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Accompagner ses parents… à quel prix ?

8 juillet 2013 | Didier Bert | Commenter

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Un produit adapté, mais complexe

Alors que l’assurance maladies graves offre le versement d’un capital, l’assurance SLD propose une rente périodique. Le client peut ainsi choisir sa couverture en fonction du fractionnement ou non des paiements. Bien sûr, il peut aussi choisir de souscrire simultanément aux deux contrats, afin de s’offrir un capital en début de maladie, et une rente pour l’aider à soulager sa perte d’autonomie sur une période étendue.

Par des versements hebdomadaires ou mensuels, l’assurance SLD est destinée à couvrir les frais déboursés régulièrement quand la santé se dégrade à long terme. Cela en fait un produit intéressant, compte tenu de l’allongement de l’espérance de vie, et de l’augmentation de la durée de vie en situation de perte d’autonomie.

« Les consommateurs pensent que ce produit est trop cher, note Pierre Dastous, car ils croient que l’État-providence comblera leurs besoins financiers en cas de coup dur. »

À ce constat s’ajoute la complexité des contrats d’assurance SLD. Difficiles à comprendre pour le client comme pour le conseiller, ce dernier pourrait préférer les ignorer pour éviter d’essuyer un refus. Avec cet échec, ce sont aussi d’autres ventes qui pourraient être menacées. Car « il y a tellement de produits à vendre, comme l’assurance vie, l’assurance invalidité, ou l’assurance maladies graves, qui se vendent plus facilement, et pour lesquels le conseiller est plus à l’aise », constate M. Dastous.

À lire : Familles recomposées : un parent averti en vaut deux

En chiffres

  • 63 % des Québécois âgés de 45 ans et plus ont une faible confiance envers la qualité de vie offerte dans les résidences privées pour aînés.
  • Source : sondage Réseau-FADOQ, novembre 2012. »
  • 28 % des adultes canadiens craignent que prendre soin de leurs parents vieillissants ait une incidence sur leurs épargnes en vue de leur propre retraite.

    Source : sondage RBC, janvier 2013. »

La structure même des produits d’assurance SLD est problématique, croit M. Dastous. Les primes ne demeurent garanties que cinq ans, relève-t-il. D’ici là, l’assureur se réserve la possibilité d’augmenter les primes pour une couverture inchangée. Encore faudra-t-il convaincre le client de renouveler son contrat! Du coup, le conseiller doit vivre avec cette incertitude que la vente pourrait être à recommencer dans quelques années… et que le moment ne sera pas forcément bon pour le client.

« Les assureurs doivent prendre l’initiative de revoir leurs contrats, avance Pierre Dastous. Certains ont commencé à proposer la conversion d’autres produits d’assurance, arrivés à échéance, vers l’assurance SLD. Cette initiative pourrait aider les conseillers à proposer ce produit », croit-il. Par exemple, un consommateur âgé de 45 ans peut obtenir une clause précisant qu’arrivé à 60 ans, il pourra transformer son contrat d’assurance invalidité en assurance SLD « pour approximativement la même prime », précise M. Dastous.

Quelle que soit l’assurance choisie, c’est toujours l’assuré qui bénéficie directement des versements. Confrontés aux tracas administratifs, en plus des sacrifices financiers, les proches aidants demandent aux assureurs et à la société tout entière de trouver de nouvelles réponses aux défis d’une population vieillissante. « Pourquoi ne pas intégrer les parents dans les assurances collectives, comme c’est le cas pour les enfants des travailleurs? propose Sylvie Riopel. Il faudra trouver des façons d’identifier le proche aidant et de lui donner un statut juridique ou légal. »

À lire : Assurer l’avenir d’un enfant handicapé

Un tabou dans les organisations

Serait-il honteux d’aider ses parents âgés? Quand cela entraîne un retard à leur emploi, les travailleurs préfèrent inventer une excuse fictive plutôt que de dire la vérité.

C’est ce qui ressort de l’étude « La conciliation emploi-famille-soins : quel soutien des entreprises pour les proches aidants? », menée en deux temps au Québec et au Canada par l’Alliance de recherche universités-communautés (ARUC).

Conseiller a rencontré Diane-Gabrielle Tremblay, directrice de l’ARUC et coauteure de l’étude avec Maryse Larivière.

Q. Dans quelles situations les organisations soutiennent-elles les employés aidants?

R. Dans notre étude, nous n’avons pas trouvé d’entreprise où les choses sont structurées. On propose de prendre ses congés maladie et ses vacances. Parfois, on facilite le travail à domicile.

Q. Comment se décide ce soutien?
R. Si le gestionnaire connaît bien l’employé, il fera le maximum pour l’aider. Sinon, il en fera un peu moins. Mais en fin de compte, c’est surtout les employés qui vont réduire d’eux-mêmes leur temps de travail.

Q. Les organisations ignorent-elles la situation des proches aidants?

R. Les responsables des ressources humaines considèrent qu’ils font une faveur à la personne en s’occupant de cet enjeu. La moitié de ces gestionnaires accordent une priorité importante à la conciliation travail-famille, ainsi qu’aux soins aux enfants. Mais les soins aux adultes sont perçus comme une priorité moyenne ou faible. Et 30 % des gestionnaires croient même que ce sujet est sans objet.

Q. Comment réagissent les employés aidants?

R. Il arrive un moment où les employés n’ont pas le choix d’en parler. Au début, ils camouflent leur situation, surtout s’ils ont de l’ambition professionnelle. S’ils craignent que cela ne leur cause plus de dommages qu’autre chose, ils font semblant de rien. Ils expliquent un retard en invoquant autre chose : la neige ou un problème avec les enfants.

Q. Comment cela se termine-t-il?

R. Cela coûte cher de mettre ses parents dans un centre d’hébergement ! Beaucoup de ménages n’en ont pas les moyens. Les femmes réduisent souvent leur temps de travail, et peuvent même arrêter toute activité professionnelle.

Q. Les hommes s’en sortent-ils mieux?

R. Ils restent plus fréquemment au travail à plein temps, car les services qu’ils rendent à leurs parents sont plus souvent financiers ou de transport. Les femmes sont davantage engagées quant aux soins à la personne, comme la toilette ou l’aide à l’habillage. C’est aussi pour cela qu’elles diminuent leur temps de travail.

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