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À chaque métal son destin

11 novembre 2013 | Scot Blythe | Commenter

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Lorsque le prix des métaux augmente trop, les marchés se replient ou les utilisateurs optent pour des solutions de rechange : l’aluminium remplace l’acier ou le PVC, les tuyaux en cuivre. Certains métaux, toutefois, sont assez rares et leurs utilisations, assez particulières pour rendre leur substitution difficile.

L’or et l’argent sont les prototypes mêmes de matières premières difficiles à remplacer et le platine et le palladium sont de plus en plus considérés comme des métaux précieux, même s’ils sont voués à des applications industrielles. Les terres rares – qui sont plus coûteuses à extraire que véritablement rares –, pour leur part, servent à la fabrication de composantes des téléphones intelligents, des écrans à plasma et des voitures électriques, et sont un enjeu majeur pour l’avenir.

L’or, ce mal-aimé des années 1990, a regagné de la popularité au début des années 2000 lorsque l’administration de George W. Bush a décidé d’adopter une « stratégie du dollar faible ».

Mark Serdan, gestionnaire de portefeuille de BMO Fonds de métaux précieux, affirme que d’autres facteurs ont contribué à ce regain de popularité, notamment « la crise de la dette européenne et les craintes inflationnistes. La demande d’investissement était également importante pendant cette période pour plusieurs de ces mêmes raisons. Les banques centrales achetaient beaucoup de titres, notamment en Inde, en Chine, au Sri Lanka, au Venezuela et dans d’autres petits pays ».

Si l’or est considéré comme une valeur refuge plutôt que comme un produit industriel, l’exposition des investisseurs passe habituellement par les sociétés minières : ils n’achètent pas directement le métal. La donne est en train de changer avec l’arrivée progressive sur le marché des fonds négociés en Bourse (FNB) adossés à des stocks physiques d’or et d’argent. Même la Monnaie royale du Canada s’est mise de la partie (voir « Les RTB de la Monnaie royale », ci-dessous).

Les stocks étaient également en déclin à l’époque. « Et alors, lance M. Serdan, on a assisté à la montée vertigineuse de l’or à l’été 2011, lorsque la crise de la dette européenne a éclaté. »

Cela étant dit, « les avantages des placements dans une mine doivent être évalués en fonction du cours de l’or », explique Mark Serdan. Les coûts de l’extraction et du raffinage doivent être inférieurs au cours du métal.

« Les sociétés minières à grande capitalisation les plus importantes n’en ont pas fait la preuve pendant ce cycle. Leurs rendements sont faibles et la montée du cours de l’or n’a pas eu d’effet sur les marges, explique-t-il. Malheureusement, au cours des trois dernières années, les sociétés minières ont manqué de discipline capitalistique et cela a joué contre elles. »

Pour posséder de l’or sans le détenir physiquement, il suggère les certificats d’or. Ses préférés sont ceux de la Banque Scotia. Tout comme les reçus, les certificats permettent à l’acheteur de prendre possession de l’or physique; ce sont des obligations bancaires, comme un certificat de placement garanti (CPG). Toutefois, ils ne se sont pas aussi faciles à encaisser. Les investisseurs doivent accepter des lingots de 400 onces, à défaut de quoi des frais additionnels sont facturés.

« Cela étant dit, les certificats comme tels sont facilement négociables, ce qui évite les coûts d’essai, d’expédition, d’assurance et d’entreposage associés aux lingots, affirme Mark Serdan. L’achat minimal est de seulement 10 onces. »

S’il préfère les certificats aux titres miniers, c’est parce que « le rendement offert par les sociétés minières n’est pas toujours à la hauteur. On cherche donc un peu plus de sécurité, affirme-t-il. C’est comme des liquidités, mais on augmente du même coup son exposition au cours de l’or. »

Les RTB de la Monnaie royale

  • >La Monnaie royale du Canada a enregistré deux Reçus de transactions boursières à la cote de la Bourse de Toronto – un pour l’or et un pour l’argent.
  • > Ceux-ci permettent aux titulaires d’être directement propriétaires des métaux.
  • > CS’ils le souhaitent, les titulaires peuvent également les échanger contre une somme en espèces ajustée selon le cours.

Tout ce qui brille n’est pas or

David Franklin, stratège de marché à Sprott Asset Management, était conférencier à la World Resource Investment Conference, tenue en mai 2013. Il affirme que beaucoup d’investisseurs lui disent ne pas comprendre la valeur de l’or. « Ça ne sert à rien, me disent-ils. L’application industrielle n’est que de 10 % ! » Pour ceux-ci, il propose les métaux platinoïdes presque exclusivement destinés à la production industrielle.

Le platine et le palladium, naturellement associés, se trouvent surtout en Afrique du Sud et en Russie, et sont principalement utilisés dans la production automobile. Le platine s’échange à un prix deux fois plus élevé que le palladium et sert de catalyseur dans les systèmes antipollution des moteurs diesel et à essence afin de réduire les émissions de carburant, conformément aux normes réglementaires. Les fabricants utilisent le palladium aux mêmes fins, mais dans ceux des moteurs à essence seulement.

