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Espagne : achetez une maison, recevez un permis de séjour en prime!

31 mai 2013 | Jean-François Venne | Commenter

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Les étrangers pourront désormais obtenir un permis de séjour en Espagne s’ils achètent un bien immobilier de plus de 500 000 € (670 000 $), ou investissent deux millions d’euros (2,7 millions de dollars) en bons du Trésor.

Ces nouveaux résidents n’auront pas à occuper un emploi en Espagne, ni à cotiser à la Sécurité sociale, ni même à habiter le pays la majeure partie de l’année. Il va sans dire que cette nouvelle mesure, adoptée le 24 mai, ne fait pas l’unanimité.

Ranimer le marché immobilier

Le gouvernement et les partisans de cette mesure la présentent comme un véritable appel d’air pour secourir un marché immobilier en pleine crise. Depuis l’éclatement de la bulle immobilière en 2008, les prix de l’immobilier, qui avaient augmenté de 155 % en dix ans, n’ont jamais cessé de chuter. En avril 2012, le président du réseau immobilier idealista.com confiait avec angoisse à un journaliste du magazine français L’Express que dans les régions touristiques, comme la Costa del Sol, la baisse se situait aux environs de 35 %. Et comme les logements inoccupés abondent, la correction du marché ne montre aucun signe d’essoufflement.

Le gouvernement espagnol ne fait pas de mystère quant à ses intentions réelles : attirer les acheteurs russes et chinois. En ce moment, les Russes se classent au quatrième rang des acheteurs d’immobilier les plus fréquents en Espagne, après les Britanniques, les Français et les Allemands. Principalement concentrés sur la côte méditerranéenne, ils recherchent principalement une propriété à occuper pour se la couler douce pendant de longues vacances. Et les tracasseries administratives entourant l’obtention d’un visa d’entrée sont vues comme un frein important à ce marché.

Les acheteurs chinois auraient un potentiel différent, et seraient plutôt perçus comme des investisseurs, à la recherche de bonnes occasions d’affaires sur un marché immobilier en difficulté.

Discrimination et mafia

Malgré la décision du gouvernement espagnol de hausser à 500 000 € la valeur des immeubles donnant droit à ces permis – plutôt que les 160 000 € (215 000 $) prévus au départ –, les opposants à cette mesure ne désarment pas. Au premier rang, on retrouve les organismes de défense des droits des immigrants, qui la jugent discriminatoire. Facile à comprendre. Des étrangers bien nantis pourront obtenir sans tracas un permis de séjour sans habiter en Espagne, alors que des immigrants séjournant en Espagne risquent chaque jour d’être déportés dans leur pays d’origine, tandis que d’autres sont refoulés aux frontières.

Mais la mesure inquiète aussi pour une autre raison : les risques qu’elle devienne une voie d’entrée pour des réseaux de crime organisé, notamment les mafias russes et chinoises. Selon le Centre National d’Intelligence, l’Espagne serait un lieu de refuge pour les bandes mafieuses russes, qui y feraient surtout du blanchiment d’argent et… des investissements immobiliers.

Pas une première

Pour autant, la nouvelle mesure instaurée par le gouvernement espagnol n’est pas une première. D’autres pays ont adopté de telles législations pour attirer des capitaux étrangers et revigorer leur marché immobilier. Au Portugal, on offre le permis de séjour aux étrangers qui achètent un immeuble d’une valeur de plus de 500 000 €. Aux États-Unis, les sénateurs Charles Schumer (un démocrate) et Mike Lee (un républicain), tentent de convaincre le Congrès d’adopter une nouvelle loi qui accorderait un visa de trois ans aux étrangers déboursant 500 000 $ comptant pour acheter une demeure. Les deux sénateurs visent les investisseurs chinois et les nombreux Canadiens lorgnant vers le sud des États-Unis pour leur retraite.

Reste à voir si ce type de mesure suffira pour relancer le marché immobilier dans des pays comme l’Espagne ou le Portugal, aux prises avec une crise économique majeure. Peut-être faudra-t-il aussi songer à redonner aux Espagnols et aux Portugais les moyens d’acheter des maisons dans leur propre pays… ou de ne pas perdre celle qu’ils ont déjà. Selon la Banque d’Espagne, 40 000 logements avaient été saisis en 2012, parce que les propriétaires n’avaient plus les moyens de payer. Au total, entre 2008 et 2012, l’Espagne a été le théâtre de 250 000 expulsions de résidences principales ou secondaires, de commerces ou de terrains…

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