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Appelons un chat, un chat | Jean Dupriez

Appelez-moi conseiller financier!

2 mars 2016 | Commenter

L’absence totale de réglementation en matière de titres professionnels permet le désordre, la tromperie, la mauvaise foi et l’abus de confiance à l’égard du grand public. Personne ne s’y retrouve, c’est la loi de la jungle!

A l’opposé, l’excès de réglementation crée la brume et l’opacité; les règles édictées par l’autorité A contredisent celles émises par l’autorité B. Toutes les deux se perdent dans une multitude de petits détails qui ont peu d’importance. Tout le monde est confus! C’est donc du pareil au même.

Et quand le législateur et ses rédacteurs de textes alambiqués et incompréhensibles méprisent la langue utilisée par le bon peuple québécois, la situation devient ingérable.

C’est là où nous nous trouvons aujourd’hui grâce à cette bonne vieille loi 188. Ce texte désuet a besoin non seulement d’être mis à jour, mais surtout d’être reconstruit dans un état d’esprit positif, en particulier en ce qui a trait aux titres professionnels du domaine financier.

En effet, la locution « conseiller financier » est utilisée par tout le monde bien que ce soit interdit par la loi. La belle affaire!

Proscrire est facile quand on est en position d’autorité sur une profession que l’on n’a jamais pratiquée.

Pour tous mes clients, j’ai été, pendant 30 années, leur conseiller financier. Je m’occupais de leurs investissements, de leurs assurances et de leur planification financière personnelle.

carte_affaires_professionnelle_visite_425Ma carte d’affaires de l’époque disait ceci : LL.L., DAE (diplômes de droit, d’administration et d’économie), planificateur financier (ça, au moins, c’est clair), représentant en épargne collective (un autre titre erroné sur le plan linguistique, car je n’ai jamais été représentant, mais bien courtier, travaillant avec plusieurs compagnies de fonds d’investissement par l’intermédiaire d’une maison de courtage), conseiller en assurance de personnes (ceci est compréhensible, heureusement).

La mention « conseiller financier » n’a jamais figuré sur ma carte d’affaires et pourtant j’ai été, pendant 30 années, conseiller financier. C’est un peu comme Galilée, condamné à la prison pour avoir affirmé que la terre tournait. Il aurait déclaré à voix basse, au sortir du tribunal : « e pur si muove… » (et pourtant elle tourne). Qui avait raison?

Les rédacteurs de la loi 188 ont même été plus loin : ils se sont attaqués à mon titre préféré, celui de planificateur financier. Avant la création de l’IQPF, j’étais déjà planificateur financier. J’avais même suivi un cours de perfectionnement et obtenu le titre de planificateur financier certifié (qui devint plus tard agréé).

Ne voilà-t-il pas que nos penseurs experts linguistes décident d’interdire l’affichage des termes « certifié ou agréé » accolés à planificateur financier.

Ce titre était considéré élitiste, il fallait donc l’interdire, ce qui fut fait! De plus, il était réglementé par un organisme canadien (l’Association canadienne des planificateurs financiers, laquelle a changé de nom depuis) plutôt que québécois. Soyons nationalistes, d’accord, mais ne soyons pas stupides!

Cela s’appelle, en langage ordinaire, du nivellement par le bas. Oui, la philosophie du nivellement par le bas, la culture de la médiocrité ne sont plus l’apanage exclusif du ministère de la non-éducation du Québec. Cette triste mentalité semble avoir déteint sur le ministère des Finances et ses organismes accessoires.

Chez nous, aucune tête ne peut dépasser. Le développement de la compétence est officiellement encouragé et officieusement découragé. Si ma tête dépasse, je risque la décapitation.

ALORS, QUE FAIRE?

La première chose à faire est de repenser le système des titres professionnels financiers dans un état d’esprit positif et constructif, et non pas négatif et truffé d’interdictions.

La seconde action à envisager est d’encourager impérativement et à tous les niveaux le perfectionnement professionnel par la mise en vigueur d’un système simple de titres de base et d’appellations de perfectionnement.

Dans les deux cas, choisissons les mots de la langue française utilisés par le public. Je suggère au législateur et à ses rédacteurs de lire l’article 1436 du Code civil.

Le titre de « conseiller financier » pourrait être utilisé par les professionnels qui possèdent des connaissances élémentaires dans trois domaines : conseil et planification, investissement, assurance de personnes.

Le titre de « planificateur financier » continuerait d’être ce qu’il est actuellement, un titre qui exige des connaissances approfondies, un titre de vision globale et dynamique de la situation d’un client. Le terme lié à son perfectionnement serait « agréé », comme c’est le cas pour bien des professions régies par un ordre professionnel.

Dans ce cadre d’action, les permis de pratique (ou de vente) en assurance et en investissement devraient être conçus en fonction du contenu des produits financiers offerts et non pas de la forme juridique des compagnies qui les proposent.

Ainsi, dès qu’il s’agit de protection de la personne contre un risque plus ou moins prévisible, le permis d’assurance serait exigé. Et si le produit contient un élément d’investissement sur lequel le client doit faire un choix, le permis « investissement » serait obligatoire (épargne collective ou valeurs mobilières).

En pratique, tous les conseillers financiers devraient détenir les deux permis et être régis par les mêmes règles d’obtention des permis et de conformité.

Voilà donc quelques idées de base sur lesquelles le législateur pourrait s’appuyer dans le cadre de la révision de cette chère loi 188.

« Le véritable progrès démocratique n’est pas d’abaisser l’élite au niveau de la foule, mais d’élever la foule vers l’élite. » (Gustave Le Bon, Hier et demain)

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