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Ajouter de la valeur grâce à une répartition d’actif optimale

29 novembre 2010 | Ramy Rayes | Commenter

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gestionnaire_portefeuille_graphique_425La capacité d’un gestionnaire de portefeuille à ajuster son exposition aux différentes classes d’actif à court terme peut s’avérer une source de valeur ajoutée importante dans la gestion active d’un mandat équilibré. D’ailleurs, une répartition d’actif optimale pourrait même permettre au gestionnaire d’ajouter davantage de valeur que sa sélection des titres. Malheureusement, un grand nombre de caisses de retraite canadiennes se contente d’appliquer en tout temps l‘allocation stratégique à long terme établie par le portefeuille de référence de la politique de placement.

Les objectifs et les contraintes de risque d’une caisse de retraite sont généralement basés sur des espérances de rendements et des corrélations historiques du portefeuille de référence. Bien souvent la politique de placement permet au gestionnaire de dévier légèrement de la répartition cible, mais rares sont ceux qui utilisent toute cette flexibilité pour ajouter de la valeur à court terme. Par exemple, voici des balises typiques qu’on peut trouver dans une politique de placement.

Minimum

Cible

Maximum

Encaisse et actifs à court terme

0 %

2 %

5 %

Revenus fixes

30 %

38 %

50 %

Actions canadiennes

20 %

30 %

40 %

Actions étrangères

20 %

30 %

40 %

La plupart des gestionnaires dévieront de façon marginale de la cible, réduisant ainsi la possibilité d’ajouter de la valeur au portefeuille.

Tactique ou stratégique?
De nombreuses caisses de retraite optent pour une structure spécialisée leur permettant de choisir des gestionnaires distincts pour les différentes classes d’actif. Le promoteur, respectant l’allocation stratégique à long terme, alloue un pourcentage des actifs de la caisse de retraite à chacun des gestionnaires en mandat spécialisé. Lorsque les répartitions se retrouvent à l’extérieur des limites permises de la politique, l’administrateur procède à un rééquilibrage des actifs. Ces balises sont généralement très étroites autour de la cible. Malheureusement, ce processus ne permet pas d’ajouter de la valeur par des décisions d’allocation d’actif.

Une solution simple serait d’opter pour une structure qui inclurait des gestionnaires en mandats équilibrés. Une telle structure de gestion permettrait, non seulement d’ajouter de la valeur face à la cible par la sélection de titres, mais aussi par des déviations temporaires de l’allocation d’actif. En effet, en réponse aux conditions du marché, un gestionnaire en mandat équilibré peut modifier son allocation d’actif en augmentant ou réduisant l’exposition à une catégorie d’actif sans toutefois perdre de vue les balises à long terme qui lui ont été fixées.

Chacun son métier
Puisqu’il peut être difficile de choisir un gestionnaire qui excelle dans toutes les catégories d’actif, il existe une autre possibilité : mandater un gestionnaire d’allocation tactique. Par gestionnaire d’allocation tactique nous parlons d’un stratège qui cherche au quotidien à ajouter de la valeur en surpondérant des catégories d’actifs qui devraient surperformer sur une base relative (par rapport à la cible) et en sous-pondérant celles qui devraient sous-performer. Dans le cadre de son mandat, le gestionnaire trouvera l’exposition désirée aux différentes classes d’actif de deux manières : par une exposition à des valeurs physiques ou par une exposition synthétique, c’est-à-dire par l’utilisation de produits dérivés.

Dans une allocation tactique physique, le gestionnaire s’expose à une catégorie d’actif en achetant des titres dans la catégorie d’actif attrayante au détriment de la catégorie d’actif la moins attrayante. Par exemple, un gestionnaire tactique qui s’attend à une sous-performance des marchés boursiers étrangers relativement au marché boursier canadien pourrait vendre des unités d’un fonds d’actions mondiales et investir les sommes en actions canadiennes. À l’opposé, dans une allocation d’actif synthétique, le gestionnaire fait appel à des produits dérivés afin d’atteindre l’exposition voulue. Un gestionnaire tactique pourrait prévoir une hausse du dollar canadien relativement aux autres devises mondiales et ainsi faire appel à des contrats à terme afin de couvrir l’exposition de la caisse de retraite aux devises étrangères.

Avantages et inconvénients des deux méthodes de gestion tactique

Gestion physique

Gestion synthétique

Simplicité d’évaluation

Rapidité d’exécution et liquidité

Coût des transactions

Respecte la majorité des politiques de placement

Dans ce contexte, un gestionnaire tactique pourrait être évalué et rémunéré en fonction de la valeur ajoutée d’allocation obtenue suite à une déviation de la répartition d’actif stratégique à long terme de la politique de placement (incluant la valeur marchande des produits dérivés utilisés).

La dernière tendance
Une dernière possibilité aux fins d’une exposition à cette source de valeur ajoutée est l’utilisation de produits alternatifs d’allocation tactique des actifs. L’objectif de ces produits est d’obtenir un rendement absolu, et ce, dans tous les cycles économiques rencontrés.

La plupart des fonds d’allocation tactique des actifs disponibles sur le marché utilisent le levier financier et ont une exposition synthétique aux différentes classes d’actif par l’entremise des produits dérivés. Par l’effet multiplicateur du levier financier, quelques pour cents dans une telle stratégie peuvent permettre à une caisse de retraite de trouver l’exposition voulue à cette source de valeur ajoutée sans toutefois sous-pondérer les classes d’actif traditionnelles. Un des principaux avantages de ce type de produit est sa faible corrélation avec les classes d’actif traditionnelles. Par contre, un désavantage important d’une telle stratégie est les honoraires relativement élevés se chiffrant à parfois 2 % des actifs investis en plus de 20 % de la valeur ajoutée par rapport à la cible.

Il existe donc des solutions aux caisses de retraite qui désirent améliorer leurs rendements grâce à une allocation tactique des actifs, et ce, peu importe leur structure de gestion.

Rami Rayes, FRM, est analyste actuariel principal, Consultation en régime de retraite, au bureau de Morneau Sobeco à Montréal.

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