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Adieu la Bourse, place aux actifs « tangibles »?

12 février 2015 | Pierre-Luc Trudel | Commenter

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Hôtels, terres agricoles, montres de luxe, vin… les placements alternatifs qui reposent sur des biens dits « tangibles » ont la cote ces dernières années. Mais les investisseurs qui s’y aventurent doivent parfois composer avec des risques élevés et payer le prix d’une faible liquidité.

Depuis 2011, le fonds d’investissement IGA Automobile Fund de Londres promet aux investisseurs des rendements intéressants grâce à la vente de voitures de collection. Les amateurs de diamants ou encore d’œuvres d’art peuvent aussi trouver chaussure à leur pied parmi les nombreux fonds spécialisés, et parfois plutôt créatifs, offerts sur le marché.

En France, première destination touristique mondiale, de nombreux fonds profitent du parc hôtelier vieillissant du pays pour générer des rendements en revendant à profit des établissements fraîchement convertis ou rénovés. D’autres sociétés offrent des fonds qui permettent d’investir dans des conteneurs, qui sont ensuite loués à des transporteurs maritimes.

Dans bien des cas, l’objectif est le même : attirer les investisseurs qui ont perdu confiance dans les marchés boursiers depuis la crise financière de 2008 en insistant sur la notion de « tangibilité » de leur offre. « Mais attention, ce n’est pas parce que des produits financiers ne sont pas en Bourse qu’ils ne sont pas spéculatifs », prévient Sylvain B. Tremblay, vice-président, Gestion privée à Optimum Gestion de Placements.

Certains biens tangibles sont au contraire extrêmement volatils. Après avoir progressé de 74 % entre janvier 2009 et juin 2011, l’indice de référence Liv-ex Wine 100, qui calcule le prix d’un panier des 100 vins les plus recherchés, a chuté de plus de 20 % durant les six mois qui ont suivi.

Le compromis de la liquidité

Bien qu’ils soient très populaires en Europe, ces fonds ne jouissent pas d’un tel engouement au Québec. « Je ne crois pas qu’on va assister à une explosion de ce type de fonds, le marché québécois est trop petit », croit M. Tremblay, qui se décrit comme un adepte des placements classiques.

D’autant plus que ces produits financiers ne s’adressent pas à toutes les bourses. Avec des mises de fonds initiales souvent dans les six chiffres, ils visent clairement une clientèle fortunée. Pourtant, M. Tremblay est convaincu que cette catégorie d’investisseurs n’est généralement pas attirée par ces types de placements. « Leur but n’est pas de battre les marchés en investissant dans des produits alternatifs risqués et peu liquides. En général, ils ne sont pas prêts à faire le compromis d’une très faible liquidité et de voir leur capital gelé à 80 % pendant 10 ans », assure-t-il.

Car si des actions cotées en Bourse vont généralement toujours trouver preneurs, il en est tout autrement des biens tangibles, qui sont par définition non liquides. « C’est comme dans le secteur immobilier : le bien n’a pas de valeur réelle tant que l’on n’a pas reçu une offre d’achat », insiste M. Tremblay.

Pour William-André Nadeau, vice-président et gestionnaire de portefeuille à Tactex, les actifs tangibles répondent tout de même à un certain besoin chez les investisseurs qui souhaitent diversifier leur portefeuille et sortir du traditionnel tandem actions-obligations. « Pour que les petits épargnants y aient accès, il faudrait que des investisseurs institutionnels comme la Caisse de dépôt investissent dans ces types d’actifs et ouvrent ensuite des fonds au grand public, ce qui pourrait être bonne chose, avance-t-il. Mais il faut que ce soit bien encadré, parce qu’il y a beaucoup de magouilles et d’escrocs dans ce domaine-là. »

« On ne devrait jamais investir dans un produit financier que l’on ne comprend pas », résume sagement Sylvain B. Tremblay.

Retour à la terre

Si les fonds spécialisés dans les biens tangibles ne semblent pas près de devenir légion au Québec, un certain engouement semble cependant se profiler du côté des terres agricoles. Il faut dire que leur valeur a bondi de plus de 400 % depuis les années 1990.

« Avec l’augmentation de la demande occasionnée par la croissance de la population mondiale, c’est une catégorie d’actif qui est devenue très intéressante », soutient Clément Gagnon, conseiller principal à Partenaires Agricoles, une société en commandite qui réalise des rendements en exploitant et optimisant des terres agricoles, en partenariat avec les agriculteurs et une équipe d’agronomes. La société, qui aura une durée de vie de 10 ans (2015-2025), projette un rendement annualisé de l’ordre de 10 % pour les cinq premières années d’exploitation.

Même si, à l’échelle mondiale, les changements climatiques constituent un risque majeur qui pèse sur le rendement des cultures, M. Gagnon se montre optimiste. « Le Canada, et plus particulièrement le Québec, est l’une des régions du monde qui sera le moins touchée par les changements climatiques. Le risque climatique existe, mais le potentiel est très grand aussi », affirme-t-il.

Si l’offre de placement de Partenaires Agricoles s’adresse aux investisseurs institutionnels (souscription minimale d’un million de dollars), Clément Gagnon est convaincu que les terres agricoles seront bientôt présentes dans le portefeuille de bon nombre de Québécois. « C’est très réaliste de penser que dans l’avenir, l’investisseur moyen détiendra des parts de terres agricoles dans son fonds de pension, son REER ou son CELI. »

C’est ce que l’on appelle un retour à la terre, façon XXIe siècle.

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