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Dossier : Les placements mondiaux – La prospérité est chinoise

24 septembre 2010 | Scott McEvoy | Commenter

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Diversifiez mondialement ! Plus que tout autre conseil, l’apprenti gestionnaire de portefeuille se fait rabâcher ce précepte. Quoi de plus logique ? Le Canada représente moins de 5 % des marchés boursiers mondiaux; pour dépister les meilleures sociétés de chaque catégorie, les investisseurs doivent forcément se tourner vers l’étranger. Selon les Perspectives de l’économie mondiale du FMI, les marchés émergents et les économies développées constituent 85 % de la population de la planète et comptent pour près de 50 % de sa production économique.

Bien que le FMI projette dans ses Perspectives que la croissance mondiale atteindra 4,25 % en 2010-2011, les économies avancées seront relativement à la traîne avec un pronostic de 2,5 % maximum en 2011. En revanche, on prévoit une croissance de plus de 6,25 % pour la période 2010-2011 dans les marchés émergents et les économies en développement, sous le phare de la Chine dont le taux de croissance prévu frise les 10 % en 2010-2011. D’après le rapport du FMI, cette croissance sera alimentée par la consommation et les investissements privés, contrairement aux investissements en infrastructure du secteur public qui étaient les moteurs de l’activité en 2009.

D’autres facteurs importants justifient que les investisseurs remettent la Chine dans leur mire au cours des prochaines années, notamment l’évolution continue des institutions financières et des normes réglementaires d’exploitation chinoises. De profonds changements, issus des économies asiatiques les moins affectées par la débâcle des secteurs financiers, sont reflétés dans le classement des principaux centres financiers mondiaux. Les villes d’Asie occupent cinq des dix premières places et trois d’entre elles — Hong Kong (3e rang), Shenzhen (5e rang) et Shanghai (10e rang) — sont en Chine; de plus, Beijing rejoint rapidement le peloton de tête. Selon le Global Financial Centre Index (GFCI), ces résultats confirment que les économies asiatiques sont, dans l’ensemble, actuellement en meilleure posture que celles de l’Occident. Les liens entre les centres asiatiques de Hong Kong et Singapour et les occidentales Londres et New York sont aujourd’hui beaucoup plus étroits; en outre, les centres comme Shanghai et Shenzhen sont appelés à gagner en importance au cours des prochaines années.

L’évaluation du GFCI se fonde sur divers indicateurs dont la présence d’un contexte commercial équitable et juste, l’accessibilité du marché, la population, l’infrastructure et le climat concurrentiel général. Au fur et à mesure que s’intensifieront les interactions entre le régime et les pratiques règlementaires de la Chine, d’une part, et les économies occidentales, d’autre part, les indices d’opacité traduiront l’amélioration de la transparence de la divulgation de l’information et des rapports financiers des sociétés établies en Chine.

Deux initiatives de la Chine en particulier — les programmes Investisseurs institutionnels étrangers qualifiés (QFII) et Investisseurs institutionnels nationaux qualifiés (QDII) — facilitent aux investisseurs, qu’ils soient chinois ou canadiens, les mouvements de capitaux vers la Chine ou hors Chine, augmentant ainsi les interactions entre les différentes sphères de réglementation, pour le bénéfice de tous.

Les placements outre frontière

La clef de voute de la nouvelle structure règlementaire ouvrant le monde aux investisseurs chinois est sans doute le programme QDII. Le QDII encourage les investisseurs institutionnels nationaux, soit des banques ou des compagnies d’assurance chinoises triées sur le volet, à placer des capitaux sur les marchés financiers outremer.

En vertu de ce programme, une institution chinoise (banque, société de gestion de fonds, société de fiducie, assureur ou courtier en valeurs mobilières) habilitée en tant qu’investisseur institutionnel national qualifié, peut lever des fonds localement dans le but d’investir sur les marchés des capitaux outremer. Elle doit cependant satisfaire à trois paliers de règlementation (voir encadré ci-contre).

À l’instar de la Chine, le programme QDII connaît un essor accéléré. Au cours des trois premières années d’existence du programme, dix-neuf banques et trois assureurs ont obtenu une licence de QDII. En comparaison, de nombreux observateurs prévoient que plus de vingt licences seront accordées cette année seulement. Trois sociétés de fiducie ont déjà reçu leur licence de QDII en 2010. Parallèlement à l’augmentation du nombre de licences, les instruments offerts aux investisseurs chinois à l’enseigne du programme QDII gagnent en variété et en sophistication; à preuve le virage récent vers des fonds alignés sur des indices de moindre envergure de grands centres financiers d’Occident et d’Orient.

