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Économie

Faire le point sur les changements

23 décembre 2011 | Peter Drake | Commenter

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En allant me chercher une collation après avoir mis en pause un match de hockey en direct à la télévision, je me suis dit que l’expérience d’un match de la LNH à la maison avait beaucoup changé. Il est loin le temps où j’écoutais la radio en imaginant l’action pendant que Foster Hewitt commentait le match. Puis, on a connu l’époque de la télévision, d’abord en noir et blanc, puis en couleur. Très vite, les écrans ont commencé à prendre de l’ampleur et l’image est devenue plus claire. Maintenant, je regarde la télévision en haute définition et j’enregistre le match au besoin, selon mon emploi du temps. Les choses ont effectivement bien changé, et pas seulement dans le hockey, mais dans le monde du placement également.

Acheter en baisse, vendre en hausse. Être un investisseur à long terme. Acheter et conserver. Voilà trois des règles de placement que l’on ne cesse de répéter depuis des décennies. Il s’agit de conseils valables. Cependant, à mesure que le monde se transforme, « l’investissement » change aussi. De plus, en période de volatilité, c’est toujours une bonne idée d’examiner si ces conseils en placement ont toujours leur raison d’être ou s’ils sont devenus des reliques du passé, tout comme ces images en noir et blanc d’une vieille télévision RCA.

Le fait d’acheter en baisse et de vendre en hausse ne nécessite pas vraiment de réflexion sérieuse. C’est l’objectif de tout investisseur et il en sera toujours ainsi. La véritable question qui se pose est comment y parvenir. Si les deux autres conseils en placement peuvent toujours aider les investisseurs à atteindre cet objectif, j’en suis venu à la conclusion qu’ils ont vraiment besoin d’être mis à jour. Pour leur rendre justice, chacun des conseils mérite un article à part, si bien que dans le cadre de cette chronique, je commencerai par « acheter et conserver ».

Peter Drake

Petit cours d’histoire
Il convient de commencer par un petit cours d’histoire. Au départ, le concept d’acheter et de conserver ses placements était une stratégie de sélection de titres. Elle émanait de l’approche de placement de valeur décrite dans le livre de Benjamin Graham, L’investisseur intelligent, publié en 1949, qui a fortement influencé Warren Buffet. C’est ce dernier qui l’a rendue célèbre. Déjà, cela démontre qu’il nous faut réfléchir dans le contexte plus étendu d’aujourd’hui. À l’origine, il s’agissait de soigneusement choisir des actions de quelques sociétés sous-évaluées dotées d’excellentes perspectives de croissance et de s’y accrocher.

Cette approche a fait l’objet de nombreuses analyses depuis la reprise après la crise financière mondiale et je ne rabâcherai pas ici les arguments pour et contre. Je tiens simplement à mettre en évidence l’une des caractéristiques extrêmement intéressantes de cette stratégie, qui est le fait qu’après avoir pris une décision de placement bien réfléchie, l’investisseur peut se reposer et ne pas se soucier des fluctuations quotidiennes du marché parce qu’à long terme, les marchés finiront par récompenser la patience de l’investisseur. Dans les marchés particulièrement volatils que nous connaissons, cette idée aurait certainement de l’attrait pour beaucoup d’investisseurs. Le problème qui se pose est le suivant : y a-t-il des titres que les investisseurs peuvent acheter et conserver en toute confiance dans une période où tout semble être bouleversé à chaque tournant?

À mon avis, il y en a, oui. Ce que j’aimerais proposer, c’est une approche mise à jour qui aiderait les investisseurs à être moins préoccupés, mais plus important encore, qui tiendrait compte des nombreux changements qui sont survenus sur les marchés et chez les investisseurs depuis que l’idée d’acheter et de conserver a été lancée.

