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Cannabis : un bon « plant » pour les investisseurs?

28 septembre 2017 | Jean-François Parent | Commenter

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cannabis_canada3Tandis que les producteurs de cannabis se préparent pour la légalisation, la spéculation boursière sur cette nouvelle industrie reste vive. Que doivent en penser les investisseurs?

Alors que le secteur n’enregistre pas encore de profits et que les régulateurs se demandent comment l’encadrer, quelque 70 producteurs de cannabis sont inscrits en Bourse au Canada, des titres qui trouvent leur chemin dans les fonds communs et les FNB, et dont les marges brutes cassent la baraque.

UNE FORTE DEMANDE

Aux États-Unis, le NASDAQ observe dans ses recommandations aux investisseurs que le monopole accordé par le Canada aux producteurs de cannabis médical, par l’entremise d’un nombre limité de permis d’exploitation, garantit une profitabilité aux producteurs licenciés.

Ceux-ci crouleront sous les dollars à moyen terme, assure le magazine américain Motley Fool. La demande excédera l’offre dans les premiers trimestres suivant la légalisation, prévue pour juillet 2018, affirme-t-il.

Cette industrie est maintenant prise au sérieux, selon les analystes de Morningstar : des gestionnaires d’actif, comme TD et Fidelity, ont même acheté des parts dans trois producteurs canadiens de cannabis médical.

Ô CANADA

Le Canada, seul pays où les usages à la fois médicaux et récréatifs du cannabis seront autorisés, est le théâtre de cours boursiers dopés. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le cannabis demeure illégal aux Pays-Bas, bien que la possession (moins de 5 g), la consommation et la vente dans les coffee shops soient tolérées.

Plus tôt cet été, la capitalisation totale des 70 sociétés issues de l’industrie de la marijuana inscrites au TSX et au Canadian Stock Exchange (CSE) dépasssaient les 5 milliards de dollars. Certains des joueurs importants affichaient des marges brutes allant de 35 à 55 % au deuxième trimestre de 2017. Au printemps dernier, les titres de l’industrie, surévalués, ont subi une correction de 20 à 30 %, illustrant la haute volatilité des investissements dans une industrie naissante.

Certains y voient une occasion de bons rendements.

« Le marché canadien n’est pas bien développé, il y a encore de la place pour la croissance », explique Jason Zanderberg, analyste financier de Vancouver pour le gestionnaire privé PI Financial.

Selon l’analyste Dan Hallet, vice-président du gestionnaire de fortune ontarien HighView Financial, nous sommes aux prémices du secteur. Il juge d’ailleurs les évaluations beaucoup trop élevées.

« Les marchés sont en feu, mais aucune de ces entreprises n’a encore affiché de profits! » lance-t-il. Il faut éviter tout excès d’optimisme, selon lui. « Certains entendent parler d’un voisin qui a obtenu un rendement de 30 % rapidement et veulent acheter des titres. Cela alimente la volatilité. »

UN POTENTIEL IMPORTANT  

Il demeure que la rentabilité potentielle pour les investisseurs est énorme, juge Jason Zonderberg. « L’argent coule à flots pour les opérateurs qui restent au Canada, dont les techniques et les équipements sont parmi les meilleurs au monde. Ils sont bien placés pour croître. »

Bien que spéculatifs dans l’immédiat, les titres des producteurs de cannabis n’en sont pas moins des investissements à fort potentiel de croissance, une fois que ce marché aura pris de la maturité. « C’est bon pour les investisseurs misant sur le long terme. »

D’autant que les cours très élevés se sont normalisés au cours des derniers mois, poursuit l’analyste de la côte Ouest. « Il est vrai que les titres continuent de s’échanger, plus selon leur potentiel que selon la valeur réelle de l’entreprise. »

Mais une baisse de 20 à 30 %, comme au printemps dernier, « ce n’est pas une bulle, c’est un marché qui se corrige », soutient-il.

« C’est quand même une industrie qui va convertir un marché noir évalué à 7 G$ en un marché légal. » Ce qui représente des retombées évaluées à quelque 23 G$ une fois que la légalisation de l’usage récréatif sera chose faite, signale Jason Zanderberg.

Un marché truffé de sociétés passablement profitables, la marijuana coûtant environ 1,50 $ le gramme à produire et se vendant… entre 7 et 8 $, rapporte La Presse.

ACCUEIL FROID

Le marché reste pourtant timide : au moins trois des grandes banques à charte ne veulent pas s’impliquer auprès des producteurs de cannabis, jugeant l’investissement trop risqué.

L’inclusion de ces titres dans les fonds communs reste marginale : Fidelity propose trois fonds qui se partagent 378 000 actions du producteur GW Pharmaceuticals, pour une valeur de 61 millions de dollars, représentant entre 0,001 et 0,005 % des portefeuilles.

Il s’agit des fonds Revenu mensuel américain, Mandat privé Croissance et revenu américains, et Revenu mensuel américain – Devises neutres.

La TD, elle, détient 13 millions d’actions de GW Pharmaceuticals, valant 2 M$, dans son fonds Sciences de la santé. Cela représente près de 10 % du portefeuille.

Enfin, ne propose pas de la marijuana qui veut. Les investisseurs doivent eux-mêmes en faire la demande pour qu’on en ajoute à leur portefeuille.

« Pour en détenir dans mes portefeuilles modèles, accessibles à tous les clients, il faudrait qu’ils soient tous d’accord ou qu’ils en veuillent tous », explique la gestionnaire Nancy Desaulniers, du cabinet montréalais Groupe Demers-Desaulniers, à Valeurs mobilières Desjardins.

Elle-même gère certains titres de ces sociétés, mais seulement dans le cadre de mandats discrétionnaires. « Il faut qu’on me le demande, autrement, je ne peux pas en proposer », conclut-elle.

Hésitation réglementaire L’environnement réglementaire reste incertain à propos du marché canadien du cannabis, générant un impact négatif sur les rendements, croit Dan Hallet.

Le TMX planche actuellement sur l’encadrement des émetteurs canadiens faisant affaire aux États-Unis, où la loi fédérale criminalise tous les usages du cannabis.

Le problème : près de la moitié des États ont décriminalisé la possession et la production de cannabis. Alors que l’administration Obama s’est engagée à fermer les yeux, Donald Trump, lui, durcit le ton. Cela pose un risque important, tant pour les producteurs que les investisseurs.

D’où la valse-hésitation des régulateurs quant à la marche à suivre.

« On échange avec le TMX sur ces questions », confirme Sylvain Théberge, porte-parole de l’Autorité des marchés financiers.

Il est trop tôt pour spéculer sur la teneur d’éventuelles règles, ou même confirmer s’il y aura des règles, dit-il. « C’est un dossier complexe. »

Le régulateur du commerce des valeurs mobilières, l’OCRCVM, indique à Conseiller que le dossier n’est pas de son ressort.

Les lobbies, eux, n’ont pas d’opinion sur la question. Tant l’Institut des fonds d’investissement du Canada (IFIC) que l’Association canadienne du commerce des valeurs mobilières (ACCVM) confirment qu’aucun comité n’a été créé pour évaluer la situation.

L’analyste Jason Zanderberg, lui, ne voit pas de problème pour les titres d’émetteurs canadiens. « On parle de revoir les règles pour les sociétés qui ont des intérêts aux États-Unis. Ça ne concerne pas du tout les investissements faits dans des compagnies canadiennes, dont la valeur est fonction du marché canadien et des activités qu’elles y mènent », conclut-il.

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