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Régimes de retraite CD : un défi pour vos clients

24 mai 2011 | Nick Iarocci | Commenter

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gestionnaire_portefeuille_graphique_425Le rôle des solutions d’investissements exclusives dans les régimes de retraite CD

Ce n’est certes un secret pour personne qu’au Canada, les régimes de retraite ne sont plus ce qu’ils étaient. Depuis une dizaine d’années, en effet, les promoteurs de régimes ont remplacé les traditionnels régimes à prestations déterminées (PD) par des régimes à cotisations déterminées (CD). Ce revirement s’explique en grande partie par le fait que les promoteurs de régimes avaient de plus en plus de difficultés à gérer les risques, notamment ceux qui sont liés à la longévité, aux taux d’intérêt et aux placements.

Les régimes CD sont devenus la norme, et les risques sont maintenant assumés par les participants (les employés qui y cotisent). Les promoteurs de régimes étaient convaincus qu’en fournissant les outils et l’information nécessaires, les participants des régimes CD seraient à même d’élaborer leurs propres solutions d’investissements et de gérer ces risques. Les fournisseurs de services et les promoteurs des régimes CD ont collaboré et travaillé avec diligence pour élaborer des solutions d’investissement. Après les fonds investissant dans une seule catégorie d’actif, nous avons vu apparaître les fonds équilibrés, puis les fonds à risque cible ou à date cible, et, plus récemment, une combinaison de ces deux types de fonds.

Entre-temps, l’exercice a démontré que la plupart des participants ne sont pas plus avancés. Quand vient le temps de prendre des décisions de placement, leur niveau d’engagement demeure faible et leur niveau d’inertie, trop élevé.

Selon un sondage de Towers Watson effectué en 2010 auprès des promoteurs de régimes CD canadiens, 66 % d’entre eux sont d’avis qu’ils feront éventuellement l’objet de poursuites intentées par les participants, principalement en raison du mauvais rendement des placements, du revenu de retraite insuffisant, et de l’insuffisance des renseignements et des communications. Il semble donc que la boucle soit bouclée : les promoteurs de régimes constatent que les participants essaient de leur faire assumer à nouveau la gestion des risques liés aux placements.

Les promoteurs de régimes CD doivent maintenant faire des pieds et des mains pour que leurs solutions d’investissement soient conformes à la politique de placement particulière des participants. La tendance à l’ajout de mécanismes d’adhésion automatique, de placement par défaut et d’augmentation automatique des cotisations aux régimes CD ne fera qu’exacerber le débat. C’est pourquoi chaque élément entrant dans la constitution de portefeuilles doit être pris en considération au moment de concevoir et de choisir des solutions d’investissement, comme les fonds à risque cible ou les fonds à date cible, et la tendance est nettement favorable aux portefeuilles de placements préétablis. D’ailleurs, bon nombre de promoteurs de régimes CD se sentent coincés parce qu’ils craignent qu’on leur reproche d’avoir pris trop ou pas assez de risques dans la conception du portefeuille de placements.

Une des principales décisions que doivent prendre les promoteurs de régimes CD est de déterminer s’ils doivent opter pour une solution d’investissement préétablie exclusive d’un seul gestionnaire de portefeuille, ou pour une solution d’investissement multigestionnaires non exclusive, en vertu de laquelle l’administrateur du régime est indépendant des gestionnaires de portefeuille. Ces deux options ont des avantages et des inconvénients, mais en bout de ligne, elles sont fonction des besoins particuliers et des caractéristiques de la politique de placement particulière des participants.

Lorsqu’on évalue la pertinence d’une option, les éléments suivants doivent être pris en compte au moment de la constitution d’un portefeuille :

  • Les catégories d’actif offertes,
  • le degré de diversification requis parmi les catégories d’actif et dans chaque catégorie d’actif, et
  • le niveau de rendement rajusté en fonction du risque par rapport à l’indice de référence sur une période précise.