Les changements qui ont touché les investisseurs
Pensons d’abord aux changements qui ont touché les investisseurs et l’investissement. Premièrement, il existe beaucoup plus d’investisseurs particuliers qu’auparavant. Par conséquent, il faut gérer un nombre fortement supérieur de besoins et de préférences des investisseurs. L’industrie des services financiers a réagi énergiquement en offrant des conseils et une grande diversité de nouveaux produits qui répondent à chacun des besoins en matière de finances et d’investissement.

Deuxièmement, pour bon nombre de clients, l’investissement n’est plus une activité qui sert tout simplement à faire de l’argent. De nos jours, on investit plus souvent qu’autrefois en vue d’atteindre des objectifs. Il ne s’agit pas ici d’objectifs généraux ayant trait à la prospérité future, mais plutôt d’objectifs précis à atteindre, comme économiser pour sa retraite ou payer les études de ses enfants. En d’autres termes, lorsque les investisseurs déterminent comment investir de façon à réaliser leurs objectifs personnels, ils doivent garder en tête qu’ils risquent de ne pas atteindre leurs objectifs et évaluer le risque associé à leurs marchés et produits d’investissement.

Troisièmement, les objectifs des investisseurs changent plus souvent et plus rapidement qu’auparavant. Il s’agit ici de modification de la situation familiale comme le mariage et le divorce ou de modification des aspirations des investisseurs concernant leurs projets de retraite ou encore d’autres objectifs de placement comme le type d’études supérieures envisagées par leurs enfants et l’établissement d’enseignement choisi.

Quatrièmement, on a assisté à une grande diffusion de renseignements sur l’investissement. Certains renseignements sont utiles, mais ce n’est pas le cas de la plupart d’entre eux. Néanmoins, cette situation a nui à bon nombre d’investisseurs parce qu’ils sont beaucoup plus influencés par les événements qui surviennent sur les marchés (ou plutôt par ceux que leur rapportent les nouvelles des marchés), ce qui signifie qu’il faut mettre à jour les profils d’investisseur beaucoup plus souvent que par le passé. Cet aspect s’ajoute aux facteurs habituels qui influent sur les profils d’investisseur, notamment la tolérance au risque, l’âge et le moment où les fonds seront nécessaires. En plus de ce qui précède, certains tiennent compte de considérations « éthiques » qui ont une incidence sur toute leur sélection de placements.

En analysant ces changements selon une perspective globale, j’en ai tiré quelques conclusions. Tout d’abord, chaque investisseur a besoin de placements qui correspondent à son profil. Cela n’a pas changé. Ainsi, il est encore pertinent d’acquérir des actions pour profiter d’un potentiel de croissance à long terme, des titres à revenu fixe pour réduire la volatilité du portefeuille et des placements liquides à court terme pour composer avec les urgences. Par contre, le nombre de choix de placements et de profils d’investisseurs particuliers a grandement augmenté, ce qui crée une incidence sur le processus de sélection de placements.

Les changements qui sont survenus sur les marchés
Examinons maintenant les changements qui surviennent sur les marchés. Quel monde dynamique! En termes concrets, certaines entreprises sont en pleine croissance et en bonne santé, tandis que d’autres ne le sont pas. Certains gouvernements ont des finances saines, alors que ce n’est pas le cas pour d’autres. Il semble que les changements de situation (de croissance à recul, ou encore de bonne à mauvaise santé fiscale) surviennent plus rapidement qu’autrefois. J’admets que je n’ai effectué aucune analyse quantitative pour étayer ce point. Toutefois, il n’est pas pertinent de savoir si le processus s’accélère ou non ou s’il semble s’accélérer uniquement : nous devons quand même traiter la question.

En raison de ces changements, certaines entreprises offrent des placements qu’il convient absolument d’acheter et de conserver, tandis que ce n’était pas le cas il y a dix ans. Inversement, certaines entreprises ont peut-être déjà offert des titres qu’il convenait d’acheter et de conserver, alors que ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui. Cette situation s’applique parfaitement aux obligations d’État. Souvenons-nous que le gouvernement fédéral des États-Unis affichait un surplus annuel en 2000 et en 2001. Aujourd’hui, la situation est complètement différente, bien que les taux d’intérêt des marchés puissent laisser croire autrement si l’on ne tient pas compte du portrait global de la situation.

