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Efficace, la taxe sur les transactions financières?

7 juin 2016 | La rédaction | Commenter

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taxes_internet_achat_clavier_ordi_425Alors que l’idée d’une taxe sur les transactions financières (TTF) refait surface dans les élections présidentielles aux États-Unis, un économiste soutient que la société américaine bénéficierait davantage d’une profonde réforme fiscale.

C’est en effet la position de Kenneth Rogoff, qu’il décrit dans une lettre ouverte publiée par Les Échos.

DE QUOI S’AGIT-IL?

La TTF tire son origine de la « taxe Tobin », défendue par l’économiste James Tobin en 1972, laquelle proposait de taxer les transactions monétaires internationales afin de limiter la volatilité du taux de change. La TTF est l’extension de cette taxe à l’ensemble des transactions financières (une proposition que James Tobin lui-même n’apprécie pas tellement).

Une version de cette taxe a été adoptée en France en 2012. L’Union européenne a recommandé l’instauration d’une taxe de 0,1 % sur son territoire en 2011, mais le débat continue de faire rage entre les pays membres.

Aux États-Unis, le candidat démocrate de gauche Bernie Sanders propose un impôt sur les actions, les obligations et les produits dérivés. Selon lui, une telle mesure réfrénerait les ardeurs des spéculateurs, en plus de fournir au Trésor américain des sommes colossales pour financer des mesures progressistes et environnementales. Hillary Clinton ne viserait, elle, que les courtiers à très grande vitesse.

Le candidat républicain Donald Trump ne semble pas avoir de position cohérente sur le sujet, indique M. Rogoff.

Au Canada, une TTF a déjà été envisagée sous les libéraux au fédéral après la crise du peso mexicain en 1994-1995. Le 23 mars 1999, la Chambre des communes a même adopté la motion 239 défendant la création d’une telle taxe, sans y donner suite.

Changement de cap drastique en 2011 : le ministre des Finances conservateur, Jim Flaherty, se vantait du fait que son gouvernement avait fait en sorte d’amener le G20 à renoncer à cette idée. En 2012, c’est la Banque du Canada qui exprimait de forts doutes quant à la pertinence d’une telle taxe.

DÉCEPTIONS À PRÉVOIR

Pour Kenneth Rogoff, la TTF n’est pas une mauvaise idée en soi, mais elle risque de décevoir, surtout si l’on compte sur elle pour diminuer les risques d’une nouvelle crise semblable à celle de 2008. Il est d’avis que seule une meilleure régulation pourrait aider à la prévenir, notamment l’obligation pour les sociétés financières d’émettre beaucoup plus d’actions. L’évaluation des risques en fonction des pertes des actionnaires rendrait aussi le système plus sûr, croit-il.

À l’inverse, la TTF génère des distorsions. Par exemple, elle rend plus coûteuses les mobilisations de capitaux pour les entreprises, réduisant leurs capacités d’investir dans les salaires et la productivité. À terme, cela nuit à l’économie, indique l’économiste.

Selon lui, une réforme fiscale profonde visant à simplifier le système financier et à le rendre plus transparent et progressif serait beaucoup plus efficace. Il milite notamment pour un impôt progressif sur la consommation aux États-Unis.

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