Le promoteur de régime doit aussi prendre des décisions quant à la dimension risque-rendement, au nombre de gestionnaires et à la méthode de gestion (passive ou active) des placements. Le degré d’intérêt, les connaissances et le savoir-faire des participants sont d’autres éléments qui doivent être pris en considération.

Solutions d’investissement exclusives
Les solutions d’investissement exclusives prévoient souvent un gestionnaire unique qui est également le fournisseur de services. Il peut s’agir de propositions unidimensionnelles ou bidimensionnelles, dont la gestion est assurée de façon active ou passive.

Dans un scénario unidimensionnel, le participant n’a qu’à indiquer sa date de retraite prévue ou la période de placement visée, alors qu’un scénario bidimensionnel s’appuie sur la période de placement et sur le profil d’investisseur du participant en fonction du risque. Dans les deux cas, une solution d’investissement exclusive à gestionnaire unique peut être appropriée si les actifs par participant sont peu élevés, ou si le promoteur privilégie une solution simple et des frais minimaux.

Les solutions à gestionnaire unique les plus efficaces sont celles qui prévoient une gestion passive dans toutes les catégories d’actif. Si un seul gestionnaire de portefeuille doit gérer les différentes catégories d’actif, la gestion passive de chaque catégorie d’actif peut être souhaitable. En effet, les honoraires pour une gestion passive sont moindres que pour une gestion active, et la rémunération du gestionnaire peut aussi être fonction d’une échelle décroissante, ce qui veut dire que plus l’actif total est élevé, plus les frais diminuent dans l’ensemble.

Il s’agit certainement d’une option valable pour les promoteurs de régimes qui sont d’avis que la gestion active ne permet pas de fournir un rendement supérieur à l’indice de référence à long terme, et que, contrairement à l’opinion générale, la gestion active ne peut permettre d’obtenir des bons rendements dans des conjonctures défavorables. En d’autres mots, ils croient que la gestion active ne peut pas continuellement offrir une protection contre les marchés baissiers à long terme. Les promoteurs de régimes qui choisissent cette option n’ont souvent ni le temps ni le désir de choisir ou d’évaluer les gestionnaires assurant une gestion active.

Le plus important facteur à considérer selon cette option est de s’assurer que le gestionnaire s’applique à minimiser l’erreur de réplication relative à l’indice de référence pour chaque catégorie d’actif. Tout bien considéré et si l’actif le permet, le promoteur de régime devrait opter pour une stratégie ou un processus d’investissement entièrement axé sur la réplication plutôt que pour un modèle visant l’optimisation du portefeuille ou une approche purement synthétique.

La gestion passive permet aussi de contourner les risques liés à la gestion active d’un gestionnaire unique, comme le risque relatif au gestionnaire de portefeuille, le risque relatif au style d’investissement, le risque de chevauchement d’un secteur ou le risque de redondance des titres. Hélas, il y a toujours les risques liés à la constitution du portefeuille, qui ne peuvent pas être évités en choisissant cette option. Ces risques sont liés à l’élaboration et à la conception de la répartition stratégique de l’actif, au rééquilibrage du portefeuille, à l’ajustement progressif en fonction de la période de placement et à la gouvernance du gestionnaire de portefeuille.

L’établissement d’une répartition stratégique appropriée de l’actif, conforme à la politique de placement particulière des participants, requiert normalement des analyses rétrospectives et prospectives exhaustives. Le travail rétrospectif doit s’appuyer sur une méthode d’optimisation pour évaluer les données antérieures, alors que le travail prospectif s’appuie sur l’établissement de prévisions à l’égard des taux d’intérêt, de l’inflation et de la prime liée au risque boursier pour déterminer leur incidence sur les rendements éventuels du marché. Dans les deux cas, il faudra tenir compte d’hypothèses importantes qui influenceront sur les résultats. Ces hypothèses seront fonction de la vision et des perspectives particulières du gestionnaire de portefeuille qui est aussi l’administrateur du régime. Dans ce contexte, les résultats peuvent souffrir d’un manque d’impartialité.