Les changements dont il est question ci-dessus sont en partie engendrés par l’évolution géographique des zones de croissance de l’économie et des investissements. Il existe maintenant beaucoup plus d’endroits, notamment les économies émergentes à croissance rapide (et non seulement notre pays), où des entreprises offrent des titres qu’il convient d’acheter et de conserver, alors que ce n’aurait pas été le cas par le passé. Ces changements s’expliquent en partie par l’évolution des technologies et des goûts des consommateurs.

Où en sommes-nous?
Nous avons donc examiné les changements importants chez les investisseurs et sur les marchés de placement. Alors, où en sommes-nous?

Je conseille qu’un investisseur doive envisager le concept d’acheter et de conserver comme une stratégie de placement à long terme plutôt qu’une stratégie d’achat de titres au cas par cas. Il s’agit d’un plan qui tient compte de la tolérance au risque de l’investisseur, de son âge et du moment où ses fonds lui seront nécessaires. De plus, ce plan prend en considération l’évolution de la conjoncture économique et boursière, des options de placement et, plus important encore, de la situation propre à chaque investisseur.

Il est évident qu’un bon plan d’investissement à long terme (qui permet à l’investisseur de comprendre pourquoi il souhaite acheter et conserver) tient compte de nombreux éléments. En d’autres termes, un bon plan sera très probablement complexe, dynamique et totalement axé sur l’investisseur. C’est pourquoi je souligne régulièrement, dans les colloques d’investisseurs où je donne des conférences et dans les vidéos diffusées sur le site fidelity.ca, qu’il est fort utile d’obtenir l’aide d’un conseiller financier. En plus de mettre à contribution ses connaissances spécialisées, le conseiller représente un autre avantage pour l’investisseur, qui peut compter sur un tiers objectif pour l’orienter et l’aider à traverser les changements inévitables qui surviennent dans la vie de chaque investisseur.

Si vous êtes d’accord avec moi jusqu’à maintenant, vous avez sans doute songé aux répercussions pour vous, les conseillers financiers. En résumé, vous avez beaucoup de travail : bien connaître chacun des clients, s’informer de leur vie au moyen d’une communication fréquente et d’examens des investissements, connaître les marchés et évaluer la distinction de plus en plus importante entre l’influence des événements macroéconomiques et de la sélection fondamentale de placements et, par-dessus tout, savoir combiner ces deux aspects d’une façon qui convient à chaque client.

En conclusion, la stratégie « acheter et conserver » se porte bien. Cependant, on devrait modifier sa définition de façon à refléter les changements touchant les investisseurs et les marchés. J’aime encore suivre les matchs de la LNH à la maison. Même si j’aime me rappeler l’époque où j’écoutais les matchs à la radio, je choisis de conserver mon image en haute définition.

Pour lire toutes les chroniques de Peter Drake, cliquez ici.

Peter Drake est vice-président, Retraite et recherches économiques, Fidelity Investments Canada. Fort de plus de 35 années d’expérience à titre d’économiste, il dirige les initiatives de recherche de Fidelity axées sur la retraite au Canada à notre époque.

Les opinions exprimées sur une société, un titre, une industrie ou un secteur du marché en particulier représentent un point de vue personnel à un moment donné et ne constituent pas nécessairement celles de Fidelity ou d’autres personnes au sein de l’organisation. Ces opinions sont appelées à changer à tout moment en fonction de l’évolution des marchés et des autres facteurs, et Fidelity décline toute responsabilité en ce qui a trait à la mise à jour de ces points de vue. Ces opinions ne peuvent pas être considérées comme des conseils en placement fiables.

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