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Claude Béland persiste et signe

17 novembre 2006 | Commenter

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(17-11-2006)« Quand on fait le métier de gagner sa vie en faisant de l’argent  tout en essayant, avec l’argent des autres, de lui en faire faire aussi, on est au départ en conflit d’intérêt. »

Claude Béland, ancien pdg de Desjardins et membre de la Coalition pour la protection des investisseurs, a fait cette déclaration jeudi dernier à la radio de Radio-Canada. Quelques heures plus tard, il reprenait ces propos lors d’une conférence de presse au cours de laquelle la coalition souhaitait que la législation ait davantage de mordant.

« Mon intervention visait principalement les gestionnaires de fonds communs qui ne sont pratiquement pas encadrés. Ils demandent aux investisseurs de leur confier leur argent pour qu’ils le fassent fructifier, et ils se prennent une commission en passant », a-t-il précisé à Conseiller.ca. Il ne « critique pas » ce système, mais l’absence de gouvernance fait en sorte que les gestionnaires de fonds peuvent en venir à confondre leurs intérêts personnels avec ceux de leurs clients.

« Nous avons mené une petite enquête et découvert que, dans bien des cas, les fonds n’ont pas de conseil d’administration. Ils sont quatre ou cinq autour de la table à décider de tout. Ce n’est pas normal. » En l’absence d’un cadre réglementaire, les épargnants qui investissent dans les fonds portent eux-mêmes la responsabilité de leur geste et doivent se fier uniquement au gestionnaire. Il donne l’exemple de la firme Jarislowky Fraser. « M. Jarislowky gère des milliards de dollars avec sa femme et trois analystes. Il est honnête et ça va bien. Mais un jour, il ne sera plus là. Qu’arrivera-t-il alors? Les investisseurs n’ont pas de contrôle là-dessus. » Et qu’en est-il du côté des fonds Desjardins? « Il y a des règles de gouvernance et des conseils d’administration. »

Pierre Hamel, président du Conseil des fonds d’investissement du Québec, reconnaît que Claude Béland met le doigt sur une faiblesse réelle des fonds communs. Mais cette brèche est en voie d’être colmatée. En effet, le Règlement 81-107, qui crée des comités d’examen indépendants des fonds communs, est entré en vigueur le 1er novembre dernier. « Ces comités sont une forme de conseil d’administration. Leur seule mission est de prendre le parti des investisseurs. Les membres des comités indépendants ne doivent avoir aucun lien financier ou familial avec les gérants des fonds. » Pour Claude Béland, il s’agit d’un premier pas dans la bonne direction.

Par ailleurs, la Coalition pour la protection des investisseurs réclame l’instauration d’un fonds d’indemnisation des victimes de fraudes financières. À première vue, tout le monde devrait applaudir à cette demande. « Mais attention, dit Pierre Hamel. Un tel fonds aurait les défauts de ses qualités, et ces défauts sont assez lourds. » Certes, les investisseurs pourraient avoir droit à un dédommagement rapide si jamais un scandale à la Norbourg se répétait. Mais si le règlement financier ne satisfait pas les investisseurs, quel autre recours auraient-ils?

En outre, les sociétés financières pourraient laisser tomber les mécanismes internes qu’elles ont instaurés. Or, ceux-ci assurent la protection de leurs clients « avec un telle efficacité que personne n’en parle! » lance Pierre Hamel. Rappelons que l’Industrielle Alliance a absorbé totalement sa perte de 78 millions de dollars dans l’affaire Norshield. Ses clients n’ont pas perdu un sou. Même chose pour Financière Manuvie avec le fonds de couverture Portus, en Ontario. Si un fonds d’indemnisation avait été en place, ces assureurs auraient-ils épongé la facture? Ils auraient très bien pu demander à leurs clients floués de s’en remettre au fonds d’indemnisation, avec les délais et les complications qu’on devine.

« L’industrie des fonds communs a examiné minutieusement les avantages et les inconvénients d’un tel fonds. Nous avons fait un grand nombre de recommandations à la Commission des finances publiques. Nous nous en remettons à sa sagesse pour la suite des choses », dit Pierre Hamel.

Autre sujet qui irrite Claude Béland : la multiplicité des titres professionnels. « Il y a des gens qui s’annoncent partout comme conseillers en placement, conseillers financiers, planificateurs financiers. Je comprends qu’il y a des ordres professionnels qui cherchent à les organiser, mais l’investisseur individuel ne s’y retrouve pas, c’est assez évident. »

Pourtant, la séparation des compétences est clairement définie par la loi, le port des titres également. Ne peut s’afficher planificateur financier ou représentant en épargne collective qui veut. « Mais c’est très peu encadré, tranche Claude Béland. Ces personnes sont encadrées par des associations privées. Les gens s’encadrent eux-mêmes. Les niveaux de formation, personne ne vérifie ça. »

Jocelyne Houle-LeSarge est d’accord pour qu’on dénonce « ceux qui usurpent le titre de planificateur financier ». Prudente, la directrice générale de l’Institut québécois de planification financière(IQPF)a indiqué que Claude Béland ne critiquait pas le travail qu’effectuent les planificateurs financiers diplômés de l’institut, mais qu’il condamnait ceux qui s’annoncent comme tel sans détenir le diplôme.

Nous avons demandé à Claude Béland si son intervention ne risquait pas de discréditer l’ensemble de la profession, alors que seuls quelques moutons noirs entachent la réputation de l’industrie. « Je n’ai parlé que de certains conseillers. Écoutez, c’est notoire, tous ces scandales et ces fraudes. On était 17 à la conférence de presse à dénoncer cela et à informer les gens de comment ça se passe. On vient de m’apprendre qu’il y a une autre affaire de fraude à Granby. On peut décider de ne rien faire et dire que tout le monde est beau, honnête et fin. Mais ce n’est pas notre cas. »

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