Il en va de même pour les stratégies de rééquilibrage du portefeuille et à l’ajustement progressif en fonction de la période de placement. Pour ce qui est du rééquilibrage du portefeuille, une décision doit être prise quant au choix d’une approche axée sur des intervalles précis, la tolérance au risque ou des périodes multiples. Dans le cas de l’ajustement progressif en fonction de la période de placement, il faut décider de la période de chaque étape du cycle de vie et entre une formule linéaire ou non linéaire. En tenant pour acquis que dans une solution d’investissements exclusive le gestionnaire de portefeuille est normalement responsable de toutes les catégories d’actif, il est très peu probable que cette option prévoie son évaluation et son remplacement s’il obtient constamment un rendement médiocre. Selon ce scénario, le promoteur de régime n’aura accès qu’à une seule vision en ce qui a trait à la direction et à la fluctuation du taux de change à court et à long terme. De plus, la décision de couvrir ou non le risque de change pour les investissements dans des titres libellés en devises étrangères relèvera du gestionnaire de portefeuille.

Malgré certaines lacunes, la solution d’investissement exclusive peut constituer une option appropriée pour les promoteurs de régimes et, plus particulièrement, pour les participants qui veulent un maximum de simplicité.

Solutions d’investissement non exclusives
Les solutions d’investissement non exclusives sont généralement multigestionnaires, les gestionnaires de portefeuille étant entièrement indépendants de l’administrateur du régime. Dans bien des cas, ce dernier englobe le fournisseur de services ou les conseillers en gestion de l’actif, ou les deux.

Ces solutions peuvent également être unidimensionnelles ou bidimensionnelles, et prévoir une gestion active ou passive. Elles peuvent inclure une combinaison d’éléments de gestion active et passive. Dans le cas d’un scénario unidimensionnel, le participant indique simplement sa date de retraite prévue ou sa période de placement visée, alors qu’un scénario bidimensionnel tient compte de la période de placement et du profil d’investisseur du participant en fonction du risque. Dans les deux cas, la solution d’investissement multigestionnaires répond assez bien aux besoins des promoteurs de régimes qui désirent élaborer des portefeuilles efficaces, rajustés en fonction des risques et qui correspondent à la politique de placement particulière des participants. La solution peut être personnalisée pour réduire au minimum le risque de l’ensemble du portefeuille et maximiser le risque-rendement. Ce scénario met toutes les options à la disposition du promoteurs de régime, et des décisions particulières peuvent être prises à toutes les étapes du processus de conception du régime et de constitution du portefeuille afin de répondre aux besoins précis des participants.

Dans le cas de l’élaboration de la répartition stratégique de l’actif, l’administrateur du régime peut examiner, évaluer et choisir différentes méthodes d’optimisation possibles en fonction de l’historique des rendements, du risque et de la corrélation des données, et faire appel à divers outils qui permettront de définir plus efficacement la valeur de l’ensemble du portefeuille exposé au risque. En d’autres mots, il est plus probable que ce scénario lui donne accès à des méthodes d’optimisation différentes de l’approche axée sur la moyenne et la variance, qui pourraient permettre une bien meilleure évaluation du risque lié à l’ensemble du portefeuille.

L’administrateur du régime profitera également de l’apport de différents points de vue sur les taux d’intérêt, l’inflation, la prime liée au risque boursier et autres éléments du marché pour mieux prédire les rendements éventuels. L’administrateur du régime sera ainsi plus à même de fixer sa propre frontière efficiente, qui déterminera les catégories d’actif représentées dans le portefeuille et la pondération de chacune d’elles. Le nombre de gestionnaires dans le portefeuille sera généralement fonction de la valeur de l’actif du régime et des objectifs propres à chaque catégorie d’actif. Pour maximiser les économies d’échelle et réduire les frais, le nombre de gestionnaires devrait être fonction de la valeur de l’actif du régime.

