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Baisse économique

Crise : le monde est « moins bien préparé » qu’en 2008

11 septembre 2018 | La rédaction | Commenter

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Photo : Hemanta Kumar Raval / 123rf

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Dix ans après la chute retentissante de Lehman Brothers, Dominique Strauss-Kahn juge que le monde est « moins bien préparé » à l’éventualité d’une nouvelle crise financière qu’en 2008. Ancien dirigeant de la Banque du Canada, Jean Boivin n’est cependant pas de cet avis.

Dans un entretien accordé à l’Agence France-Presse dont Le Figaro cite des extraits, l’ex-directeur général du Fonds monétaire international entre 2007 et 2011 se montre pessimiste pour l’avenir.

« Nous avons fait quelques progrès, notamment dans les ratios de capitalisation des banques. Mais c’est très insuffisant. Imaginez que demain la Deutsche Bank ait des difficultés; ce n’est pas les 8 % de capital dont elle dispose qui vont résoudre le problème. En vérité, on est moins bien préparés. La régulation est insuffisante. »

« LAISSER COULER LEHMAN A ÉTÉ UNE GRAVE ERREUR »

« À partir de 2012-2013, ajoute DSK, on a finalement abandonné le thème de la nécessité d’une économie régulée, par exemple sur la taille des banques [le fameux too big to fail] ou sur les agences de notation. On est totalement revenu en arrière, d’où mon pessimisme sur notre préparation. On est dans une sorte d’impensé de la globalisation et cela ne donne pas de bons résultats. »

Interrogé sur le fait de savoir s’il aurait ou non fallu sauver la banque américaine de la faillite, l’ancien dirigeant est catégorique : « Le secrétaire au Trésor Henry Paulson a décidé de ne pas sauver Lehman afin d’en faire un exemple. (…) Lui, comme les autres, a sous-estimé considérablement les conséquences. Laisser couler Lehman a été une grave erreur. D’autant que la semaine suivante, ils ont été contraints de sauver l’assureur AIG, qui était bien plus gros. »

Conseiller spécial du gouverneur de la Banque du Canada Mark Carney au début de la crise financière, puis sous-gouverneur de l’institution fédérale en 2010, Jean Boivin ne partage pas cette opinion. Dans une récente entrevue accordée au Devoir, l’actuel chef de la recherche globale à BlackRock estime au contraire que l’abandon à son sort de Lehman Brother « était la chose à faire » pour éviter que les pots cassés dus à de mauvaises décisions d’affaires ne soient payés par les contribuables américains, et ce, même si « la décision a été difficile à prendre ».

« LE SYSTÈME BANCAIRE EST EN MEILLEURE POSITION QU’EN 2007 »

« Nous étions dans un contexte de too big to fail, rappelle le dirigeant. À la suite de cette décision, nous avons beaucoup appris sur les implications systémiques et sur l’étendue des ramifications dans le système financier. » Le Devoir précise que, selon le dirigeant, l’une des principales leçons de cet épisode est qu’il faut en finir avec le modèle du « trop gros pour faire faillite » et imposer de nouvelles normes de capitalisation aux institutions à risque systémique afin que les citoyens ne soient plus victimes des erreurs des responsables de la finance mondiale.

L’ancien sous-gouverneur de la banque centrale ajoute que « la crise a provoqué une hausse de la demande pour des actifs perçus comme étant sécuritaires. On a observé une demande accrue pour les obligations gouvernementales dont l’effet a été d’abaisser les taux d’intérêt de long terme. » Avec pour résultat que, combinée à l’augmentation de l’épargne mondiale, cette pression à la baisse sur le loyer de l’argent a encouragé une prise de risque, souligne-t-il dans le quotidien montréalais.

« La crise est encore fraîche dans la mémoire des investisseurs. Malgré l’actuelle phase haussière présumée la plus longue de l’histoire boursière américaine, le moindre bruit, la moindre hésitation provoque un repli des investisseurs [tandis] que la demande pour des actifs sécuritaires reste élevée. »

Contrairement à ce qu’affirme DSK, Jean Boivin soutient par ailleurs que les banques centrales sont aujourd’hui mieux préparées à affronter la prochaine crise qu’elles ne l’étaient il y a 10 ans. « Le système bancaire est en meilleure position qu’en 2007, mais les actions posées avaient pour origine la crise précédente, celle de l’ébullition de l’immobilier en 2005-2006 connecté à une ingénierie financière plutôt opaque. La prochaine aura une autre origine », conclut-il.

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