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Accompagner ses parents… à quel prix?

8 juillet 2013 | Didier Bert

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Des parents qui ne peuvent plus se débrouiller seuls, aussi bien pour les activités quotidiennes que pour les finances, et voilà l’épargne de leurs enfants en danger.

« Mon père a été en perte d’autonomie durant les sept dernières années de sa vie, se souvient Pierre Dastous, responsable de la formation continue chez Réseau Financier Proteck, une firme spécialisée dans la formation sur l’assurance invalidité. Ma sœur habitait à Calgary, c’est donc moi qui m’occupais de lui. Il m’est arrivé d’apprendre qu’il partait à l’hôpital alors que je donnais une formation. […] Je n’ai pas vécu une journée sans me demander : Est-ce que je vais avoir un appel de mon père ou de sa résidence d’hébergement? »

« L’aide des enfants aux parents âgés est un phénomène assez récent », observe Sylvie Riopel, responsable des communications du Regroupement des aidantes et aidants naturel(le)s de Montréal (RAANM). « Au total, le nombre de proches aidants a augmenté de 33 % au cours des cinq dernières années, selon Statistique Canada.» Ce chiffre s’explique notamment par le vieillissement de la population québécoise et par les politiques gouvernementales visant à favoriser le maintien à domicile des aînés. On sait que cela se pratique, et qu’une partie de ces personnes puisent dans leur épargne pour y faire face.

L’enfant aidant investit du temps et de l’énergie auprès de son parent, et il n’est pas rare, devant le peu de soutien accordé par les employeurs (voir encadré « Un tabou dans les organisations »), qu’il concède une réduction de son temps de travail, voire même l’arrêt de toute activité professionnelle.

En chiffres

  • Taux d’hébergement en CHSLD publics et privés conventionnés des personnes âgées de 65 ans et plus :

    – En 2001 : 3,8 %
    – En 2010 : 2,9 %

    Le nombre de centenaires passera de 2250 en 2012 à plus de 19 000 en 2056, avec une proportion de 75 % de femmes et 25 % d’hommes atteignant cet âge.

    Source : Institut de la statistique du Québec.

    Proportion de Québécois qui sont globalement en bonne santé, et vivant à domicile :

    – 65-74 ans : 69,7 %
    – 75-84 ans : 56,1 %
    – 85 ans et plus : 38,9 %

    Prévalence de certains problèmes de santé chroniques chez les Québécois de 85 ans et plus, et vivant à domicile :

    – Hypertension : 44,8 %
    – Arthrite : 40,5 %
    – Incontinence urinaire : 24,8 %
    – Maladie cardiaque : 23,3 %

    Source : Statistique Canada, Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes 2009-2010.

Autre constat de Mme Riopel, cette responsabilité pousse bien plus souvent les femmes que les hommes à laisser leur emploi. « Résultat, elles ne cotisent plus à rien. Elles ne peuvent plus investir dans rien… Elles se retrouvent appauvries une fois à la retraite », décrit-elle.

« Je connais des entrepreneurs qui sont en train de perdre des employés parce que ces derniers sacrifient leur emploi pour s’occuper de leurs parents », témoigne Mario Grégoire, président du cabinet de services financiers Question de Finance.

Et c’est sans compter la dégradation de la santé de l’aidant lui-même. « Quand la maladie est trop lourde pour le proche aidant, il est épuisé et se retrouve en situation de détresse psychologique. Il doit donc lui-même recevoir des soins », souligne Mme Riopel.

Des dépenses considérables

Qu’il perde des revenus de travail ou qu’il puise dans son épargne, l’enfant aidant a toutes les chances de subir des conséquences financières importantes. En effet, à la perte d’autonomie ou la maladie s’ajoutent parfois des frais de transport et de soins à domicile qu’il faut aussi prendre en charge si le parent n’est pas à même de payer ces factures.

Et quand la seule solution raisonnable devient l’hébergement en résidence, la facture mensuelle pour un établissement privé peut s’élever à plusieurs milliers de dollars, jusqu’à 5 000 $ selon une étude de TakingCare inc. Faute de moyens, il faut se montrer patient : au Québec, on compte 4 300 personnes qui sont dans l’attente d’une place dans le réseau public en centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD).

