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Droits d’émission de carbone, un commerce peu viable… pour le moment

19 octobre 2007 | Bryan Borzykowski | Commenter

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À l’heure actuelle, tout le monde n’en a que pour l’environnement. C’est bien connu. Ça n’a toutefois pas empêché le Conference Board du Canada d’en faire officiellement la preuve.

Mercredi dernier, l’organisme a dévoilé un rapport intitulé « Carbon Disclosure Project 2007: Canada 200 Report ». On peut y lire que 88 % des 315 répondants au sondage à l’échelle mondiale estiment que les changements climatiques sont synonymes de risques commerciaux, alors que 86 % d’entre eux y voient une occasion d’affaires.

« Les grandes entreprises canadiennes sont davantage sensibilisées aux risques commerciaux, de même qu’aux occasions d’affaires, qui découlent des changements climatiques. Elles auront tendance à effectuer une meilleure gestion de leurs émissions de gaz à effet de serre et seront davantage réceptives aux demandes d’information provenant des investisseurs », souligne David Greenall, chargé de recherche principal pour le compte du Conference Board.

Ces données ne signifient toutefois pas que les entreprises de ce pays aient commencé à réduire de façon significative leurs émissions de gaz à effet de serre. En fait, aux dires de Jeff Rubin, économiste et stratège en chef chez Marchés mondiaux CIBC, l’implication du Canada dans le cadre du partenariat Asie-Pacifique « représente le plus bas dénominateur commun en matière de réponse aux changements climatiques. » Il souligne également que, bien que l’intensité des émissions du Canada ait chuté de 14 % entre 1992 et 2004,  leur niveau a grimpé en flèche en termes absolus.

Quel est le problème, direz-vous? Selon M. Rubin, les entreprises doivent cesser de considérer le marché comme étant le problème, mais bien comme une solution. « Pour que les progrès enregistrés sur le plan de l’environnement soient durables, ils doivent être viables d’un point de vue économique. Or, tout porte à croire que la situation demeurera au point mort tant que les marchés n’auront pas d’incitatif à modifier leur façon d’agir. »

Cependant, pour que les choses bougent, le marché a besoin d’un cadre. Et comme le gouvernement du Canada refuse de mettre en place de réels objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, rien ne se passe à ce chapitre.

M. Rubin croit néanmoins que des objectifs de réduction solides seront mis en place sous peu, notamment en raison de ce qui se passe du côté de nos voisins du Sud. En effet, plus de la moitié des états américains ont voté des lois régissant les émissions de carbone, sans compter un projet de loi visant une « réduction absolue » des émissions au cours des deux à trois prochaines années. D’ici là, il prévoit que le gouvernement fédéral des États-Unis se sera joint à ce vaste mouvement militant pour de réels objectifs de réduction.

« Peu importe le résultat des élections présidentielles américaines en 2008, il est clair que la prochaine administration adoptera un système national de réduction et d’échange des émissions de carbone », affirme M. Rubin. « Et lorsque ce sera le cas, le Canada – à la fois le voisin des États-Unis mais aussi son principal partenaire commercial – devra s’y conformer. »

Lorsqu’un tel système de réduction et d’échange des émissions entrera en vigueur aux États-Unis, M. Rubin croit qu’on y fera les choses adéquatement, contrairement à ce qui s’est passé en Europe, où les droits d’émission de carbone s’échangeaient au départ à 30 euros la tonne pour ensuite s’effondrer complètement. « C’est ce qui survient lorsque vous émettez un nombre de droits d’émission dix fois supérieur aux émissions proprement dites », explique M. Rubin.

Ce dernier croit que le potentiel d’un système d’échange des droits d’émission de carbone est de loin supérieur à celui des taxes sur les émissions carboniques, notamment parce que le système d’échange se base sur des objectifs de nature environnementale. Quant aux taxes sur les émissions carboniques, « il est impossible de savoir d’entrée de jeu si leur niveau permettra d’atteindre les objectifs que le gouvernement s’est fixés, ou encore si elles seront trop faibles ou trop élevées. Avec un système de réduction et d’échange des émissions, le gouvernement détermine les objectifs et le marché décide du prix auquel les droits s’échangeront », dit-il.

La Bourse de Montréal, qui en décembre dernier annonçait la création du Marché climatique de Montréal, aura son mot à dire dans l’établissement du prix en question. Luc Bertrand, président et PDG de la Bourse de Montréal, souligne que les entreprises et les investisseurs ont besoin d’un prix pour les droits d’émission de carbone qui leur permettra à la fois de mettre en place leur stratégie de réduction de leurs émissions et d’atteindre leurs objectifs. « Un prix de la sorte ne peut résulter que d’un seul marché », avance-t-il.

Il est également d’avis que le gouvernement se doit d’établir des objectifs clairs s’il désire mettre en place un marché robuste. Quand ce marché arrivera-t-il à maturité? « Les entreprises s’ajusteront aux nouvelles conditions environnementales, ainsi qu’aux coûts qui en découlent, et y verront une raison de plus de réduire encore davantage leurs émissions de gaz à effet de serre », dit-il.

Les entreprises qui n’arriveront pas à atteindre leurs objectifs devront acheter des droits d’émission de carbone, et par le fait même créeront une demande pour ces mêmes droits. Selon M. Bertrand, si les entreprises attribuent une valeur économique aux efforts de réduction, elles auront tendance à dépasser les objectifs qu’elles s’étaient fixés. Elle auront d’abord recours à de nouvelles technologies, feront la promotion de solutions éconergétiques puis revendront leurs droits d’émission de carbone aux entreprises davantage émettrices.

« C’est grâce à cette synergie entre acheteurs et vendeurs, ou encore entre l’offre et la demande, qu’un marché s’établira. Ce dernier enverra des signaux de prix qui aideront les entreprises à atteindre leurs objectifs de réduction de façon aussi peu coûteuse que possible », explique M. Bertrand.

À cela, M. Rubin ajoute ce qui suit : « Les gouvernements doivent dès maintenant établir des objectifs absolus de réduction des émissions de carbone, puis laisser le marché prendre le relais. »

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