Vers la fin du mois d’avril 2010, les autorités de règlementation des valeurs mobilières de Colombie-Britannique, d’Alberta, de Saskatchewan, du Manitoba, d’Ontario, du Québec, du Nouveau-Brunswick et de Nouvelle-Écosse ont conclu une entente de surveillance conjointe avec la China Banking Regulatory Commission (CBRC) concernant le programme QDII. Selon Jean St-Gelais, président des Autorités canadiennes en valeurs mobilières (ACVM) et de l’Autorité des marchés financiers (AMF), cette entente ouvre la voie aux banques commerciales chinoises pour effectuer des placements au nom de leurs clients auprès d’institutions financières canadiennes sous la juridiction de l’ACVM. Il ajoute que cette initiative attirera sans doute de nouveaux capitaux vers le marché canadien et offrira de nouvelles perspectives aux institutions financières canadiennes. Cette nouvelle suit l’annonce d’ententes similaires avec les autorités de règlementation des marchés financiers et des valeurs mobilières d’Irlande et d’Australie.

Accès au marché chinois des valeurs mobilières

En vertu du régime de contrôle des changes et de règlementation des valeurs mobilières qui prévaut en Chine, exception faite des investisseurs institutionnels étrangers qualifiés (QFII), c’est-à-dire des sociétés étrangères de gestion de fonds, de fiducie ou d’assurance ainsi que toute autre institution de gestion de capitaux agréée —les investisseurs étrangers n’ont accès qu’aux actions de catégorie B (libellées en devises étrangères et négociées dans les bourses de Shanghai et de Shenzhen). En revanche, les QFII peuvent investir dans des actions plus liquides de catégorie A ou d’autres titres libellés en Yuan.

De nouvelles conditions apportées au programme QFII en septembre 2009, notamment l’amélioration du processus d’administration des quotas de change, visent à attirer les investisseurs étrangers vers les titres et les marchés chinois. Ainsi, les gestionnaires de fonds habilités par le programme QFII peuvent désormais ouvrir des comptes distincts pour l’actif de leurs clients. D’autres changements prévoient notamment des conditions plus avantageuses pour les fonds extraterritoriaux offerts au public dont 70 % minimum de l’actif est investi sur le marché national chinois.

La coentreprise de gestion d’actifs est un autre moyen pour les gestionnaires de fonds étrangers de participer à ce secteur d’activité de la Chine. Principal vecteur de gestion de biens sur ce marché, la Chine compte actuellement trente coentreprises de gestion d’actifs. La formule appliquée donne un intérêt minoritaire au gestionnaire de fonds étranger et le contrôle à l’institution financière chinoise associée. Les sociétés canadiennes qui participent actuellement à des coentreprises de gestion d’actifs sont la banque de Montréal, par le biais de Fullgoal Fund Management Co. Ltd., et la Financière Manuvie, par l’intermédiaire de sa nouvelle acquisition, Manulife TEDA Fund Management Company Ltd.

Risques et incertitudes

Le développement économique et social est très inégal entre les multiples marchés de la Chine qui varient entre mégapoles modernes comme Shanghai et Beijing, et régions éloignées moins industrialisées. Les gestionnaires d’actifs et les sociétés de gestion de l’étranger sont confrontés à des risques disparates—juridique, financier, politique, social et environnemental—selon la région et l’industrie dans lesquelles ils investissent.

Le risque lié à la règlementation est particulièrement délicat pour les promoteurs de régimes. Bien qu’une grande part de l’économie chinoise soit devenue une économie de marché, d’innombrables restrictions et une imposante bureaucratie demeurent sources d’obstacles et d’incertitude. La règlementation peut être interprétée différemment d’un endroit à l’autre et, dans certains cas, son application relève de plusieurs autorités ou ministères.

Cela dit, la Chine s’est efforcée d’améliorer les échanges entre ses agences et les institutions financières étrangères. Propulsés par l’importance grandissante de ses centres financiers et soutenus par les programmes QDII et QFII ainsi que les coentreprises de gestion d’actifs, les marchés financiers chinois seront à l’avenir de plus en plus ouverts et stables pour les investisseurs étrangers.

Scott McEvoy est associé au sein de la firme de gestion de placements Borden Ladner Gervais (BLG) LLP à Vancouver. Documentation recueillie par Matthew Levine, stagiaire en droit chez BLG.


10 conseils pour réduire le risque et rehausser les rendements grâce aux titres à revenu fixe mondiaux

Michael Reed

Si la plupart des gestionnaires intègrent davantage d’actions mondiales au cours de la dernière décennie, plus rares sont ceux qui ont franchi la frontière vers les titres à revenu fixe.

Cependant, éviter les titres à revenu fixe mondiaux revient à se priver du potentiel, à long terme, de solides rendements ajustés du risque. Autrement dit, en sous-pondérant cette catégorie de placements très variés, l’on pourrait passer à côté d’excellentes occasions d’alpha.