L’étape suivante du processus de constitution de portefeuille exige souvent de nombreuses décisions importantes à l’égard de chaque catégorie d’actif, notamment le choix d’une gestion active ou passive, le nombre de gestionnaires et le nombre de styles d’investissement. La gestion active ou passive sera déterminée selon l’opinion qu’a l’administrateur du régime du rendement d’une catégorie d’actif précise sur le marché et de la capacité qu’ont les gestionnaires « actifs » de surpasser régulièrement et à long terme l’indice de référence ou l’indice de cette catégorie d’actif. Le nombre de gestionnaires de portefeuille par catégorie d’actif sera fonction de la valeur de l’actif à investir et du nombre de styles d’investissement requis pour chaque catégorie.

L’idée de combiner différents gestionnaires de portefeuille, styles et approches d’investissement – comme l’approche valeur, fondamentale, croissance à un prix raisonnable, croissance, ascendante, descendante, qualitative ou quantitative – est de réduire la volatilité de l’ensemble du portefeuille, surtout pour des périodes de placement courtes et moyennes. Certains des objectifs à plus long terme d’un portefeuille consistent aussi à réduire le risque lié au gestionnaire, le chevauchement des secteurs et la redondance des titres, et ce, en plus de minimiser le risque absolu et relatif du portefeuille.

Pour choisir une stratégie de rééquilibrage précise qui répond aux besoins des participants, l’administrateur du régime doit encore une fois disposer d’options axées sur des intervalles précis, la tolérance au risque et les périodes multiples. Il en va de même lorsqu’on prend une décision quant à la stratégie d’ajustement progressif en fonction de la période de placement. L’administrateur du régime sera plus susceptible de choisir une approche linéaire ou non linéaire et d’intégrer une période prédéterminée pour chaque étape du cycle de vie.

Caractéristique potentiellement très importante, l’approche non exclusive pourrait être assortie d’un volet de gouvernance, c’est-à-dire une équipe d’évaluation et de sélection indépendante et impartiale, ainsi qu’un processus visant à remplacer les gestionnaires de portefeuille qui obtiennent constamment de mauvais rendements. L’administrateur du régime devrait aussi avoir accès à différents points de vue sur la direction et la fluctuation du taux de change à court et à long terme. À cette fin, une stratégie de gestion de risque de change peut également être intégrée dans la constitution de portefeuille, notamment en ce qui a trait à la relation entre le dollar canadien et les monnaies étrangères. Le portefeuille pourrait aussi prévoir que seulement la moitié de l’actif détenu en monnaie étrangère soit exposée au taux de change.

Évidemment, la solution d’investissements non exclusive peut être une option très intéressante pour les promoteurs de régimes et les participants qui recherchent une approche plus sophistiquée axée sur des objectifs de retraite particuliers. Il importe ici de souligner que cette option peut se révéler plus coûteuse et complexe pour certains participants des régimes CD.

Il semble bien que les promoteurs de régimes CD et les administrateurs de ces régimes fassent désormais l’objet d’une surveillance accrue. Ils doivent en effet veiller à ce que les solutions d’investissement qu’ils choisissent permettent effectivement la réalisation des objectifs souhaités des participants des régimes CD. Qu’ils choisissent une solution d’investissement exclusive ou non exclusive, c’est à eux qu’incombera la responsabilité de prouver qu’ils se sont conformés aux lignes directrices sur la capitalisation des régimes CD et que leurs décisions s’appuyaient sur des recherches, un processus rigoureux et un bon jugement. Et ce n’est pas tout. Ils devront également démontrer qu’un processus systématique est en place pour assurer la surveillance et la mise à jour des solutions d’investissement en fonction de l’évolution des besoins en matière de retraite des participants et du marché canadien des régimes CD.

Nick Iarocci dirige le programme d’investissement à la Compagnie d’assurance Standard Life du Canada, à Montréal.

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