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Abolir le CELI au Québec?

6 mai 2015 | Jean-François Venne | Commenter

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Dans un billet d’abord paru sur le blogue Économie de lactualite.com et publié sur Conseiller.ca hier, le porte-parole de l’Institut des générations Alexis Gagné fustige le CELI, le jugeant inutile, injuste, et coûteux pour les générations futures. Qu’en pensent les gens de l’industrie financière?

• INUTILE?

Pour l’Institut, le CELI ne fait que déplacer l’épargne des comptes taxés vers un abri fiscal. Il ne génère pas d’épargne.

Me Maxime Gauthier, chef de la conformité et représentant en épargne collective, Mérici Services Financiers :

« Je trouve l’argument fallacieux. N’importe quel programme de ce genre va déplacer de l’épargne, mais ça peut être une bonne chose. On a sacralisé le REER, mais ce n’est pas toujours le meilleur outil. De plus, en Occident, nous consommons beaucoup et épargnons trop peu. Il faut des incitatifs à l’épargne. Bien sûr que tout le monde ne peut investir 10 000 $ dans un CELI, mais allons-nous aussi baisser le plafond de cotisation des REER parce que ce n’est pas tout le monde qui cotise au maximum? »

Hélène Gagné, gestionnaire de portefeuille, Gestion Privée Peak :

« C’est clairement une mesure électoraliste. Effectivement, le CELI entraîne un certain déplacement d’épargne par ceux qui ont des investissements hors-REER. Bien utilisé, il peut s’avérer fiscalement plus avantageux que le REER, notamment pour les gens qui ont des revenus plus faibles. Le CELI est complexe et mal compris. À une certaine époque, le premier 1 000 $ gagné en intérêt n’était pas imposable, peu importe où il était investi. Ça, c’était simple! »

Benoit Arbour, planificateur financier, SFL :

« C’est une très bonne mesure. Si j’avais eu le CELI comme outil il y a 25 ans, mes clients qui sont à la retraite aujourd’hui seraient plus riches et paieraient moins d’impôts. La hausse du plafond va apporter encore plus de flexibilité et d’options d’épargne. Ça encourage aussi les gens à investir dans le système financier. »

Éric Brassard, planificateur financier, conseiller en placements, Brassard Goulet Yargeau, Services financiers intégrés :

« Je suis assez d’accord pour dire que ça n’augmente pas l’épargne. C’est un déplacement d’épargne vers le CELI. Les gens en ont déjà plein les bras avec le REEE, les mauvaises dettes et les REER! »

• INJUSTE?

Selon l’Institut, cette mesure ne bénéficie qu’à ceux qui font des gains en capital (et non des pertes) et aux contribuables à revenus élevés, lesquels paient plus d’impôts.

Éric Brassard :

« Il est vrai que cet abri profite surtout aux riches. Quand le ministre Oliver affirme que ce sont les gens avec un revenu annuel de 60 000 $ qui en profitent, ça fait assurément partie du top 5 des meilleures blagues de l’année. Les revenus officiels de la déclaration d’impôt n’ont pas forcément de lien avec la richesse d’une personne. Peut-être que son conjoint gagne 400 000 $ annuellement. Peut-être qu’elle possède 5 millions dans une société de gestion. Chaque situation est différente. Cela dit, le CELI peut aussi profiter à certaines personnes moins nanties, en leur permettant d’obtenir le supplément de revenu garanti (SRG). »

Hélène Gagné :

« Si le gain n’est pas imposable, c’est normal que la perte ne soit pas déductible! Cet argument laisse sous-entendre que seuls les riches peuvent acheter des actions. C’est faux. Même si l’on investit seulement 3 000 $, on peut très bien le faire par l’entremise d’un fonds commun ou un FNB. »

Benoit Arbour :

« Si les investisseurs sont bien accompagnés, ils vont faire des gains à long terme, pas des pertes. »

Maxime Gauthier :

« C’est un débat plus large. Y a-t-il trop d’abris fiscaux pour les mieux nantis? La distribution de la richesse est-elle équitable? N’importe quel abri fiscal profite d’abord aux plus riches. Mais le CELI peut aussi aider des moins nantis à accéder à la propriété, à augmenter leurs revenus de retraite, etc. »

• COÛTEUX?

L’institut note que de 85 millions de dollars que cette mesure coûtera cette année, la facture passera à près de 350 millions en quelques années, puis à plusieurs milliards en quelques décennies.

Hélène Gagné :

« C’est effectivement très coûteux pour l’État. J’ai trouvé la déclaration du ministre Oliver, qui a dit que ce serait à la petite-fille de Stephen Harper de régler le problème, complètement irresponsable. »

Benoit Arbour :

« J’avoue avoir été étonné de cette largesse, dans un contexte où les gouvernements peinent à équilibrer leur budget. D’un strict point de vue mathématique, c’est très coûteux. Mais ça peut aussi contribuer à l’économie, et donc retourner, en partie, à l’État. »

Maxime Gauthier :

« C’est une perte de revenu, oui. Mais ça injecte de l’argent dans l’économie. Et les jeunes en bénéficieront le plus, puisqu’ils cotiseront plus longtemps. »

Éric Brassard :

« À long terme, ce sera très coûteux, effectivement. »

• QUÉBEC DOIT-IL SUIVRE?

L’Institut enjoint le gouvernement provincial à annuler tout avantage fiscal lié au CELI.

Ici, nos quatre intervenants sont d’accord : Québec pourrait difficilement s’abstenir de s’harmoniser, ne serait-ce qu’en raison des complications que cela entraînerait sur le plan de la gestion. Maxime Gauthier ajoute pour sa part que l’abolition pure et simple priverait les Québécois d’un incitatif important à l’épargne.

Et vous, qu’en pensez-vous?

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