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Conseil financier : Obama s’attaque aux conflits d’intérêts

8 avril 2015 | La rédaction | Commenter

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Après six années de soutien sans faille aux grandes banques américaines, le président Barack Obama a récemment annoncé un nouveau projet de loi destiné à interdire les conflits d’intérêts parmi les conseillers en services financiers.

L’administration Obama a effectué une « volte-face soudaine et méritoire » en mettant sur la table la question des conflits d’intérêts en matière de conseil aux particuliers dans le domaine de la retraite, se félicite Simon Johnson dans une analyse traduite et reprise par le quotidien Le Monde.

Professeur à la Sloan School of Management du Massachusetts Institute of Technology, cet ancien économiste en chef du Fonds monétaire international pense qu’une telle initiative va dans le bon sens.

Question de confiance

Il souligne en effet que les épargnants sont souvent contraints de prendre « des décisions complexes qui peuvent être lourdes de conséquences » pour leur avenir économique. Et qu’ils doivent se poser toutes sortes de questions : À quel niveau seront les taux d’intérêt dans cinq ans ou dans 10 ans? Quelle est leur espérance de vie ou celle de leur conjoint(e)? Jusqu’à quel âge devront-ils subvenir aux besoins de leurs enfants?

Mais, selon lui, « la question la plus importante est peut-être celle de la confiance qu’ils accordent à leur conseiller en services financiers ».

Or, relève-t-il, « la rémunération de certains d’entre eux ne dépend pas des bénéfices de leur clientèle, mais des produits financiers qu’ils parviennent à lui vendre ».

« Conflits d’intérêts majeurs »

Citant Dennis Kelleher, responsable de l’association Better Markets, qui est elle aussi favorable au projet de loi, il note qu’à l’heure actuelle « les conseillers peuvent recommander des placements leur assurant de très avantageuses commissions », et ce « même si leurs clients doivent assumer des frais élevés, des rendements médiocres et des produits d’investissement beaucoup trop risqués ».

Des critiques déjà formulées dans un récent rapport du Conseil des conseillers économiques du président (Council of Economic Advisers, CEA) : « Ces modes de rémunération génèrent des conflits d’intérêts majeurs. Le meilleur conseil qu’un épargnant puisse recevoir n’est sans doute pas celui qui maximise les bénéfices du conseiller. »

D’après Simon Johnson, le CEA en serait même arrivé à la conclusion que les placements risquant d’être influencés par la rémunération du conseiller auraient un rendement inférieur de 1 % à la moyenne.

Des épargnants floués

« Dans l’environnement actuel où les taux d’intérêt sont très bas, il s’agit là d’un énorme manque à gagner pour les épargnants », dénonce-t-il.

Bien sûr, constate l’économiste, « les lobbyistes se bousculent déjà pour s’opposer à ce projet ». Et « ils affirmeront certainement que les petits épargnants sont bien traités avec les pratiques actuelles, ce que le rapport du CEA contredit », anticipe-t-il.

Toutefois, il estime que si la Maison-Blanche fait preuve d’une volonté assez forte, elle parviendra à imposer ses vues.

La route sera longue

« Quiconque fournit des conseils financiers à des clients qui épargnent en vue de leur retraite devrait agir uniquement dans leur intérêt supérieur », conclut-il.

« La plupart des conseillers le font déjà, mais il y a encore trop de gens floués. La loi doit donc être modifiée afin d’éliminer autant que possible d’éventuels conflits d’intérêts. Une telle exigence serait un bon départ, même s’il reste encore beaucoup de chemin à faire, car tous les petits investisseurs, et pas seulement ceux qui épargnent pour assurer leurs vieux jours, ont droit à la même protection juridique. »

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