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Fonds communs et commissions dénoncées par un journaliste : vos réactions

23 novembre 2010 | Commenter

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web_toile_internet_ordinateur_425Les récents propos du journaliste Michel Girard du quotidien montréalais La Presse au sujet des commissions rattachées à la vente de fonds communs vous ont fait réagir en grand nombre. Et vos réactions, à une exception près, vont dans le même sens.

Rappel des faits : le journaliste vedette a fait paraître lundi matin une chronique, intitulée Fonds communs: l’appât du conseiller,  dans laquelle il cloue au pilori les conseillers rémunérés sur la base de commissions. Il écrit notamment : « Quand un conseiller financier d’une firme de courtage ou d’un cabinet de planification financière ou d’assurances vous recommande d’investir dans telle ou telle famille de fonds communs de placement, ne soyez pas surpris s’il le fait par intérêt pécuniaire personnel. » Michel Girard y écrit aussi que les conseillers ne sont pas personnellement responsables de cette situation. « C’est la faute du système de rémunération de l’industrie canadienne des fonds communs. Le fonctionnement de celui-ci provoque une certaine surenchère entre les familles de fonds communs. Quoi de mieux que d’avoir une bonne commission pour convaincre les conseillers financiers de vendre leurs fonds », souligne-t-il.

Voici des extraits de vos nombreux courriels, reçus à la suite de la parution de notre article sur le sujet :

Vos réactions
« Je suis en colère (pour être poli…), écrit Jean-François Gauthier, conseiller en sécurité financière et représentant en fonds de placements de Gatineau. Non, mais encore nous, cible facile !!! Et les agents immobiliers, qui facturent 5 % ou 6 % c’est mieux ? (…) C’est facile de tirer sur les conseillers, ça fait vendre !, ajoute-t-il. Si j’ai un client qui investit 10 000 $ une fois, je recevrais au plus 400 $, et une commission de suivi de 40 $ par année. Je dois en premier lieu lui bâtir un plan, bien connaître ses besoins et lui recommander la meilleure solution ensuite je dois continuer à servir ce client m’assurer de bien suivre ses objectifs pour les prochains 10 ans et plus. Est-ce vraiment trop comme honoraires ? », demande-t-il en conclusion.

« Malheureusement, oui. Il y a toujours de très fortes chances avec des promotions – à la pièce ou des fonds clés en main – de fortement suggérer de vendre des fonds xx, toujours en respectant les règles de conformité. Je déplore le tout », souligne de son côté D., conseillère en finances personnelles et représentante en épargne collective dans une caisse populaire de la Rive-Nord, qui a préféré garder l’anonymat.

« Entre Girard et l’AMF, je ne sais pas lequel des deux fait le plus de tort aux conseillers qui ne travaillent pas dans les banque et institutions financières ! », écrit quant à lui un conseiller de l’Estrie, qui a préféré l’anonymat. « En tant que conseiller financier, nous nous devons de toujours regarder si les produits conviennent au profil d’investisseur, écrit-il plus loin. Mais ce qui est encore plus important c’est d’être capable de reconnaître que la qualité d’un produit ne dépend pas uniquement des frais de gestion. »

« Nous, les indépendants, notre seul tort, c’est de vouloir être rémunéré pour nos services !, signale-t-il enfin. Pourtant, les agents immobiliers, les conseillers en sécurité financière et les courtiers de plein exercice sont aussi payés à commission. Pourquoi n’y aurait-il que nous qui puissions être en conflits d’intérêts ? »

« On a de plus l’impression qu’il (NDLR: Michel Girard) prépare son CV pour postuler à l’AMF, affirme de son côté Michel, un lecteur de Québec. Là, il n’aurait pas besoin d’écrire pour être payé, il n’aurait qu’à le penser. »

Un lecteur réplique à Michel Girard
Un de nos lecteurs, Serge Michaud, pl. fin., conseiller en sécurité financière et courtier en épargne collective, a fait parvenir à Conseiller.ca le courriel qu’il envoyé au chroniqueur de La Presse. Le voici :

(Début du courriel adressé à Michel Girard)

M. Girard,

Je ne sais pas qu’elle est votre but en écrivant pareille xxx (NDLR: mot rayé), mais je vous demande de bien vouloir offrir à vos lecteurs une qualité d’information qui représente la vraie réalité.

Je m’explique :
Je suis planificateur financier depuis plus de 10 ans et j’utilise les fonds communs et fonds distincts dans ma pratique depuis le tout début. Comme vous le savez sûrement (puisqu’en tant que journaliste sérieux, vous avez sûrement fait une recherche complète sur le sujet), il y a plusieurs modes de rémunération possibles pour le conseiller qui offre des fonds communs. La commission dépendra donc des sortes de frais que le client a ou peut payer pour l’achat des fonds.

Les frais de rachat différés :
Le client paye seulement des frais si le rachat se fait au comptant (parce qu’il quitte la famille de fonds ou parce qu’il veut avoir son argent) et se pour une période de 5 à 7 ans pour la plupart des familles de fonds. Ces frais constituent un pourcentage de l’actif sous gestion et le pourcentage décroît avec les années. Donc, si le client n’a pas à encaissé les fonds ou ne désire pas changer de famille de fonds, il n’y aura donc pas de frais après cette période.

Du côté de la rémunération, le courtier touchera donc 5 % du montant total investi et touchera, par la suite, chaque année, une commission de suivi de l’ordre de 0,25 % toujours sur l’actif sous gestion.

