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Justice

Un représentant poursuit BMO Assurance

19 octobre 2015 | Pierre-Alexandre Maltais | Commenter

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Une filiale de la Banque de Montréal ainsi que deux de ses vice-présidents sont poursuivis en justice par un ancien partenaire d’affaires, qui les accuse d’avoir contribué à la perte de son emploi à la suite d’un conflit avec l’ex-représentant externe de BMO, Jacques-André Thibault.

Le quotidien La Presse révélait la semaine dernière que David Hébert, actuellement consultant chez Canaccord, réclame conjointement à BMO Société d’assurance-vie et deux de ses VP, Daniel Walsh et Caron Czorny, un dédommagement de 800 000 $. Soit 640 000 $ pour pertes de revenus et 160 000 $ pour des dommages moraux et punitifs.

Jusqu’au 24 février 2011, M. Hébert était vice-président développement des affaires au bureau de Montréal de Benoît Bouchard Assurances (BBA). Il allègue notamment que BMO, par l’intermédiaire de Daniel Walsh, aurait relayé des informations non fondées à son endroit auprès de la présidente de BBA, Lise Bouchard, ce qui aurait mené à la résiliation de son contrat en février 2011.

David Hébert

« Dans une histoire comme celle-ci, il y a une recherche de justice pour quiconque pourrait faire face à ce genre d’intimidation ou de fausses histoires à son sujet », explique David Hébert en entrevue avec Conseiller.ca.

CONFLIT AVEC JACQUES-ANDRÉ THIBAULT

En 2010, l’ex-représentant vedette Jacques-André Thibault, celui-là même qui a fait l’une des plus grosses faillites de l’histoire du Québec et qui a été radié pour une période de 11 ans par la Chambre de la sécurité financière l’année dernière, a été impliqué dans un conflit l’opposant à BBA – et David Hébert. Le différend concerne le versement d’honoraires qui lui auraient été dus dans le cadre de l’achat de produits d’assurance pour des clients représentés par M. Hébert et BBA.

Selon les documents de la poursuite, M. Thibault aurait proféré des menaces en plus d’utiliser des tactiques déloyales afin d’exercer des pressions sur M. Hébert pour obtenir ces sommes. Il aurait ainsi entrepris de ruiner la carrière du plaignant.

Pour David Hébert, il ne fait aucun doute que Jacques-André Thibault est à la source de ses déboires, et qu’il a voulu « en faire une guerre » en s’en prenant à  BBA « avec ses amis de la BMO », explique-t-il. « Je suis capable de me tenir debout face à ces gens là.»

SURPRISE, SURPRISE

Le 9 décembre 2010, lors du party de Noël de BBA, David Hébert discute avec Daniel Walsh, et celui-ci lui apprend que cinq clients de BMO Assurance se sont plaints de ses services. Walsh lui aurait expliqué que les clients en question disaient ne jamais l’avoir rencontré et qu’ils demandaient à ce que leurs dossiers soient immédiatement transmis à Jacques-André Thibault.

« Quand j’ai appris ça, il était déjà trop tard. J’étais déjà “coupable” », se rappelle David Hébert. Ainsi, lors de cette même discussion de décembre 2010, Daniel Walsh lui dit que les dossiers ont déjà été transférés à Jacques-André Thibault, sans autre forme de vérification. Walsh lui aurait expliqué, tel que le stipule la défense, « qu’indépendamment des allégations, les demandes des clients devaient être respectées ».

David Hébert s’est dit « estomaqué » par cette confidence, lui qui jure alors se souvenir avoir bien rencontré lesdits clients.

Plus d’une semaine plus tard, le 17 décembre, la patronne de David Hébert chez BBA l’appelle pour lui dire que M. Walsh l’a contactée pour lui suggérer de « spécifiquement prendre action » contre lui. Il sera d’ailleurs remercié deux mois plus tard.

L’autre employée de BMO Assurance visée par la poursuite, Caron Czorny, est vice-présidente du développement des affaires. Elle aurait tenté de dissuader le nouveau partenaire d’affaires de David Hébert, Alain Parent, d’embaucher celui-ci dans son cabinet Stratégie financière Impact (devenu depuis Centre financier SFL Vieux-Montréal).

Mais M. Parent a ignoré les arguments de Mme Czorny. « Il a cru ma version et il m’a fait confiance », explique David Hébert, qui continue sa relation d’affaires avec Alain Parent à ce jour.

RETOURNEMENT DE SITUATION

M. Hébert, tout comme BMO, contacte rapidement les clients en question. En mai 2011, il apprend que tous ont retiré leurs plaintes, précisant que l’information selon laquelle le représentant ne les avait jamais rencontrés était fausse.

Au cours de cette période, les cinq plaintes, initialement reçues dans une même enveloppe, ont par ailleurs été perdues par BMO, selon les témoignages entendus en cour.

Dans cette affaire où un représentant s’attaque à une institution bancaire de la taille de BMO, il s’agit littéralement d’une situation à la David contre Goliath. Pour M. Hébert toutefois, bien que ce soit « presque une mission impossible », le plus important est de « pouvoir défendre sa réputation » bâtie au fil de ses 20 ans d’expérience dans l’industrie.

« Et c’est sans compter l’humiliation que j’ai vécue vis-à-vis de mes pairs, les pertes de revenus importantes que j’ai eu à combler, sans oublier les frais judiciaires exorbitants que j’ai eu à payer dans tout ça », ajoute-t-il.

Du côté de BBA, on se refuse à tout commentaire dans cette affaire. « Je n’ai pas de commentaires. Ç’a déjà été assez difficile et onéreux comme ça », a dit Lise Bouchard lorsqu’interrogée par La Presse.

Dans sa défense transmise à la cour, BMO rejette les arguments de M. Hébert et argue qu’il n’y a aucun lien entre les agissements fautifs prétendus des deux VP de la banque et son congédiement, mais que c’est son « conflit important avec M. Thibault » qui lui a fait perdre son emploi. La porte-parole de l’institution Valérie Doucet n’a pas émis de commentaires, rappelant que BMO a « comme politique de ne pas commenter les dossiers devant les tribunaux ».

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Lisez notre dossier complet sur l’affaire Jacques-André Thibault

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