« On se tient au courant de l’utilisation des métaux platinoïdes en suivant les statistiques de ventes de voitures », affirme David Franklin. Grâce à une forte demande, la production automobile est en hausse aux États-Unis et en Chine (voir « Tirer parti de la demande refoulée », page 7), mais en baisse de 20 % en Allemagne puisque la force de l’euro rend les marques allemandes moins abordables.

Des pénuries peuvent également frapper. Avec les grèves en Afrique du Sud, on déplore un manque à gagner d’un million d’onces de platine sur la production normale annuelle de 8 millions d’onces. Et la probabilité de nouvelles grèves fait craindre une persistance de la situation. Les travailleurs exigent une augmentation salariale de 60 %, alors que les salaires représentent déjà 70 % des coûts totaux d’exploitation, qui sont de plus en plus prohibitifs. Chez Implats, la deuxième société minière en importance en Afrique du Sud, ces coûts grimpent à 1766 $ l’once alors que le cours s’établissait à 1431 $ en juin 2013.

« Logiquement, les propriétaires devraient fermer boutique. Chaque once produite est déficitaire. La situation est extrêmement volatile », affirme M. Franklin. Les sociétés minières n’absorbant pas le coût de capital, ce dernier préfère le métal physique, surtout que la pénurie devrait faire augmenter le cours, si la production automobile se maintient en Europe.

Au-delà de la Chine

Autre son de cloche pour les terres rares. Environ 95 % de la production est concentrée en Chine et le pays a adopté des contrôles d’exportation plus stricts en 2010, entraînant une montée des prix. Ainsi, explique Jon Hykawy, chef de la recherche mondiale chez Byron Capital Markets à Toronto, plusieurs utilisateurs se sont mis à rechercher des substituts.

« Il a fallu neuf mois pour que la demande s’effondre et que les prix commencent à descendre, indique-t-il. Personne ne veut se retrouver dans cette situation, on attend donc que les MolyCorps et Lynas de ce monde prennent le contrôle de la production. »

Molycorp vient d’ouvrir une mine en Californie, et Lynas, en Australie. Mais les choses avancent lentement. Lorsqu’elles entreront en production, « les cours retrouveront leur niveau habituel. Qui plus est, il y aura une source d’approvisionnement indépendante de la Chine. C’est un important argument de vente pour beaucoup d’entreprises ».

Mais le marché ne peut être occupé que par quatre ou cinq producteurs. L’exploitation d’une mine au Canada s’est avérée ardue, même si on y retrouve toutes les terres rares, et la crise qu’ont connue les petites sociétés minières n’a pas aidé.

« On s’intéresse peu aux sociétés de ressources naturelles, particulièrement à celles associées à l’exploration. Selon plusieurs, les terres rares ont fait leur temps, explique Jon Hykawy. Il y a toutefois quelques noms à surveiller du côté des terres rares dites lourdes : Matamec Explorations explore un gisement au Québec et UCore Rare Metals a ouvert une mine en Alaska. Ils satisfont à l’exigence de sécurité de la chaîne d’approvisionnement. » (Les terres rares lourdes, telles que le terbium et le dysprosium, sont utilisées dans les lampes aux phosphores, pour assurer un éclairage efficace, et dans les bobines électromagnétiques.


Scot Blythe est rédacteur financier à Toronto.

La demande des investisseurs et les facteurs fondamentaux

  • L’économiste Nouriel Roubini a prédit que le cours de l’or chutera à 1 000 $ l’once. On est loin des 1 900 $ qu’il a atteint pendant la crise de la dette européenne et des 1 300 $ actuels.
  • Mais selon certains analystes, les facteurs fondamentaux qui influencent le cours des métaux ont changé.
  • « Au cours des six derniers mois, on a connu un repli, affirme Mark Serdan, gestionnaire de portefeuille de BMO Fonds de métaux précieux. Selon moi, le contexte favorisant la hausse du cours de l’or a évolué. »
  • Si le dollar américain s’est stabilisé, « les États-Unis accusent toujours un déficit annuel d’un billion (1012) de dollars et leur dette globale s’élève à 16 billions de dollars – et augmente d’un billion annuellement ». Mark Serdan souligne également la crise européenne en latence.
  • L’argent complète la liste traditionnelle du secteur des métaux précieux, mais son application industrielle est beaucoup plus étendue que celle de l’or. Malgré tout, Mark Serdan affirme que « l’argent n’est qu’un dérivé de l’or. Il se négocie de façon similaire ».
  • Dans ce contexte, David Franklin, stratège de marché chez Sprott Asset Management, a indiqué à la World Resource Investment Conference de 2013 que c’est l’achat de pièces de monnaie et de participations dans des FNB qui a fait augmenter la demande en platine dans la première moitié de 2013. Si le SPDR Gold Trust ETF est en baisse de 17 %, le FNB qui suit le cours du platine est en hausse de 30 %, et celui qui suit le palladium, de presque 20 % depuis six mois.
  • Si cela montre que l’on délaisse l’or et l’argent, on constate également que de nouveaux outils de placement sont offerts. Absa Capital, une firme sud-africaine et une filiale de Barclays, a lancé un FNB qui suit le cours du platine : la demande pour ce métal a grimpé à plus de 400 000 onces après moins d’un mois – la demande prévue pour un an par les analystes. Pour ce qui est de l’or et l’argent, il concède que les chutes récentes des cours sont attribuables au contexte du marché plutôt qu’à des facteurs économiques fondamentaux.
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