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Affaires

FNB de dividendes c. fonds traditionnels : un match gagné d’avance?

31 mai 2013 | Gérard Bérubé

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La faiblesse des rendements et la hausse anticipée des taux d’intérêt ont propulsé le fonds de dividendes au rang de produit vedette. Mais entre un fonds conventionnel et un FNB, mon cœur balance.

Les fonds de dividendes ont été à la mode en 2012. Cette catégorie de fonds a bénéficié jusqu’ici d’un environnement favorable, caractérisé par la volatilité des cours boursiers, la faiblesse des rendements des titres à revenu fixe et la hausse attendue des taux d’intérêt, qui a engendré un mouvement de sortie des fonds obligataires favorisant les fonds de dividendes. Mais ils se heurtent, au début de 2013, à la réticence de plusieurs analystes et gestionnaires, qui estiment que cet engouement a alimenté une surévaluation des actions offrant un dividende. S’ajoutent l’incidence des anticipations d’une correction du marché immobilier et cette hausse attendue des taux d’intérêt, qui pourraient affecter négativement le cours des actions des institutions financières, très présentes dans les portefeuilles de fonds de dividendes.

« Cette crainte d’une cherté à venir des titres offrant un dividende est bien fondée. Et la distorsion provoquée par ces capitaux sortant des fonds d’obligations amplifie l’effet de surévaluation », observe Michel Marcoux, président du cabinet Avantages Services Financiers. Question d’illustrer la sensibilité des titres à revenu fixe à une remontée éventuelle du loyer de l’argent, M. Marcoux rappelle l’affirmation d’un spécialiste du marché obligataire : si l’obligation à échéance de 30 ans revenait à son taux historique de 5,7 %, son cours chuterait de 58 %. « Avec cet exemple, on peut mieux comprendre les hésitations des gestionnaires et les nécessaires arbitrages, poursuit-il. Toutefois, au-delà de cette question de fluctuation des cours sous-jacents, le rendement en dividende reste là. Il en est également ainsi du potentiel de croissance à long terme du cours de l’action. » Au demeurant, Michel Marcoux estime qu’un fonds de dividendes, qui combine le traitement fiscal avantageux accordé au dividende et au gain en capital, peut être un outil idéal hors REER et pour les retraités.

Les FNB En chiffres

  • – Au Canada, sept manufacturiers proposent 263 FNB. 
  • – Leur actif atteignait 56,4 milliards de dollars au 31 décembre 2012. Ce poids ne représente que 7 % de l’actif géré dans les fonds d’investissement traditionnels, qui oscille autour de 850 milliards.
  • – Les FNB ne comptent que pour 1,5 % du portefeuille des Canadiens. Un peu moins de la moitié de l’actif géré dans les FNB se retrouve entre les mains d’investisseurs institutionnels.

La grande différence : les frais
Cette mise en garde étant, on en revient à cette nécessaire comparaison entre un fonds conventionnel et un fonds négocié en Bourse (FNB). Michel Marcoux évoque, d’entrée de jeu, le différentiel de frais de gestion, favorable au FNB. Le spécialiste en fonds d’investissement apporte cependant une précision : « Le FNB achète le marché. Il n’y a pas ou peu d’intervention humaine, les frais de gestion sont donc plus faibles. Mais il arrive que le conseiller exige des honoraires plus élevés, ce qui vient atténuer, voire annuler l’avantage. » Elisabeth Préfontaine, directrice au Québec, iShares, chez BlackRock Canada, précise que les frais de gestion d’un FNB oscillent entre 0,35 et 0,5 % en l’absence de gestion active, contre près de 2 % pour un fonds d’investissement. « Sur un rendement annuel de 5 ou 6 %, cela fait une grande différence ! », insiste-t-elle. Le FNB étant négocié en Bourse, il faut y ajouter les frais de transaction, à l’achat et à la vente. Ces frais seront cependant minimisés si l’investisseur fait appel aux services d’un courtier à escompte. Viennent également s’additionner, le cas échéant, des frais de couverture d’un risque particulier, par exemple l’effet devises. Mais, au total, l’avantage demeure aux FNB, même si les frais de gestion des fonds traditionnels sont désormais engagés dans une tendance baissière.

