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Big data : gros buzz ou gros profits?

20 octobre 2014 | Guillaume Jousset | Commenter

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Ralph Van Coillie, directeur principal solutions en intelligence d’affaires du Mouvement Desjardins

S’il existe un symbole parfait d’un mariage entre les technologies de l’information et la finance, c’est bien le big data ou mégadonnées. L’exploitation des données, dont le volume ne cesse de grandir, serait synonyme d’une énorme valeur ajoutée dans la relation client, d’un marketing plus efficace et d’importants profits potentiels pour les institutions financières.

Mais ce mariage est-il si idyllique qu’il en a l’air? Pour démêler ce qui relève du buzz ou de l’opportunité d’affaires, le dernier forum FinTech a rassemblé à Montréal mercredi une brochette de spécialistes.

Success story

Premier constat : le big data est loin de se résumer à une simple philosophie. À preuve, la banque espagnole CaixaBank a gagné le prix World’s most innovative bank (banque la plus innovatrice au monde) en 2013 grâce à son utilisation du big data. Son exploitation lui a permis d’introduire plusieurs technologies, tant dans ses interfaces clients que dans la gestion de ses processus d’affaires dans un climat de tourmente économique particulièrement difficile en Espagne.

Passage obligé

Deuxième constat : le big data est incontournable pour les institutions financières. Il risque, à terme, de devenir un avantage concurrentiel majeur, notamment en offrant à leurs clients des services toujours plus personnalisés. Il permet aux conseillers d’affiner leur connaissance du client pour se rapprocher, à terme, d’une vision à 360 degrés.

« Ne pas croire au big data, c’est se mettre des œillères alors qu’un éléphant est dans la pièce », a résumé Ralph Van Coillie, directeur principal solutions en intelligence d’affaires du Mouvement Desjardins.

Un pas à la fois

Troisième constat : plutôt que de s’attaquer à l’éléphant, mieux vaut commencer par digérer l’un de ses orteils. Les entreprises devraient ainsi commencer à extraire de la valeur des données, peu ou mal exploitées, dont elles disposent à l’interne avant d’aller à la pêche aux données externes sur leur clientèle, dans les médias sociaux par exemple.

« Les courriels internes, les conversations téléphoniques, les documents… Autant de sources de données internes pour lesquelles nous disposons désormais d’outils d’analyse capables de les exploiter », a assuré Françoys Labonté, directeur développement des affaires, innovation et valorisation du Centre de recherche en informatique de Montréal.

L’idéal, selon ces experts, est donc de débuter par de petits projets.

« Plutôt que de lancer un projet big data pour améliorer ses ventes de produits au Canada, mieux vaut commencer avec un seul produit et appliquer ce qui marche aux autres. Cela permet de limiter les risques tout en évitant de totalement bouleverser son écosystème de travail », a conseillé M. Van Coillie.

Prudence

Quatrième constat : il faut se méfier du leurre de la disponibilité des données dans le tout numérique.

« Ce n’est pas parce qu’une information est accessible que vous pouvez l’utiliser. Il faut définir au préalable un cadre de conformité pour éviter tout problème », a prévenu Me Dominic Jaar, associé à KPMG Canada et chef national des services de gestion de l’information.

Guerre pour les ressources

Dernier constat : la guerre silencieuse pour accaparer les ressources humaines spécialisées en big data est déjà lancée. Selon le cabinet Gartner, il manquera 3000 spécialistes des données dans les prochaines années, uniquement au Québec. « Un spécialiste des données, c’est quelqu’un qui maîtrise trois champs de compétences : comprendre la donnée, l’interpréter et l’appliquer aux affaires », a expliqué M. Van Coillie, dont l’institution a adopté une approche alternative pour combler ses besoins.

« Chez Desjardins, nous avons embauché du personnel pour chacune des trois expertises et nous les faisons collaborer étroitement », explique-t-il.

Toujours pas convaincu de la valeur du big data? Regardez Google, suggèrent les conférenciers. L’entreprise a conquis le monde alors qu’elle ne vend rien… à part des données sur ses utilisateurs. Et personne ne suggère que ce n’est pas rentable.

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