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De la finance à l’humanitaire : un virage à 180 degrés

12 novembre 2015 | Jean-François Venne | Commenter

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En passant de directeur de banque à directeur d’une ONG, Paul Clarke a fait plus que troquer un emploi pour un autre. Il a changé de vie. Il aide désormais les réfugiés qui souhaitent s’installer au Canada.

« Ma santé et mon état d’esprit sont bien meilleurs depuis que je travaille pour une ONG, lance Paul Clarke, directeur exécutif d’Action Réfugiés Montréal (ARM). Quand la semaine se termine, je constate que mon travail a eu un impact sur des gens qui en ont véritablement besoin. Je sens que je fais une réelle différence. »

ARM se spécialise dans l’accueil et la défense des droits des réfugiés. Elle les met en contact avec des groupes ou individus canadiens qui souhaitent les parrainer (c’est-à-dire se porter garants d’eux lors de leur installation au pays), ou encore via des programmes de jumelage dans lesquels des femmes réfugiées peuvent développer des liens avec des Canadiennes. ARM est aussi le seul groupe communautaire à visiter chaque semaine le Centre de surveillance de l’immigration de Laval. L’organisme offre de l’information juridique aux réfugiés qui y sont détenus.

Ces temps-ci, ARM ne chôme pas. La situation politique chaotique dans des pays comme la Syrie ou l’Érythrée pousse sur les chemins de l’exil des centaines de milliers de personnes. L’organisme doit donc composer avec plus de réfugiés dans le besoin, mais aussi avec une forte augmentation des demandes de parrainage provenant de Canadiens désireux d’aider.

« De 2010 à 2013, nous complétions environ 15 dossiers de parrainage annuellement, alors que nous en faisons plus de 60 par année depuis 2014, explique Paul Clarke. Conséquemment, le nombre de personnes que nous aidons dans ce programme est passé d’une trentaine à plus de 140 par année. »

Paul Clarke

UN CHOIX INATTENDU

Malgré le plaisir évident qu’il prend à son nouveau travail, Paul Clarke ne s’attendait pas à suivre cette voie il y a quelques années à peine. Pendant ses études en histoire et science politique à l’université Carleton à la fin des années 1970, il entre au service de la Banque TD. Un emploi d’été qui se transforme en carrière, puisqu’il y aura passé près de 35 ans, grimpant les échelons jusqu’au poste de directeur de succursale en Outaouais, puis à Montréal.

Mais en 2012, on lui annonce que ses services ne sont plus requis. Cette nouvelle inattendue le place dans une position inconfortable. Sans emploi à 54 ans, il ne veut pas prendre sa retraite immédiatement, puisque cela aurait pour effet de diminuer la valeur de son fonds de retraite de la banque. Il doit donc se trouver un autre emploi. Un de ses fils lui suggère de regarder du côté de l’humanitaire.

Quand on scrute le parcours de Paul Clarke, on comprend que son fils avait visé juste. Ses études en sciences humaines démontrent bien son intérêt envers les questions sociales. D’autant plus qu’il les menait avec comme objectif de devenir prêtre catholique. La rencontre d’une femme, qui deviendra son épouse, lui fait comprendre qu’il n’a probablement pas la vocation.

BESOIN D’AIDER SON PROCHAIN

Mais l’envie d’aider son prochain ne quitte pas ce père de quatre enfants. Depuis 2005, celui qui s’est converti au protestantisme milite au sein de l’église Cedar Park United, dans des comités voués à la promotion des droits de l’homme et de la justice sociale. Il faut dire que l’Église Unie est une branche très politisée et militante du christianisme. « Elle a d’ailleurs été la première à soutenir, dès 1988, que l’homosexualité ne devait pas empêcher quelqu’un de devenir pasteur», rappelle Paul Clarke.

Paul Clarke s’inspire beaucoup d’une citation de la théologienne et activiste canadienne Mary Jo Leddy, reconnue pour son engagement auprès des réfugiés. Selon elle, si la charité est un travail de terrain visant à aider les gens dans le besoin, la justice, tout aussi importante, exige de se battre pour des changements systémiques qui diminueront le nombre de personnes ayant besoin de charité.

« Je n’aurais jamais quitté mon emploi à la banque, admet Paul Clarke. J’y avais beaucoup trop de sécurité. Pourtant, je comptais les mois me séparant de ma retraite. J’avais l’impression d’y avoir plafonné. Gérer une succursale à Montréal, Gatineau ou Trois-Rivières, ça finit par se ressembler. J’avais envie d’avoir un impact réel dans le monde, et un poste de direction intermédiaire dans une boîte de 88 000 employés ne permettait pas cela. Avoir perdu cet emploi a été l’un des événements les plus libérateurs qui me soit arrivé. J’ai pu réaliser mon rêve de travailler dans un secteur où j’aide directement des gens. »

 

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