Pour de nombreux gestionnaires de fonds obligataires, les titres à revenu fixe mondiaux sont sources de rendements additionnels et d’occasions de placements, et constituent un moyen de tirer parti des mouvements des devises et de la croissance économique à l’échelle mondiale. Ceci n’exclut pas la fonction première des titres à revenu fixe mondiaux, qui a toujours été d’enrichir la diversification d’un portefeuille. Pendant sept des vingt dernières années, le marché boursier canadien était en terrain négatif. Durant ces périodes sombres, les obligations mondiales ont enregistré des résultats positifs — dans les deux chiffres pour la plupart — allant jusqu’à surpasser les obligations canadiennes six de ces sept années, selon Morningstar.

Les placements en titres à revenu fixe mondiaux sont un atout pour accroître le potentiel d’un portefeuille, même dans la complexité de la conjoncture actuelle : ils offrent des perspectives diversifiées à un risque acceptable.

Réduire le risque. Du fait que les conditions et les cycles économiques varient considérablement d’un pays à l’autre, des positions de titres à revenu fixe sont susceptibles de réduire la volatilité d’un portefeuille.

Diversifier le portefeuille. Une participation aux titres à revenu fixe mondiaux procure une diversification et un rendement plus étoffés que la position classique constituée de titres à revenu fixe d’un seul pays.

Bénéficier des faibles corrélations. Quelle que soit la conjoncture des taux d’intérêt, investir dans des titres à revenu fixe provenant autant des secteurs clefs que des secteurs secondaires peut améliorer la diversification. Dans le cas d’un portefeuille de titres à revenu fixe qui accorde une forte pondération aux secteurs clefs traditionnels, la diversification provenant de secteurs avec une moindre corrélation permet de réduire la volatilité générale du portefeuille et d’accroître son rendement total.

Diversifier tous azimuts, parce que le palmarès change chaque année. Le titre obligataire qui affiche la meilleure performance à l’échelle mondiale n’est jamais le même d’une année à l’autre; cette constatation devrait vous inciter à revoir la pertinence de la pondération des titres locaux dans le portefeuille de titres à revenu fixe de vos clients.

Puiser dans de multiples vecteurs de rendement. Chaque pays est susceptible d’accroître l’alpha d’un portefeuille selon ses taux d’intérêt, sa dette souveraine ou le cours de sa devise. Cette kyrielle de possibilités offre à l’investisseur autant de moyens d’obtenir des rendements. Le contexte propre à chaque pays détermine les paramètres de sélection des placements afin d’optimiser les rendements découlant des taux d’intérêt ou de change. Ces stratégies peuvent conjuguer titres à revenu fixe et instruments dérivés mondiaux de manière à restreindre le risque, qu’il s’agisse de la courbe des rendements, de la devise ou de la dette souveraine du pays en question; tous ces éléments confèrent à ces placements des perspectives incontournables de rendement total.

Chercher les rendements où ils se trouvent. Les placements mondiaux ouvrent la voie à des perspectives illimitées de par la diversité des marchés. Par exemple, dans un pays ou la croissance économique s’essouffle et l’inflation ralentit, on peut envisager une baisse des taux d’intérêt et donc la hausse du prix des titres de créances locaux.

Se protéger contre les pressions inflationnistes. Il est démontré que les taux d’intérêt ont tendance à augmenter en présence du spectre de l’inflation. Une stratégie axée sur les titres à revenu fixe mondiaux peut permettre de réduire, éliminer voire inverser le risque associé aux durées advenant une augmentation des rendements des obligations gouvernementales.

Tirer parti de l’appréciation des devises. La participation peut se faire sous forme d’une position obligataire non couverte, ou par le biais de contrats de change à terme. Si le risque de devise est trop présent, il peut être limité par une couverture.

Mettre à profit la dette souveraine. La cote de solvabilité d’un État est un paramètre déterminant de l’évaluation d’un titre et constitue un risque susceptible d’être rentable pour l’investisseur. Ainsi, la dette souveraine d’un marché en développement à devise forte peut offrir un potentiel de placements intéressants dont le risque est indépendant de la conjoncture d’ensemble.

Rechercher les revenus d’intérêt. Les revenus d’intérêts sont une autre raison d’envisager les titres à revenu fixe mondiaux. Les marchés obligataires en développement offrent généralement des rendements supérieurs aux titres des marchés développés. Ces rendements sont d’autant plus attrayants qu’ils peuvent être renforcés par la dynamique du marché des changes, qui permet d’évaluer et d’exploiter individuellement chaque composante du revenu.

Tandis que chaque pays ou région se remet d’une débâcle mondiale sans précédent, la diversification géographique est un atout certain du point de vue du risque, mais du rendement également. Le conseiller ou le gestionnaire ne saurait ignorer ces avantages et c’est le moment ou jamais de revoir sa stratégie afin de participer au potentiel de revenus des titres à revenu fixe mondiaux.

Michael Reed est vice-président et gestionnaire de portefeuille institutionnel pour le groupe des titres à revenu fixe de Franklin Templeton.


Cet article est tiré de l’édition d’octobre du magazine Conseiller.
Consultez cet article au format PDF.

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