phases bien distinctes et que chacune d’entre elles nécessite des déboursés différents. « C’est dans la première phase que le retraité s’en donne à cœur joie, réalisant les voyages tant espérés et s’offrant les gâteries longtemps repoussées. Le niveau de dépenses demeure souvent élevé lors de cette première étape, en raison de nouveaux loisirs, d’achats d’équipements sportifs, de sorties, de restaurants, etc. », précise M. Preston. Ce n’est que lors de la deuxième phase, qui débute vers l’âge de 70-75 ans, que les dépenses ont tendance à diminuer et à rendre moins précise la règle des 70 %. « Mieux vaut connaître le mode de vie envisagé à ce moment pour estimer les dépenses réelles que devra assumer le client », souligne M. Preston.

La troisième phase est quant à elle marquée par la diminution des capacités physiques et par la nécessité d’envisager un hébergement spécialisé dans les soins de santé de longue durée. « Plusieurs planificateurs financiers suggèrent d’ailleurs de ne pas tenir compte de la valeur de la maison pour effectuer la projection de retraite. La vente de la résidence principale pourrait ainsi financer cette troisième phase, en cas de besoin », poursuit M. Preston.

Le fait de s’appuyer sur l’actif de sa maison passé l’âge de 75 ans pourrait donc s’avérer pertinent. D’ailleurs, un récent rapport du Groupe Financier BMO intitulé Une maison à soi ou un coussin pour la retraite révèle que 41 % des répondants considèrent la valeur nette qu’ils sont en train d’accumuler dans leur principal actif – leur maison – comme source potentielle de financement complémentaire pour leur retraite.

Conjuguer la règle des 70 % au mode de vie envisagé

La pension de la Sécurité de la vieillesse (SV), le Supplément de revenu garanti (SRG) et les prestations du Régime de rentes du Québec (RRQ) reçues au moment de la retraite permettent d’éponger certaines dépenses et d’amoindrir le coussin financier requis pour bénéficier d’une retraite confortable. Ainsi, selon l’exemple présenté dans ces pages, lesdits régimes publics assurent à l’individu en question 52,3 % des sommes annuelles requises pour financer sa retraite, soit 18 298 $ sur les 35 000 $ annuels escomptés.

Bien malin, cependant, celui qui peut prévoir la pérennité des prestations de retraite fournies par les gouvernements provinciaux et fédéraux. « Les prestations financières actuellement versées par le gouvernement sont intégrées dans nos projections de retraite. On fonctionne sur la base des données actuelles », confirme M. Preston.

La règle des 70 % n’est pas nécessairement une finalité en soi. Elle se veut un guide précieux qui doit épouser le mode de vie envisagé par vos clients au moment de leur retraite. Mieux vaut commencer à épargner le plus tôt possible et se questionner sur le mode de vie qu’on envisage pour « ses vieux jours ». Puisque ce moment privilégié de la vie ne se déroule pas de façon linéaire, mais plutôt en fonction de trois phases qui entraînent chacune à leur façon des dépenses bien différentes et précises, l’éventuel retraité se doit de planifier, d’organiser, de rêver et d’estimer les coûts associés au fait de passer 365 jours par année… en vacances ! C’est ainsi que « la règle des 70 % » pourrait n’être que de 60 % pour certains, et se transformer en 65 % pour d’autres, par exemple.

Dans tous les cas, « il n’y a pas de recette miracle lorsque vient le moment de planifier sa retraite », insiste Daniel Laverdière, faisant ainsi référence à la nécessité d’épargner à cette fin. Nul besoin, par contre, de croire que seuls les millionnaires peuvent s’offrir une retraite « correcte ». Tel que le montre l’exemple ci-contre, le travailleur moyen peut espérer avoir une retraite agréable lorsqu’il conjugue un REER ou un régime de retraite de 387 000 $ environ, accumulé dans le cadre de l’emploi, aux prestations gouvernementales actuellement en vigueur.

Vrai que l’endettement excessif, l’espérance de vie qui augmente et l’obtention de rendements anémiques compliquent assurément la planification de la retraite. Et ce, surtout en l’absence d’un régime de retraite PD. « Les gens qui bénéficient d’un tel régime sont privilégiés. Ça vaut une fortune », de conclure M. Preston. Comme quoi l’élaboration d’un budget détaillé demeure encore et toujours la meilleure stratégie à adopter, surtout pour ceux qui ne doivent compter que sur eux-mêmes pour garnir leur bas de laine.

La retraite, pas seulement pour les millionnaires…

L’hypothèse à la base de l’exemple suivant présente la situation d’un individu célibataire de 65 ans ayant pu générer un revenu annuel moyen de 50 000 $ au cours de sa vie active, et dont la retraite pourrait s’étendre sur une période de 35 ans, entraînant ainsi éventuellement l’utilisation complète du capital REER disponible.

Le scénario présenté suggère également que la règle habituelle des 70 % – selon laquelle un individu qui gagne 50 000 $ par année durant sa période active pourrait vivre confortablement avec un revenu de 35 000 $ une fois à la retraite – permette à la personne concernée d’assumer l’ensemble de ses dépenses une fois à la retraite.

  • Revenu brut nécessaire au mode de vie envisagé (70 % de 50 000 $) : 35 000 $
  • Sommes à recevoir des programmes publics (RRQ, PSV mais sans SRG) : 18 298 $
  • Somme annuelle retirée du REER en fin de période (35 000 $ – 18 298 $) : 16 702 $
  • Taux de rendement net prévu : 4,50 %
  • Taux de rendement réel ajusté pour tenir compte de l’inflation (une indexation annuelle moyenne de 2 % est comptabilisée aux fins de l’exemple) : 2,50 %
  • Facteur applicable, selon la formule (1-(1+2,50 %)-35))/2,50 % : 23,15 X
  • En appliquant le facteur mathématique de 23,15 à la somme annuelle à retirer du REER, le capital REER total nécessaire à la retraite de cet individu est de : 386 570 $
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