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Épargne

Autre salve contre les RVER

14 juin 2012 | Ronald McKenzie | Commenter

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Après le patronat mardi, c’est au tour des syndicats de manifester des réserves à l’endroit des Régimes volontaires d’épargne-retraite (RVER).

Mercredi, la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) s’est officiellement opposée au projet de loi 80, déposé mardi, prévoyant l’instauration des RVER.

« Nous l’avons souvent dit, les RVER sont la pire des solutions pour assurer un niveau de vie décent à l’ensemble de la population québécoise. Non seulement le gouvernement déresponsabilise-t-il les employeurs face à leur obligation de cotiser dans des régimes de retraite, mais il se décharge de ses responsabilités sociales sur le dos des individus, et il se prépare à faire des futures cohortes de retraités des gens qui vivront dans la pauvreté et qui auront besoin de l’aide de dernier recours pour assurer leurs vieux jours », a déclaré Michel Arsenault, président de la FTQ.

Citant un spécialiste de la Standard Life qui a analysé un projet similaire vécu en Angleterre, Michel Arsenault a indiqué que les RVER ont toutes les chances de faire chou blanc tant et autant que les employeurs ne seront pas obligés d’y cotiser.

Mis en place en 2001, le régime anglais est en cours de réforme et les employeurs sont désormais tenus de participer.

« Mais, même avec une réforme, personne ne s’attend à des miracles. Selon une étude de l’Observatoire français des conjonctures économiques, ce régime, avec des cotisations totales de 8 % (3 % employeurs, 5 % travailleurs) versées pendant 45 ans, donnera droit à un taux de remplacement du salaire à la retraite allant de 16,4 % à 27 % tout au plus, selon les taux de rendement. Est-ce que c’est ce qu’on appelle une retraite décente? Poser la question, c’est y répondre », a dit Michel Arsenault.

Le président de la plus grande centrale syndicale au Québec ne comprend pas pourquoi le gouvernement s’entête à promouvoir cette voie, alors qu’elle a fait l’objet de plusieurs critiques.

« Pas plus loin que chez notre voisine, l’Ontario, le gouvernement de Dalton McGuinty a refusé cette voie, y voyant un simple déplacement de l’épargne dans des fonds administrés par des assureurs et des institutions financières du secteur privé, a-t-il ajouté. L’Ontario, tout comme nous, aurait préféré que le gouvernement fédéral trouve le moyen de bonifier le régime public, le Régime de pensions du Canada, le pendant de notre Régime de rentes du Québec. »

Le président de la FTQ espère que des audiences publiques auront lieu sur le projet de loi 80 et qu’il pourra « faire entendre la voix des membres qu’il représente ».

D’autres réactions

Mardi, la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) a réagi au projet de loi 80 en déclarant : « La FCCQ est toujours préoccupée quand on cherche à instaurer des programmes qui contraignent les très petites entreprises à offrir un service sans savoir au préalable ce qu’il en coûtera pour gérer et administrer ces programmes. Dans le cas du régime proposé aujourd’hui, nous croyons qu’il est ambitieux de vouloir obliger les entreprises comptant 5 employés et plus à offrir un RVER à tous leurs employés. Cela représente un fardeau administratif excessif pour une foule de petites entreprises déjà aux prises avec trop de formalités administratives et une situation économique incertaine. »

De son côté, l’industrie des services financiers affiche des sentiments nuancés au sujet des RVER.

Ainsi, la Standard Life applaudit « aux efforts du gouvernement du Québec afin de concrétiser cette forme d’épargne », a déclaré Charles Guay, président et chef de la direction de Standard Life au Canada. « Grâce à cette initiative, les Québécois seront mieux préparés pour leur retraite. La Standard Life comprend les défis financiers que les gens doivent surmonter au cours de leur carrière et leur offre les solutions dont ils ont besoin à chaque étape. » L’entreprise s’est engagée à offrir « un RVER simple et clair » pour les particuliers et les employeurs.

Dans son bulletin d’information de mars dernier, Aon Hewitt émettait des réserves contre les RVER. « Un individu qui verse déjà sa cotisation maximale au REER ne bénéficiera pas d’une opportunité de cotiser davantage avec l’avènement des RVER », soutenait l’institution. Aon Hewitt craint également pour l’harmonisation des règles dans l’ensemble du Canada puisque les RVER diffèrent des RPAC à certains égards (notamment en ce qui a trait à l’obligation pour les employeurs de les offrir et en ce qui concerne les sorties de fonds avant la retraite).

Pour sa part, la firme Mercer admet que les RVER permettront dans une certaine mesure d’accroître le niveau d’épargne-retraite des Québécois, de profiter d’économies d’échelle sur les frais de gestion et de donner accès à des options de placement simplifiées. Cependant, cela se reflètera dans les services restreints qui pourront être offerts. Mercer estime que le taux de cotisation qui atteindra 4 % en 2017 ne servira pas adéquatement les besoins financiers des employés à faibles revenus pour qui il pourrait être plus avantageux d’opter pour un CELI afin d’éviter les réductions des prestations gouvernementales.

Quant à la Sun Life, elle se réjouit que cette mesure renvoie les Québécois « à leur responsabilité d’épargner afin de préparer leur retraite ». Cependant, l’assureur reconnaît que ce n’est pas une manne pour l’industrie. « Le gouvernement nous oblige à gérer avec des frais bas et une grande simplicité », commentait la Sun Life en mars dernier.

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