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Chute du pétrole : impacts à prévoir sur les marchés boursiers

2 février 2015 | Pierre-Luc Trudel | Commenter

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Après une chute aussi spectaculaire qu’inattendue à la fin de 2014, le prix du baril de pétrole stagne sous la barre symbolique des 50 $ depuis le début de l’année. Cette tendance, qui ne semble pas près de s’estomper, ne sera pas sans effet sur la performance des marchés boursiers en 2015, croient les analystes.

C’est une offre surabondante, jumelée à une faible croissance de la demande mondiale, qui a mené le cours du pétrole à son plus bas niveau depuis 2009. L’OPEP, soucieuse de ne pas voir ses parts de marché s’effriter face à une production de pétrole de schiste en forte hausse aux États-Unis, semble déterminée à maintenir ses volumes d’exportation.

En neuf ans, la production de pétrole au Texas et au Dakota du Nord a presque doublé, alors que la croissance de la demande, elle, est anémique.

« La croissance de la demande a été de moins de 1 % en 2014. Le pic de demande de pétrole dans les pays développés a été atteint en 2005. Depuis, la croissance dépend uniquement des marchés émergents, mais on observe un ralentissement de la demande en Chine », explique Clément Gignac, vice-président principal et économiste en chef à l’Industrielle Alliance.

Si certains analystes estiment que le baril de pétrole pourrait franchir la barre des 60 $ en milieu d’année, M. Gignac est beaucoup plus modéré.

« Je m’attends à un prix qui va demeurer entre 40 $ et 50 $ pour au moins les six prochains mois. Il pourrait ensuite osciller entre 50 $ et 60 $, mais je ne crois pas qu’il va augmenter de manière vraiment [importante] au cours des deux ou trois prochaines années. On ne verra pas le baril à 80 $ avant longtemps, à moins que l’OPEP abandonne sa stratégie actuelle, ce qui me semble peu probable », soutient-il.

Jeff Singer, chef des placements au Groupe Investors, partage le même avis. « Je m’attends à une légère récupération au cours de l’année, mais le cours du pétrole va rester faible pour un bon moment. Toutefois, l’économie américaine est assez robuste, ce qui pourrait avoir un impact positif sur la demande », ajoute-t-il.

La Bourse de Toronto vulnérable

Avec près du quart de la composition du S&P/TSX, le secteur énergétique risque fort bien d’influencer la croissance de la Bourse de Toronto en 2015. « Je m’attends à une contre-performance du TSX cette année, autour de 0 %. Le seul rendement pourrait provenir des dividendes », estime Clément Gignac.

« On a déjà vu un impact au dernier trimestre, note Jeff Singer. La performance du TSX en 2015 va en grande partie dépendre de la rentabilité des banques. »

Selon les spécialistes, le krach des revenus pétroliers dans l’ouest du pays n’épargnera pas d’importantes sources de revenus des banques canadiennes, notamment les contrats de financement d’entreprise et le financement dans l’immobilier commercial et résidentiel. Toutefois, les dividendes ne sont pas à risque, selon Clément Gignac.

« Les banques canadiennes affichent tout de même de solides performances, une baisse des dividendes est très peu probable », assure-t-il.

Les marchés américains moins touchés

Les deux analystes se montrent plus optimistes en ce qui concerne le marché boursier américain, plus diversifié.

« Les États-Unis sont dépendants du pétrole. Malgré la hausse de leur production, ils en importent plus qu’ils en exportent, rappelle Clément Gignac. Même s’il n’aura pas la performance de 2014, le marché boursier américain devrait bien s’en sortir. Je m’attends à une croissance d’environ 10 %, ce qui m’amène à surpondérer les actions américaines au détriment des actions canadiennes. »

« Aux États-Unis, plusieurs secteurs, comme la technologie et les soins de santé, peuvent compenser la piètre performance des titres énergétiques, ce qui n’est pas le cas sur le marché canadien, soutient Jeff Singer. Une bonne performance boursière est beaucoup plus probable aux États-Unis qu’ici. »

Mais même au Canada, malgré la forte concentration de l’économie, M. Singer est d’avis que certains secteurs tireront bien leur épingle du jeu.

« Les secteurs du transport, de l’automobile et de la consommation, entre autres, profiteront d’un pétrole à bas prix. La baisse du dollar canadien favorisera aussi le secteur manufacturier et l’industrie touristique. Il ne faut pas oublier que quand le pétrole est bas, il reste plus d’argent dans les poches des consommateurs », conclut-il.

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