Le prix mensuel d’une chambre en CHSLD s’élève au maximum à 1 742,70 $ pour une chambre individuelle, 1 456,80 $ pour une chambre à deux lits, et 1 083 $ pour une chambre de trois lits ou plus. « Ces coûts sont des maximums. Si vous ne pouvez les assumer, le montant de votre contribution sera alors établi en tenant compte de vos liquidités, des biens que vous possédez, de vos revenus mensuels et de votre situation familiale », précise le site internet de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ).

À lire : Familles recomposées : un parent averti en vaut deux

Pour les protéger de tous ces risques financiers, le conseiller peut recommander à ses clients de s’intéresser à différents produits d’assurance. L’assurance invalidité, incontournable, compense uniquement la perte de leur propre salaire et, selon la couverture choisie, peut inclure le remboursement des frais de base (loyer et alimentation, par exemple). Elle ne comblera pas certains besoins financiers en cas de problème sérieux, c’est pourquoi le conseiller peut sensibiliser ses clients aux assurances maladies graves et soins de longue durée (SLD). Ces produits peuvent quant à eux donner au parent bénéficiaire les moyens de dédommager leurs enfants aidants pour la perte de revenus ou d’épargne qu’ils pourraient subir.

Dans la pratique, l’assurance maladies graves est plus populaire que l’assurance soins de longue durée. « Le conseiller moyen a plus de facilité à offrir l’assurance maladies graves à un client parce que le concept est très simple à comprendre, observe Pierre Dastous. Tout le monde a une histoire à raconter sur un proche touché par une maladie grave. Le produit est bien établi : si je suis malade, je reçois un montant forfaitaire pourvu que je survive plus de 30 jours. »

Montant qui servira souvent à la personne aidante pour prendre un congé sans solde, selon Mario Grégoire. Il ajoute que l’option de remboursement des primes, bien qu’onéreuse, rassure aussi certains consommateurs, qui veulent ravoir leur argent si aucune maladie grave ne les a atteints après un certain délai. « On s’assure et on accumule par le fait même de l’épargne forcée », illustre-t-il.

Cependant, même un capital de quelques dizaines de milliers de dollars ne suffit pas à couvrir les besoins quand une perte d’autonomie dure plusieurs années. « La majorité des gens couverts, de ce que j’entends, peuvent toucher de 25 000 $ à 50 000 $, confie Pierre Dastous. Mais avec les soins infirmiers à domicile, les heures de ménage, l’hébergement de longue durée… on en aura pour combien de temps? Quelle sera notre qualité de vie une fois ce montant épuisé? »

Aussi, l’assurance maladies graves ne couvre généralement qu’une vingtaine de maladies (cancer, Alzheimer, Parkinson, accident cérébrovasculaire, etc.) et pour chacune d’entre elles, le contrat spécifie l’étendue de la couverture. Par exemple, le plus souvent, seul un cancer présentant un risque mortel pour l’assuré donne droit au versement d’un capital.

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Pas seulement une affaire d’assurance…

Le conseiller devrait aider les familles à se tourner vers les ressources qui apportent du soutien aux proches aidants.

Daniel Bissonnette voit souvent sa belle-mère. Il faut dire qu’elle habite à 800 mètres de chez lui, et que le couple l’aide dans la vie de tous les jours. « Ce n’est pas une corvée, on l’aime! », lance le chef de la conformité et planificateur financier chez Planifax. « On s’arrête tous les jours chez elle. Ce n’est pas coûteux, mais cela demande du temps. […] L’argent ne règle pas tous les problèmes. Il faut être présent, à l’écoute. »

Les enfants, comme les parents, devraient se tourner vers les travailleurs sociaux, croit M. Bissonnette. « Les ressources sont là. On a découvert ça et on en est fiers! », clame-t-il.

Or, la démarche n’est pas facile pour les familles, qui peuvent se sentir gênées de faire appel à des ressources extérieures.

Le conseiller peut aussi sensibiliser les parents à la rédaction d’un mandat en cas d’inaptitude. Rédigé devant témoins ou notarié, ce document écrit désigne un mandataire chargé de voir à la protection de la personne et à l’administration de ses biens, dans le cas où celle-ci serait privée de ses facultés de façon temporaire ou permanente par la maladie ou par un accident. Le mandat en cas d’inaptitude ne remplace pas le testament qui, lui, ne prend effet qu’au décès de son auteur. Enfin, ce document doit être homologué ou approuvé par un tribunal avant de devenir exécutoire.

À lire : Assurer l’avenir d’un enfant handicapé

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