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Dettes : les ménages québécois s’en sortent plutôt bien

10 mai 2016 | La rédaction | Commenter

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gestion_dettes_fevrier_50sLe niveau d’endettement des Québécois a beaucoup progressé depuis l’an 2000, notamment en raison de l’augmentation du prix des maisons, qui a gonflé le crédit hypothécaire, selon une note publiée hier par Desjardins Études économiques. Malgré cela, leur bilan financier reste plutôt positif.

Ainsi, les dettes moyennes par ménage (prêts hypothécaires, prêts à la consommation, cartes de crédit, marges de crédit personnelles et prêts automobiles sous forme de location) atteignaient désormais 80 000 dollars l’an dernier alors qu’elles étaient moitié moins importantes (42 000 dollars) en 2000, indique son auteure, Hélène Bégin, économiste principale au Mouvement.

Les emprunts des ménages endettés ont quasiment doublé (voir encadré) pendant que le niveau général des prix à la consommation augmentait d’environ 30 %.

UN BILAN FINANCIER PLUTÔT SAIN

Toutefois, ce phénomène a également entraîné une hausse de la valeur des actifs, « de sorte que le bilan financier de l’ensemble des emprunteurs est demeuré relativement sain dans la province », souligne l’analyste.

Concrètement, les avoirs totaux (actifs financiers et non financiers, tels que les résidences, les voitures, les meubles et les biens personnels) ont atteint en moyenne près de 300 000 dollars par ménage l’an dernier, comparativement à 145 000 dollars en 2000. Au total, la valeur moyenne des actifs des ménages endettés a plus que doublé, progressant un peu plus rapidement que celle des emprunts.

De son côté, la valeur des actifs financiers détenus sous forme de comptes chèques et d’épargne, ainsi que de placements (obligations et autres placements garantis, fonds communs et actions), a « augmenté modérément », précise Hélène Bégin. Malgré la correction importante des marchés boursiers en 2007-2008, ces actifs représentaient plus de 75 000 dollars l’an dernier, contre 45 000 dollars en 2000.

PRIX MOYEN DES MAISONS : 275 000 $

La hausse du prix moyen des propriétés, qui est passé d’environ 100 000 dollars en 2000 à 275 000 dollars l’an dernier, constitue « le principal élément qui explique la forte progression des avoirs non financiers des ménages » observe également Hélène Bégin. En effet, l’immobilier compte pour les deux tiers des actifs des Québécois endettés, soit une proportion plus importante qu’il y a 15 ans.

Étant donné que les propriétés ont pris plus de valeur que les autres éléments du patrimoine des Québécois, la part des autres types d’actifs (non immobiliers) s’est amoindrie au cours de cette période.

L’accroissement de la valeur totale des avoirs des ménages a modifié le paysage socio-économique dans la province, explique par ailleurs l’économiste. Ainsi, plus de 30 % d’entre eux possèdent désormais des actifs supérieurs à 350 000 dollars, alors que cette proportion s’élevait à moins de 10 % il y a 15 ans. La part des couples endettés ayant des actifs entre 250 000 et 350 000 dollars, elle, est passée de 8 % en 2000 à 18 % en 2015. À l’autre extrémité de l’échelle, près du quart des ménages ont des avoirs de moins de 50 000 dollars, soit nettement moins qu’auparavant.

GARE AUX ÉVÉNEMENTS IMPRÉVUS

La grande majorité des ménages québécois (84 %) ont un ratio dette-actif acceptable et se situent dans la zone de sécurité financière. Toutefois, la part de ceux qui ne disposent pas forcément d’actifs suffisants pour couvrir leurs emprunts demeure considérable puisqu’ils représentent 12 % de la population, relève Hélène Bégin.

« Bien que les ménages dans cette catégorie n’éprouvent pas tous des difficultés financières, ceux qui se retrouvent en situation d’insolvabilité ont, en général, deux fois plus de dettes que d’actifs », remarque-t-elle, précisant que cette situation concerne environ 4 % d’entre eux.

« La situation financière de l’ensemble des ménages endettés ne semble pas plus à risque qu’au début des années 2000 puisque le ratio dette-actif est demeuré pratiquement le même », estime l’économiste, qui conclut par cette mise en garde : « La capacité d’honorer ses paiements mensuels pourrait être mise à l’épreuve si leurs revenus diminuaient subitement ou que les taux d’intérêt grimpaient de façon inattendue. »

Qui emprunte, et combien?

La composition des emprunts a peu évolué depuis 15 ans, observe Hélène Bégin, économiste principale chez Desjardins. L’achat d’une résidence représente encore environ 75 % des dettes des ménages, tandis que les cartes de crédit et les prêts automobiles sous forme de location en constituent la plus faible part.

Seul changement majeur depuis 2000 : les marges de crédit personnelles ont pris de l’importance au détriment des prêts conventionnels à la consommation, en raison de l’essor des marges hypothécaires.

GONFLEMENT DES HYPOTHÈQUES

Le montant des emprunts a fortement augmenté pour de nombreux ménages. L’accession à la propriété et la forte croissance des prix résidentiels ont contribué à gonfler les hypothèques de plusieurs et, par conséquent, le total de leurs engagements financiers.

Résultat, environ 20 % des ménages doivent désormais rembourser des emprunts supérieurs à 150 000 dollars, comparativement à 3 % il y a 15 ans. Dans 12 % des cas, les dettes sont même supérieures à 200 000 dollars, tandis qu’elles sont comprises entre 150 000 et 200 000 dollars pour 8 % des ménages.

CEUX QUI S’EN SORTENT LE MIEUX

À l’inverse, ceux qui ont acheté une propriété avant la hausse rapide des prix des années 2000 et qui n’ont fait que rembourser graduellement leur hypothèque depuis 15 ans ont diminué leur endettement. Au total, plus de la moitié des ménages endettés avaient des emprunts de moins de 50 000 dollars l’an dernier.

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