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Démographie et retraite : « Vous n’avez encore rien vu »

2 décembre 2014 | Denis Méthot | Commenter

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L’espérance de vie au Canada chez les personnes de 65 ans s’est accrue de près de 40 % entre 1966 et 2013 et devrait continuer de s’allonger de 10 à 15 % d’ici 2050. L’augmentation de la longévité a déjà eu un impact majeur sur les régimes de retraite, notamment dans le secteur public, et ses effets vont continuer de s’amplifier alors que les gens vivront de plus en plus longtemps.

« Vivre plus vieux, c’est une bonne nouvelle pour les êtres humains, mais une mauvaise pour les régimes de retraite », a commenté Louis Adam, professeur d’actuariat à l’Université Laval, lors du colloque Retraite et Placements tenu récemment à Québec.

« C’est gigantesque et cela aura un impact inévitable sur l’économie et la consommation. Vous n’avez encore rien vu », a prévenu Serge Charbonneau, actuaire et associé chez Morneau Shepell, qui a souligné le défi de bâtir de nouvelles tables de mortalité des retraités.

Se fixer de nouveaux repères

Louis Adam a été impliqué activement dans l’élaboration d’une telle table basée sur les données de l’Institut canadien des actuaires. On peut y mesurer la mortalité non seulement en fonction du sexe, de l’âge et de l’année, mais aussi du revenu et de la région habitée.

Les femmes vivent plus longtemps que les hommes, on le sait. C’est encore le cas en 2014 et ça devrait être la même chose en 2035 et en 2050, prévoit Louis Adam. Selon des chiffres fournis par Serge Charbonneau, une femme de 65 ans en 2014 peut espérer vivre en moyenne 22,2 ans de plus et les hommes, 19,4 ans. On continue d’ailleurs à faire des gains.

Toutefois, l’écart s’est rétréci entre les deux sexes. Des gains énormes au chapitre de l’espérance de vie ont été faits de manière très rapide depuis le début des années 2000 et les hommes en ont bénéficié. La longévité s’est améliorée de 2,8 % par année pour les hommes de 70 ans durant les 15 dernières années et on entrevoit d’autres fortes d’améliorations.

Mieux vaut être riche et en santé

« Mieux vaut être riche et en santé que pauvre et malade », disait Yvon Deschamps dans l’un de ses monologues. Les chiffres de Louis Adam tendent à lui donner raison. Ils démontrent un lien étroit entre les revenus et la longévité.

Le professeur en actuariat Louis Adam a contribué activement à l’élaboration de la nouvelle table de mortalité canadienne de l’Institut canadien des actuaires. Photo : Denis Méthot

On constate que les gens riches ont une plus longue espérance de vie que les moins fortunés et que les taux de longévité s’améliorent plus vite chez les individus à revenu élevé : l’espérance de vie ne s’allonge plus de 2,8 % par année, mais de 3,5 % chez les mieux nantis.

Forte amélioration au Québec

Les chercheurs ont constaté que le taux d’amélioration de la mortalité a été plus élevé chez les Québécois qu’ailleurs au pays depuis quelques années. Auparavant, on mourait plus jeune au Québec, mais la province a fait du rattrapage et depuis la période 2005-2007, elle s’est hissée au même niveau que le reste du Canada.

En additionnant toutes ces variables (sexe, revenus et région), un homme vivant au Québec et ayant des revenus élevés pourra voir sa longévité s’améliorer de 4,5 à 5 % par année.

Une amélioration qui s’explique en grande partie par les progrès de la médecine : la cardiologie en particulier et, dans une moindre mesure, les traitements des tumeurs malignes. Les taux annuels de mortalité causée par des problèmes cardiaques se sont améliorés de 5,1 % de 1999 à 2009 et de 4,6 % de 2004 à 2009.

Une seule certitude

L’espérance de vie va continuer d’augmenter, mais les taux de progression vont-ils garder le même rythme?

La seule certitude qu’ont Louis Adam et Serge Charbonneau, c’est que l’amélioration de la longévité aura une portée sur les régimes de retraite et que la nouvelle table de mortalité aura un impact sur leurs coûts. Il y a aura forcément une facture à payer, des amortissements évalués à 12 G$ par année. On évoque déjà une « rente longévité », nouveau régime de retraite à prestations déterminées, totalement capitalisé, financé par tous les travailleurs québécois (et non pas la RRQ) afin de réduire le risque que ceux-ci survivent à leur épargne retraite. Un produit que Serge Charbonneau qualifie de « génial ». Il faudra aussi cotiser davantage dans les régimes de retraites pour faire face à l’accroissement de l’espérance de vie

Probabilité de mortalité dans la prochaine année*

60 ans : 70 ans : 80 ans : 90 ans : 100 ans :
0,63% 1,28% 3,98% 14% 36,8%
* Peut varier selon l’état de santé de l’individu et ses habitudes de vie (alimentation, obésité, tabagisme, exercice physique, gènes). Données de 2014.

Source : Louis Adam, professeur en actuariat.


Dossier Colloque Retraite et placements

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