« C’est aussi une formule d’investissement plus liquide, puisqu’on entre et sort du marché comme on veut », ajoute la spécialiste de BlackRock. Michel Marcoux renchérit : « Le cours d’un FNB est plus volatil que celui d’une part d’un fonds de dividendes conventionnels parce qu’il réagit plus rapidement. La hausse sera plus élevée dans un mouvement haussier, alors que la baisse sera moindre dans un mouvement baissier. »

Le coût et la volatilité ne sont pas les seuls critères. « Un FNB sera, aussi, plus transparent. Il offre à l’investisseur une vision plus précise de la composition du portefeuille », souligne Elisabeth Préfontaine. Alain Desbiens, vice-président Ventes régionales, FNB BMO, retient également cet élément : « Un FNB est plus ciblé. On peut bien voir ce qu’il y a à l’intérieur. » Ce qui fait dire à Michel Marcoux : « Dans un fonds de dividendes, il faut porter une attention particulière à la composition du portefeuille, au mix entre actions ordinaires et actions privilégiées. Beaucoup de fonds contiennent peu ou pas d’actions privilégiées. »

Attention à la liquidité
Dans la liste des critères de comparaison et de sélection, outre la notion de coûts, la vérification diligente du prospectus s’étendra également à l’identité du fournisseur, au degré d’exposition du fonds, à sa structure et à sa liquidité. Sur ce dernier point, plusieurs études américaines ont fait ressortir ces dernières années que derrière l’image d’un FNB s’apparentant à un fonds d’investissement ou à un titre indiciel négocié en Bourse peut se cacher toute une hiérarchie de jeux de contrepartie, de recours à des dérivés et de prêts de titres susceptibles de faire de cet outil un instrument à fort levier. Dit simplement, si le FNB est un instrument hautement liquide, son sous-jacent peut ne pas l’être, ce qui vient ajouter un élément de risque en cas de fortes tensions sur les marchés.

Dans l’une de ces études rendues publiques en 2011 par FidRisk, qui se définit comme un programme de surveillance collectif de caisses de retraite visant de meilleures pratiques fiduciaires, il est mentionné que « le FNB rapporte si peu à ses promoteurs que ceux-ci gagnent la majeure partie de leurs revenus en prêtant plus de la moitié des titres sous-jacents censés composer la corbeille du fonds ». Le FNB peut ainsi afficher, dans les faits, une structure à levier et se retrouver ultimement à découvert.

D’où l’importance, pour l’investisseur, de s’informer du risque de liquidité inhérent à la structure se profilant derrière le FNB. Et l’importance, aussi, pour le conseiller, de procéder à une analyse en fonction du profil d’investisseur de son client.

Accès aux petits portefeuilles
Revenons sur cette comparaison entre les grilles tarifaires, qui confère un léger avantage aux FNB. Cet écart s’obtient généralement au prix d’une gestion passive ou indicielle, alors que les fonds traditionnels s’appuient normalement sur la gestion active. Qu’en est-il de la contribution de ces deux grands modes de gestion? « L’histoire nous enseigne qu’il peut être difficile de battre une combinaison approche indicielle/frais de gestion moindres. Dans les faits, toutefois, la gestion active va généralement offrir une performance supérieure dans les marchés baissiers alors que la gestion indicielle l’emporte dans des marchés haussiers », répond M. Desbiens.

Il ajoute que dans le classement PALTrak, les FNB se situent généralement dans le premier ou le deuxième quartile selon le rendement, justement en raison des frais de gestion moindres.

Cela dit, tout ne favorise pas que les FNB. On accorde ainsi aux fonds d’investissement traditionnels l’avantage de l’accessibilité aux plus petits portefeuilles. Ces fonds peuvent généralement être achetés à partir d’un investissement initial de 500 $, ou selon la méthode de la moyenne d’achat imposant normalement un plancher de 50 $ par mois. Pour sa part, le FNB s’achète généralement en lots réguliers de 100 actions, ce qui suppose un achat minimal plus élevé.

Alain Desbiens parle également de souplesse. Il pense à ces fonds d’investissement de catégorie F, à honoraires, qui permettent au conseiller de négocier directement sa rémunération avec le client. Il pointe aussi en direction des fonds de classe T, pertinents pour les comptes non enregistrés, qui proposent une structure de revenu mensuel à imposition privilégiée ou différée qui vient abaisser ou annuler l’incidence fiscale sur la distribution. « Au Canada, près de 35 % de l’actif financier des particuliers se retrouve hors REER », fait remarquer le vice-président de BMO.

Ces considérants étant, Alain Desbiens voit une belle complémentarité entre les FNB et les fonds traditionnels. « Les conseillers ne veulent pas nécessairement délaisser l’expertise. Mais ils veulent de plus en plus introduire une notion indicielle. » Elisabeth Préfontaine est pour sa part moins conciliante. « Le FNB est une bonne option pour tous les types d’investisseurs. Il introduit une relation directe entre un rendement et un risque spécifique. Ils sont de plus en plus populaires pour trois raisons : les investisseurs sont mieux renseignés, ils vivent plus longtemps et ils ont besoin de plus de rendement. Sur ce dernier point, le fonds d’investissement, avec un rendement de 5 % amputé de frais de gestion de 2 %, ne livre pas la marchandise », conclut-elle.

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