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Des questions sans réponse?

12 août 2011 | Pierre Saint-Laurent | Commenter

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Vous vous les êtes posées. Y a-t-il une réponse?

Je vous propose quelques questions qui, au fil de mon enseignement et de mes travaux de consultation, se posent régulièrement et ne trouvent pas toujours réponse.

1. Est-il mieux d’avoir un portefeuille pleinement diversifié, donc d’avoir « un peu de tout », ou de détenir quelques titres de très haute qualité, que l’on a intensément analysés et documentés?

Cette question est au goût de cette époque post-crise. Traverse-t-on mieux les revers de marché avec un faible nombre de titres de qualité en portefeuille, ou plutôt avec un portefeuille représentatif du marché dans son intégralité? Dans un certain sens, cette question est la même que celle qui porte sur l’indexation : est-on mieux servi à imiter le marché dans son ensemble ou au contraire, devrions-nous préconiser la gestion active? Selon moi, une gestion active de qualité se justifie tant par une capacité à configurer le portefeuille sur des occasions de gains sérieuses, tout en permettant une sortie de marché dans les situations difficiles. Mais ce n’est que mon opinion. Comme vous le savez, le débat actif-passif fait rage depuis des décennies (un livre influent et excellent, A Random Walk Down Wall Street, de Burton Malkiel, soutient l’indexation; le classique The Intelligent Investor de Benjamin Graham prend le parti de la gestion active et est le livre de chevet de Warren Buffett).

Pierre Saint-Laurent

2. Doit-on s’occuper du rendement avant le risque, ou du risque avant le rendement?

La gestion des risques est une activité essentielle pour tout investisseur. Elle doit donc préoccuper leurs conseillers. Mais attention, je ne parle pas ici de conformité, qui elle constitue une préparation ex ante à la gestion des risques. Je m’explique : la conformité est une condition nécessaire à la gestion des risques, il ne peut donc y avoir de gestion des risques sans conformité. Mais la conformité n’est pas une condition suffisante! Dans les faits, on conçoit assez aisément que le risque est la « face cachée » du placement, comme nous l’a enseigné le fameux MEDAF (le modèle d’évaluation des actifs financiers), le fondement de la finance : tout rendement avantageux s’accompagne d’un risque proportionnel. Je crois qu’il faut passer un temps raisonnable à étudier le risque d’un placement ou d’un portefeuille. Surtout, il faut développer des moyens afin de maintenir un dialogue entre les investisseurs et les conseillers sur le risque, ce qui n’est malheureusement pas fait correctement et qui n’est pas facile à faire. Pour moi, il faut développer des outils spécifiques à l’intention des conseillers afin de favoriser ce dialogue en plus de maintenir une documentation sur le fait que le risque est effectivement géré par le conseiller. J’attends le jour où les sociétés de planification financière ou de fonds communs de placement feront cette démarche, c’est-à-dire de développer des documents, des questionnaires, et des argumentaires sur le risque et ce,  de façon intégrée au dialogue sur le rendement. Je prétends que l’organisation qui le fera en premier aura une longueur d’avance sur ses concurrents et rendra un service important aux conseillers qui feront affaire avec elle.

3. A-t-on besoin de plus de réglementation?

Voilà une question brûlante! Dans des domaines aussi réglementés que le placement et le commerce des valeurs mobilières, on continue d’observer des scandales retentissants, essentiellement de nature frauduleuse. Il y a d’ailleurs un parallèle important à faire ici avec les notions de gestion des risques : celles-ci consistent à se préparer pour 95 %, 99 % et voire même 99,9 % des avaries possibles. En d’autres mots, la gestion des risques ne peut pas tout prévoir, mais peut prévoir la très grande majorité des problèmes. Or, la réglementation fait de même : on couvre une grande part des éventualités, les événements réellement hors normes ne pouvant pas, pratiquement par définition, être anticipés. Quoi qu’il en soit, une augmentation des réglementations dissuadera-t-elle les fraudeurs? Pas si on ne peut pas les faire appliquer. La dissuasion en matière de fraude consiste à augmenter la probabilité (perçue ou réelle) de détection, suivie de pénalités réelles une fois la détection complétée. La peur du gendarme demeure fondamentale. Le défi consiste alors à ne pas alourdir les réglementations pour tous, mais uniquement pour les malfrats. D’autre part, les leçons apprises dans les cas de fraudes sont claires : confiance excessive, réputation qui engourdit l’investisseur ainsi qu’un sentiment d’exclusivité. C’est bien pourquoi la conformité ne suffit pas… les fraudeurs réussissent souvent à contourner ou éviter les normes de conformité.

Pierre Saint-Laurent, CFA, CAIA, FRM, CFE, est attaché d’enseignement en Finance à HEC Montréal. On le joint à pierre.saint-laurent@hec.ca.

Cet article est tiré de l’édition de juin du magazine Conseiller. Consultez-le en format PDF.

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