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Familles recomposées : un parent averti en vaut deux

4 mars 2013 | Sophie Stival

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Le Québec affiche le pourcentage le plus élevé de familles recomposées au pays. Entre tes enfants, les miens et les nôtres, comment vit-on une plus grande harmonie familiale et financière?

Dans la Belle Province, on compte près de 150 000 familles reconstituées. Ce qui représente plus de 16 % des couples avec enfants. De nombreuses recherches démontrent que ces ménages font face à des contraintes économiques et familiales importantes. Les conseillers peuvent bien sûr aider ces clients à mieux comprendre les conséquences de leur situation sur leur avenir financier et celui de leur progéniture.

Malgré un taux de divorce relativement stable depuis 20 ans, pourquoi y a-t-il plus de familles recomposées qu’avant? Marie-Christine Saint-Jacques, travailleuse sociale, professeure et chercheuse à la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval, pointe du doigt la fragilité des unions libres et le fait que ces ruptures surviennent de manière plus précoce. « Les couples se séparent de plus en plus tôt dans leur histoire alors qu’ils ont souvent des enfants à la maison. Ils sont donc plus susceptibles de fonder une nouvelle famille », constate-t-elle.

Avec la recomposition familiale sont ainsi nés des belles-mères, des beaux-pères, des demi-frères, des demi-sœurs, sans oublier des quasi-frères et quasi-sœurs qui n’ont aucun lien de sang entre eux. Tout ce beau monde vit à temps plein ou partiel sous le même toit. Les relations sont évidemment plus complexes à gérer que dans un ménage traditionnel. Le partage des tâches et des responsabilités peut aussi être source de conflits. « N’oublions pas que dans ces foyers, ce sont d’abord les couples qui se sont choisis. Les enfants embarquent ensuite dans l’aventure. Le plus grand défi des familles recomposées, c’est l’établissement des rôles et des relations. Toutes ces nouvelles personnes doivent maintenant apprendre à vivre ensemble », rappelle Mme Saint-Jacques.

Une adaptation qui peut coûter une beurrée

Le bien-être de ces familles repose avant tout sur l’adaptation de l’enfant au moment de la séparation de ses parents biologiques et lors de la recomposition. Ce dernier vivra en effet plusieurs transitions telles que l’arrivée d’un nouveau conjoint et parfois des enfants de celui-ci. La qualité du contact, le temps et les ressources consacrés aux enfants sont donc primordiaux.

Évidemment, cette adaptation revêt un aspect économique qu’on ne peut ignorer et duquel découlent de nombreuses questions. « Un revenu familial dans un foyer recomposé peut différer grandement de celui dont les parents ne sont pas séparés », note Mme Saint-Jacques. Contrairement à la croyance populaire, certaines familles monoparentales vivent des situations financières plus difficiles lorsqu’un nouveau conjoint entre en scène. Par exemple, un beau-père peut ne rien payer à sa partenaire et à ses enfants si lui-même doit subvenir aux besoins de sa marmaille née d’une précédente union.

Au quotidien, la gestion du budget familial peut devenir problématique. On se divise les frais de logement, mais qu’en est-il de l’épicerie, de la voiture, des sorties? Quand les couples ont des revenus très différents, une répartition proportionnelle de ces déboursés est encouragée. Un partage équitable des dépenses permet ainsi que chacun gagne au change. En général, les familles recomposées sont également plus nombreuses et ont besoin d’un logement plus spacieux. Dès qu’il y a une garde partagée, on doit donc comptabiliser les coûts liés à l’aménagement de deux milieux de vie pour les enfants tels que la chambre à coucher, plus de vêtements et parfois un ordinateur chez chacun des parents.

Une rivalité s’installe parfois entre les nouveaux conjoints quand, par exemple, un enfant a déjà des régimes enregistrés d’épargne-études (REEE) et l’autre non. Qui paiera alors les études supérieures de celui qui n’a pas de REEE? Me Catherine Clément-Talbot, avocate et présidente de l’Association de médiation familiale du Québec, est d’avis que la famille élargie peut jouer un rôle dans de tels cas. Elle suggère notamment aux grands-parents qui ont une situation financière confortable d’ouvrir un REEE aux noms de leurs petits-enfants ou même de leur donner de l’argent quand ils sont jeunes adultes afin qu’ils cotisent à un CELI. Les conseillers peuvent évidemment jouer leur rôle en étant attentifs aux inquiétudes qu’expriment leurs clients.

Une fiscalité pénalisante

D’un point de vue fiscal, la venue d’un nouveau conjoint est généralement pénalisante pour les foyers qui ne comptent qu’un parent, affirme la notaire et fiscaliste Caroline Marion, de Trust Banque Nationale. Après un an de vie commune, l’impôt québécois calcule la plupart des déductions en fonction du revenu familial. « Un parent seul ayant la garde des enfants peut réclamer un crédit équivalent au montant pour conjoint. Cette somme supplémentaire compense l’absence de conjoint », explique Me Marion. Ceux qui ont de faibles revenus peuvent perdre entièrement ce crédit d’un peu plus de 2000 $ s’ils forment un foyer recomposé puisque le nouveau venu comble la place du conjoint. « Pourtant, ce dernier ne contribue souvent pas aux dépenses familiales, particulièrement les premières années de vie commune », explique-t-elle.

Après la séparation, les couples doivent s’entendre sur les décisions à prendre. Plusieurs visions s’opposent et cela peut donner lieu à des négociations houleuses. « Lorsqu’il existe une mésentente entre les parents séparés et qu’un nouveau conjoint s’ajoute au portrait, bien des suggestions, des conseils financiers et fiscaux peuvent, sous le coup de l’émotion, être rejetés », remarque Natalie Hotte, fiscaliste et planificatrice financière à la Banque Nationale Gestion privée 1859. Il s’agit parfois de déterminer qui aura l’enfant à sa charge dans sa déclaration de revenus, par exemple. Si le couple a un nombre impair d’enfants, cela peut devenir compliqué.

« Dans bien des planifications financières, il est essentiel d’inclure l’ex, ou du moins de lui parler pour coordonner les actions à poser. Tout ce qui est versé entre les conjoints séparés, comme la pension alimentaire ou d’autres ententes de dépenses, peut avoir une incidence fiscale importante pour ceux-ci », rappelle Mme Hotte. Parfois, le conjoint veut bien faire en payant les frais de garde, par exemple. Plusieurs ignorent qu’en déboursant ces montants alors qu’ils n’ont pas la garde durant la semaine peut avoir comme conséquence que personne n’aura droit à un remboursement…

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