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À quoi ressemble un paradis fiscal?

3 février 2016 | Marc-André Sabourin, L'actualité | Commenter

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Neil M. Smith, secrétaire des Finances des îles Vierges britanniques, dans son bureau de Road Town sur l'île de Tortola.

Neil M. Smith, secrétaire des Finances des îles Vierges britanniques, dans son bureau de Road Town sur l’île de Tortola.

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C’est beau. C’est chaud. Et il ne se passe strictement rien. Voilà les trois constats faits par les photographes Paolo Woods et Gabriele Galimberti lorsqu’ils ont débarqué aux îles Caïmans en 2012 pour découvrir à quoi ressemble un paradis fiscal.

« L’action n’est pas là, raconte Paolo Woods par Skype. En fait, l’action ne se déroule nulle part! » Ce « nulle part », c’est l’éther numérique via lequel l’argent s’échange d’un pays à l’autre, orchestré depuis les grands centres de la finance tels la City de Londres et Hongkong.

Ce système a beau être intangible, nous y contribuons chaque jour en achetant rasoirs, ketchup, piles, tampons, chaussures, détergents et mille et un autres produits fabriqués par des multinationales qui réduisent leur fardeau fiscal grâce aux paradis. Et ce, « tout à fait légalement », rappelle Paolo Woods.

Visiblement, cela ne ressemble en rien aux traditionnelles photos de plages bordées de palmiers qui accompagnent habituellement les articles sur l’évasion fiscale. Afin de dresser un portrait concret des paradis, les deux photographes se sont lancés dans une aventure de deux ans qui les a conduits aux quatre coins de la planète.

UNE PLUIE DE REFUS

Donner un visage à une industrie qui n’en a pas — et qui, dans bien des cas, n’en veut pas — constitue un véritable défi. Ils ont reçu une quantité de lettres de refus « hallucinante », notamment de la part des Big Four, le surnom donné aux quatre plus grands cabinets comptables de la planète, soit Deloitte, Ernst & Young, PwC et KPMG.

Peu de gens visualisent un cabinet comptable lorsqu’ils pensent à un paradis fiscal. Les Big Four constituaient pourtant des incontournables aux yeux de Paolo Woods et Gabriele Galimberti; ces quatre firmes auditent la quasi-totalité des grandes entreprises de la planète et elles sont considérées comme l’« épine dorsale » de l’optimisation fiscale.

Optimisation fiscale, finance offshore…: c’est en adoptant le vocabulaire des gens qu’ils désiraient photographier que les deux amis ont fini par recevoir des réponses positives. Ernst & Young leur a ouvert les portes de son bureau dans la City de Londres, un milliardaire chinois les a accueillis à Hongkong et ils ont eu droit à une rare visite de la salle des coffres du port franc de Singapour, l’un des endroits les plus sécurisés du monde.

Au total, Paolo Woods et Gabriele Galimberti se sont rendus dans 13 paradis fiscaux, y compris le Delaware. C’est dans cet État que sont incorporées plus de la moitié des grandes entreprises américaines, dont Apple, Wal-Mart et Coca-Cola. Une liste à laquelle s’est ajoutée THE HEAVENS LCC, une entreprise bidon que les deux photographes ont enregistrée en quelques minutes à peine.

Celle-ci a même publié son rapport annuel, sous le nom de Les Paradis. Vous n’y trouverez pas de bilan financier, mais les photographies de Paolo Woods et Gabriele Galimberti, qui dressent un portrait surprenant et inédit des paradis fiscaux.

Les Paradis a reçu un bon accueil de la critique. Mais l’entreprise, elle, se porte moins bien. « Je reçois des courriels disant que nous sommes en retard pour payer les droits d’hébergement et qu’il risque d’y avoir une pénalité, rigole Paolo Woods. On serait l’une des rares entreprises dans un paradis fiscal à payer une amende! »

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