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D’un océan à l’autre

11 juin 2014 | Jean-François Venne | Commenter

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Cary List

L’Institut québécois de planification financière (IQPF) et le Financial Planning Standards Council (FPSC) collaborent depuis plusieurs années pour standardiser la profession de planificateur financier au Canada. Ils tournent même leur regard vers le monde.

« Depuis une dizaine d’années, l’IQPF et le FPSC se sont beaucoup rapprochés », confie l’actuel PDG du FPSC, Cary List.

Cette collaboration se fait dans l’harmonie et le respect des différences, tout de même nombreuses, entre les deux organismes. Chacun d’eux a, en fait, des prérogatives que l’autre lui envie. Ainsi, le FPSC a un pouvoir d’enquête que n’a pas l’IQPF. Il supervise les planificateurs financiers ayant la certification CFP et peut même retirer celle-ci à un planificateur en cas de faute grave. Pour conserver leur certification, les planificateurs doivent payer une cotisation, ce qui n’est plus le cas à l’IQPF, et surtout respecter un code d’éthique strict.

En revanche, si le titre FPSC est une marque déposée de l’organisme, n’importe qui peut se dire planificateur financier à l’extérieur du Québec. Cary List regarde donc avec une certaine envie la situation au Québec, où seuls les diplômés de l’IQPF peuvent utiliser le titre de planificateur financier.

Autre différence notable : le rôle principal de l’IQPF est d’offrir la formation initiale et continue aux planificateurs financiers. De son côté, le FPSC n’organise aucune formation, mais autorise des formations offertes par de tierces parties. Un planificateur financier doit compléter 25 heures de formation continue chaque année pour conserver la certification CFP. De plus, le baccalauréat n’est pas obligatoire dans les autres provinces canadiennes pour pratiquer ce métier, contrairement au Québec, où il l’est depuis 2005.

Parler d’une seule voix

Malgré ces différences, la collaboration entre le FPSC et l’IQPF est naturelle, selon Cary List. En juin 2010, l’IQPF est d’ailleurs officiellement devenu la 7e organisation membre du FPSC. « Notre profession se consacre entièrement à servir les intérêts de nos clients, dit-il. En ce sens, il faut être professionnel et fonctionner en respectant des standards communs, non seulement au Canada, mais dans le monde. »

Cette collaboration est notamment passée par l’harmonisation des codes d’éthique des deux organismes, et par une reconnaissance mutuelle des acquis. « Les Certified Financial Planners voulant pratiquer au Québec ou les planificateurs financiers québécois qui souhaitent faire de même dans d’autres provinces n’ont donc pas à repasser par la case formation, il leur suffit de réussir un examen », explique Jocelyne Houle-LeSarge, PDG de l’IQPF. Le baccalauréat demeure toutefois un critère incontournable pour tout planificateur financier souhaitant pratiquer au Québec.

Les deux organismes ont aussi des objectifs plus politiques. Ils collaborent depuis 2011 au sein de la Coalition pour l’établissement de normes professionnelles pour les planificateurs financiers, laquelle réunit aussi l’Institute of Advanced Financial Planning, Advocis et le Canadian Institute of Financial Planners. Cary List occupe actuellement la présidence de cet organisme qui se rassemble deux fois par année, alors que Jocelyne Houle-LeSarge le présidait l’année précédente.

« Nous sommes les cinq organismes au Canada qui se consacrent exclusivement à la planification financière, rappelle Jocelyne Houle-LeSarge. Notre objectif commun est de réclamer que les planificateurs financiers soient reconnus comme des professionnels, au même titre que les médecins, les chimistes ou les ingénieurs. »

Dans un contexte où chacun doit faire des représentations de son côté auprès de divers gouvernements provinciaux, à quoi sert une telle coalition ? « À parler d’une seule voix à tous les Canadiens, explique la PDG de l’IQPF. À bien leur faire comprendre qu’il existe des planificateurs financiers professionnels, qui ont suivi une formation et réussi des examens. Et aussi à leur expliquer ce qu’ils sont en droit d’attendre de ces professionnels lorsqu’ils les consultent. »

En chiffres

  • – Près de 17 500 personnes portaient le titre de Certified Financial Planner® au Canada en 2012.

Ouverts sur le monde

Chose certaine, la collaboration entre les organismes encadrant les planificateurs financiers semble avoir de beaux jours devant elle, et pas qu’au Canada. Par l’entremise du FPSC, l’IQPF a été invité, en 2011, à assister au conseil d’administration du Financial Planning Standard Board (FPSB), à Washington. Cet organisme basé à Denver représente les planificateurs financiers de 24 pays différents. Martin Dupras, qui présidait le conseil d’administration de l’IQPF à l’époque, et Jocelyne Houle-LeSarge ont assisté à trois jours de discussions, et fait plusieurs rencontres.

L’une d’elles a d’ailleurs mené à une entente de partenariat et d’échange d’informations avec l’Association française des Conseils en gestion de patrimoine certifiés, soit la section française du FPSB. Son président Hervé de la Tour d’Artaise a d’ailleurs assisté au congrès de l’IQPF en 2012. Cette entente vise notamment à faciliter la mobilité de la main-d’œuvre entre les deux pays, en plus de partager de l’expertise aidant à servir certains clients ayant des intérêts dans les deux pays. On dénombre environ 1 500 planificateurs financiers dans l’Hexagone. « Bien que les cheminements soient différents d’un pays à l’autre, les préoccupations envers le statut des planificateurs financiers et leur métier sont les mêmes », constate Jocelyne Houle-LeSarge.

Selon Cary List, il est inévitable que ce type de collaboration aille en s’accentuant. « Nous vivons dans un monde de plus en plus petit, dans lequel les gens, et notamment les planificateurs financiers, sont de plus en plus mobiles, dit-il. Cela oblige à instaurer des standards similaires entre les différentes juridictions. »

Malgré toute la bonne volonté de ces organismes, il faut bien admettre que les progrès en ce sens se font très lentement. « C’est compliqué en raison du très grand nombre de gouvernements concernés, avance Cary List. Juste au Canada, il faut négocier avec chaque gouvernement provincial. Et les organismes du FPSB se retrouvent à dialoguer avec les instances fédérales ou provinciales de 24 pays différents. »

Loin de baisser les bras, l’IQPF et le FPSC entendent plutôt intensifier leur collaboration au Canada, afin d’atteindre leurs objectifs. Déjà, Gilles Sinclair, un planificateur financier recommandé par l’IQPF, siège au conseil d’administration du FPSC. Énigmatique, Jocelyne Houle-LeSarge soutient que d’autres annonces seront faites lors de la prochaine Semaine de la planification financière, en novembre 2014. Plus que quelques mois à patienter !

Notre dossier sur les 25 ans de l’IQPF :

Far West et cowboys
Paroles d’ex-présidents
Dans la mire de l’IQPF
D’un océan à l’autre
La grande dame de l’IQPF


Ce texte est paru dans l’édition d’avril 2014 de Conseiller. Cliquez ici pour consulter l’ensemble du numéro.

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