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Économie

FNB : gestion indicielle 2.0

2 avril 2013 | Atul Tiwari | Commenter

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Bien que les fonds négociés en Bourse (FNB) soient apparus au Canada en 1990, beaucoup d’investisseurs connaissent encore mal ces produits. Tant au Canada qu’aux États-Unis, où ces instruments sont davantage implantés, on entend dire que les FNB sont un produit supérieur, car meilleur marché et plus souple que les fonds communs classiques.

Ce dont beaucoup de gens n’ont pas conscience, c’est que ces « nouveaux » produits représentent le prolongement d’un concept plus ancien, soit la gestion indicielle ou passive. C’est elle qui peut être considérée comme l’innovation originale, les FNB n’en étant que la nouvelle incarnation.

Pour certains fournisseurs de FNB, le fait que ces produits attirent énormément de capitaux est la preuve qu’ils représentent une grande amélioration par rapport aux fonds communs. Les critiques, quant à eux, expriment certaines préoccupations selon lesquelles les FNB comportent davantage de risques que les fonds communs. Aucune de ces affirmations n’est entièrement vraie. Les FNB sont assujettis aux mêmes règlements et comportent les mêmes risques et avantages que les autres types de fonds communs.

Qu’en est-il réellement?
La croissance des FNB s’explique avant tout par la popularité croissante de la gestion indicielle. Les institutions l’ont adoptée depuis longtemps, et elle fait maintenant des adeptes parmi les intermédiaires financiers comme les conseillers, qui préfèrent traditionnellement les actions individuelles, les comptes en gestion distincte et les fonds communs gérés activement. Les FNB offrent à ce groupe un moyen pratique et souple d’aborder la gestion indicielle.

Le principal intérêt des FNB réside dans leurs caractéristiques indicielles : faibles coûts, bonne diversification, rentabilité fiscale et rendements relativement prévisibles. Les FNB sont semblables aux fonds indiciels classiques en ce qu’ils se composent, comme ces derniers, d’un panier de titres représentatif d’un indice sous-jacent.

Par exemple, un FNB MSCI Canada est un panier composé de tous les titres qui constituent l’indice Morgan Stanley Canada. Les FNB représentatifs d’autres segments du marché, comme les marchés émergents, les obligations ou les actions américaines, suivent aussi des indices de référence particuliers. Les FNB qui cherchent à reproduire le rendement d’un indice boursier ou obligataire sont assujettis aux mêmes risques que les fonds indiciels classiques, soit le risque de marché et le risque d’erreur de suivi (risque que le rendement du fonds ou du FNB s’écarte de celui de son indice de référence).

Les FNB qui utilisent une structure synthétique – fonds dont l’exposition au marché est atteinte au moyen d’un swap plutôt que par l’achat d’actions ou d’obligations – sont moins courants au Canada. Ce type de structure peut comporter des risques supplémentaires, notamment le risque de contrepartie et le risque de garantie.

Cela dit, qu’ils investissent dans des actifs physiques ou dans des swaps, les FNB poursuivent tous le même but : simuler le rendement d’un indice.

Les fournisseurs de FNB (ou de fonds indiciels) ne parviennent pas tous avec le même succès à reproduire fidèlement le rendement d’un indice de référence.

Peu importe qu’un FNB investisse dans des actifs physiques ou dans des swaps, c’est véritablement la façon dont son prix est fixé qui le distingue des fonds indiciels classiques. Le prix d’un fonds commun est fixé en fin de séance et ses parts peuvent habituellement être achetées auprès d’une société de fonds communs. Les FNB sont négociés – et leur prix fixé – tout au long de la séance sur une plateforme de courtage.

Que font les conseillers des FNB?
Même si la liquidité et la souplesse de négociation des FNB peuvent sembler se prêter principalement aux tactiques de gestion de portefeuille à court terme, d’après notre expérience, les conseillers utilisent les FNB pour acquérir une exposition à long terme à de vastes segments de marché, en particulier lorsque leur plateforme ne leur permet pas d’accéder aux fonds indiciels classiques.

Bien sûr, les FNB peuvent au besoin être utilisés dans le cadre de tactiques de gestion de portefeuille à court terme. Par exemple, un conseiller peut surpondérer ou sous-pondérer certains segments du marché ou secteurs d’activité à l’aide de FNB, en fonction de son estimation des erreurs d’évaluation du marché.

Un conseiller qui pense que les actions à faible capitalisation surclassent généralement le marché lorsque l’économie sort de récession pourrait surpondérer un FNB d’actions à faible capitalisation durant de telles périodes. Les fonds spéculatifs, par exemple, recourent fréquemment aux FNB afin de parier sur les rendements du marché ou d’un segment particulier du marché en prenant une position exclusivement acheteur ou vendeur.

Enfin, cette souplesse de négociation peut avantager les clients qui passent d’un conseiller à un autre ou qui vendent des placements dans le cadre d’un changement de stratégie de portefeuille. Les FNB peuvent réduire le « frein au rendement » exercé par les liquidités jusqu’à ce que les actifs soient réinvestis.

FNB ou fonds communs?
Un FNB comporte habituellement un ratio de frais moins élevé qu’un fonds commun comparable, mais il y a d’autres coûts à prendre en considération.

Comme lors de l’achat d’actions, les investisseurs qui achètent des FNB doivent payer l’écart de cours, soit la différence entre le cours acheteur et le cours vendeur du FNB.

L’écart de cours est fortement tributaire de la liquidité du marché, de l’ampleur de l’indice sous-jacent et des événements qui se produisent quotidiennement sur le marché. Comme dans le cas de n’importe quelle action, l’achat ou la vente d’un FNB peut également entraîner des commissions de courtage.

Les investisseurs doivent faire quelques calculs pour déterminer l’option la plus sensée, compte tenu de la période de détention prévue : soit un fonds comportant des coûts de négociation, mais un ratio de frais plus bas, soit un fonds sans coûts de négociation comportant un ratio de frais plus élevé.
Pour la plupart des investisseurs à long terme, les économies liées à un ratio de frais plus bas l’emportent sur les coûts de négociation ponctuels associés à l’achat du FNB.

Pour les investisseurs à court terme, le ratio de frais a moins d’importance. Il y a un seuil de rentabilité à prendre en considération (voir Rentabilité des placements à court et à long termes).

Les investisseurs qui veulent faire de la gestion indicielle une des composantes de base de leur portefeuille doivent comparer les fonds et les FNB pour trouver ceux qui comportent les coûts totaux les plus faibles, l’indice de référence le mieux construit pour un segment de marché donné et les meilleurs antécédents du point de vue du suivi de l’indice de référence.

On reproche par ailleurs aux FNB d’être plus risqués que les fonds indiciels classiques. C’est là pécher par généralisation, et des FNB très prudents et bien structurés souffrent d’un risque de réputation parce que certains produits complexes ou spécialisés ne donnent pas les résultats escomptés.

Il serait en effet bon d’examiner de plus près et d’essayer de mieux comprendre les produits complexes et non diversifiés afin de s’assurer qu’ils répondent aux besoins exprimés par les clients.

Tout placement doit répondre à un besoin à long terme pertinent et durable. Certains FNB spécialisés ne respectent pas ce critère, mais ce n’est pas l’apanage des FNB : de nombreux fonds communs classiques ne le respectent pas davantage.

La formation est essentielle pour aider les investisseurs à comprendre les risques liés aux nombreux types de FNB, de fonds communs et d’autres placements, ainsi que les différences entre ces derniers.

Atul Tiwari est directeur général de Placements Vanguard Canada inc.

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