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Inflation

Chéri(e), les taux ont grimpé!
Deuxième partie

17 mars 2014 | Fabrice Tremblay | Commenter

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Une transition qui peut faire mal
Nous avons souligné qu’une hausse des taux serait globalement bénéfique aux épargnants. Mais les deux prochaines années pourraient être pénibles pour les portefeuilles des baby-boomers qui sont déjà à la retraite ou qui s’en approchent. Pendant une phase transitoire, la portion en titres à revenu fixe risque en effet d’afficher des rendements très décevants. L’indice obligataire universel DEX au Canada a d’ailleurs fini l’année en territoire négatif, à -1,2 %. Un fait rare, qui a dû surprendre plusieurs clients.

Lorsque les taux d’intérêt augmentent, le prix des obligations négociées sur les marchés diminue automatiquement. Même si les gestionnaires de fonds communs tentent d’anticiper ce phénomène, une remontée des taux est habituellement une période peu favorable aux fonds d’obligations.

Selon Clément Gignac, les conseillers peuvent prendre trois types de mesures pour aider les clients à passer à travers cette période. Premièrement, il est recommandé d’augmenter la proportion des obligations de société au sein du portefeuille à revenu fixe. Le rendement plus élevé de ces titres permettra de contrecarrer, ou à tout le moins d’atténuer, le rendement négatif des autres obligations. C’est une démarche qu’ont déjà entreprise de nombreux gestionnaires de fonds au Canada.

Deuxièmement, le conseiller devrait réduire la durée du portefeuille d’obligations. « Au lieu d’avoir des 10, 20 ou 30 ans, on peut opter pour des obligations à plus courte durée. Avec des obligations d’une échéance entre deux et cinq ans, on est beaucoup moins vulnérable à une normalisation des taux », explique l’économiste. Troisièmement, il est envisageable de modifier la répartition traditionnelle d’actifs au sein du portefeuille, pour privilégier davantage les actions par rapport aux titres à revenu fixe. Par exemple, un couple de baby-boomers en santé pourrait envisager de passer d’une répartition en titres à revenu fixe de 65 % à une répartition de 55 %, en tenant compte bien entendu de sa tolérance au risque.

L’inflation : un moindre souci

Une remontée des taux d’intérêt accompagne en théorie une activité économique plus soutenue, et donc une résurgence de l’inflation, ou à tout le moins des anticipations inflationnistes. Les revenus de placement des retraités ont une valeur réelle moindre dans un contexte d’inflation. Mais cette menace ne semble pas guetter les baby-boomers. D’un côté, la crainte actuelle de la Banque du Canada est plutôt un phénomène de déflation, que l’on constate notamment par une baisse des prix dans les commerces de détail pour tenter d’attirer les clients. De l’autre, l’inflation est un phénomène désormais bien maîtrisé par les autorités monétaires. « L’inflation élevée, ou galopante, est un problème que les banques centrales savent plus facilement gérer. L’inflation trop faible, ça, c’est un peu nouveau », affirme Sébastien Lavoie. Les baby-boomers ne verront donc pas la valeur de leur épargne, accumulée durant toute leur vie active, grugée par une flambée des prix. Reste à voir quelles nouvelles surprises en matière de consommation nous réserve cette génération lorsqu’elle sera bien installée dans ses années de retraite.

Clément Gignac

Les taux : une hausse d’ici 2015

Selon les prévisions des économistes, les taux ne grimperont pas de façon précipitée. Ce sont d’abord les taux à long terme qui augmenteront, car ceux-ci varient selon les anticipations des marchés. Les taux à court terme, fixés par les banques centrales, devraient eux rester stables jusqu’en 2015, selon ce qu’ont annoncé les dirigeants de ces institutions au Canada et aux États-Unis.

« On parle plutôt d’une normalisation des taux d’intérêt, qui se concrétisera sur deux ou trois ans, dit Clément Gignac. On a vécu une période exceptionnelle ces trois dernières années, avec la mise en place de l’assouplissement quantitatif par la Réserve fédérale américaine. C’est un outil qu’elle n’utilise presque jamais. Nous avons même vu des taux réels négatifs. Fin 2012 ou début 2013, il y avait des obligations 10 ans avec un rendement affiché de moins de 2 %, ce qui ne couvre même pas l’inflation », explique-t-il. Mais ce phénomène rare ne sera bientôt qu’un souvenir.

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