Les frais d’acquisition :
Le client paye un montant initialement sur le montant investi selon une charte que le conseiller et le client déterminent avec un maximum de 5 % (normalement). Et le montant facturé au client représente donc la commission du courtier. Par exemple, un client qui investit 10 000 $ et paye 5 % aura donc 500 $ de frais et investira seulement 9 500 $. Le représentant peut également choisir de ne pas recevoir de rémunération et d’imposer des frais initiaux à 0 %. Dans les deux cas, il aura tout de même une commission de suivi de l’ordre de 1 % par année sur l’actif sous gestion. Dans tout les cas, le client n’aura aucuns frais s’il quitte cette famille de fonds par la suite.

Les frais de rachat réduit :
Tout comme les frais de rachat différés, les frais réduits sont des frais imposés lors du rachat, mais pour une période, normalement, de 3 ans, au lieu de 5 à 7 ans, et est décroissant également. Donc, après 3 ans, le client n’a plus de frais s’il désire sortir son argent de cette famille de fonds. Le courtier touchera une commission de l’ordre de 2 % (normalement) et touchera des commissions annuelles de suivi de l’ordre de 0,50 % ou 0,75 % (normalement).

Les frais de gestion (série F) :
Le client n’a aucuns frais, ni à l’entrée ni à la sortie, et les ratios de frais de gestion des fonds sont réduits pour permettre au conseiller de facturer directement au client des honoraires de gestion qui peuvent varier selon l’entente que le conseiller conclut avec son client.

Ceci étant dit, votre article est rempli de faits qu’il faut absolument nuancer.

Vous avez écrit :
« Comme vous le savez sans doute, lorsqu’on achète des parts de fonds communs de ces familles, le conseiller financier reçoit habituellement une commission de vente pouvant atteindre jusqu’à 5% de la somme investie. Que vous ayez opté pour l’option des commissions à payer à l’achat ou à la revente, cela importe peu pour le conseiller. Dès qu’il fait une transaction d’achat, ce dernier a droit à sa commission. »

Comme je vous l’ai expliqué plus haut, vous avez tout faux !

Dans ma pratique, 100 % de mes clients se font expliquer les frais et modes de rémunération, comme je viens de vous les décrire. Environ 85 % de mes clients sont avec des frais d’acquisition que j’applique à 0 %. Je me « met au bat » en misant sur le fait que je vais faire plus d’argent en commissions de suivi annuelle plus élevé (à 1 %), car je vais conserver mon client à long terme.

Vous comprendrez que si le client s’en va avec un autre conseiller après 2 ans, je perds de l’argent. De plus, j’ai tout avantage à ce que mon client fasse un bon rendement ou, dans les périodes difficiles, n’en perde pas beaucoup, puisque je reçois une rémunération plus importante si son portefeuille croît. Et je diminue ma rémunération si son portefeuille baisse.

Le fait de ne pas avoir de frais à l’achat ou à la sortie fait en sorte que je peux changer de famille de fonds au besoin sans avoir prendre en considération que des frais pourrait s’appliquer si je désire le faire pour mes clients.

Je vous ferai remarquer également que plusieurs études de notre industrie démontrent que le taux de rendement réel des détenteurs de part de fonds communs est souvent plus faible que le taux de rendement réel du fonds lui-même. La raison est simplement que les investisseurs ne conservent pas à long terme leurs placements. Plusieurs clients nous demandent de changer régulièrement leur portefeuille parce qu’ils lisent des articles de journaux vantant certains produits financiers qui ont donné un rendement supérieur à leur portefeuille. Il vous arrive souvent de faire justement cette erreur monumentale… Dois-je vous rappeler que le rendement passé est justement passé !!!

Pourtant ce n’est pas nécessairement la meilleure stratégie, la preuve est que le rendement réel des investisseurs est souvent plus faible que le rendement du fond. Alors si le client devrait rester investi, pourquoi les frais de rachat sont un problème ?

Vous avez écrit :
« Précision importante: si les conseillers des firmes de courtage et des cabinets de planification financière ne vous offrent pas d’acheter des parts des fonds communs distribués par les grandes banques canadiennes, c’est tout simplement parce qu’ils ne sont pas rémunérés. Je les comprends: on a tous besoin de gagner sa vie. »

FAUX. Je peux et je distribue plusieurs fonds communs de la Banque xxx (qui sont exactement les mêmes que ceux offert en succursale, à la nuance près qu’une structure de frais et de commissions est disponible tel que décrite plus haut). Je distribue également des fonds de la xxx, xxx et xxx.

Vous parlez de surenchère sur les taux de commissions. Pourtant ,la très grande majorité des taux de commission sont extrêmement comparables d’une famille à l’autre.

Vous parlez de commissions de suivi qui sont plus importantes dans certains fonds versus d’autre. BON ENFIN UNE VÉRITÉ ! Effectivement, les fonds d’actions accordent plus que les fonds d’obligations ou de marché monétaire. Il arrive même que certains fonds de marché monétaire ne donnent rien comme commission de suivi.

Je vous ferai remarquer que les conseillers n’ont aucun contrôle sur le taux de commission des firmes. Le problème ne vient donc pas des conseillers pour ce point.

Vous avez écrit :
« En raison de cette surenchère entre les familles de fonds communs de placement, cela place malheureusement le Canada en haut de la liste des pays où les frais de gestion des fonds communs de placement et des fonds distincts sont les plus élevés du monde. »

Dans cette analyse vraiment rapide que vous faites des frais de gestion, vous ne prenez pas en considération le fait que dans d’autre pays, la pratique d’utiliser les séries F est beaucoup plus répandue. Et que si on additionne les frais de gestion facturés et les frais de gestion du fonds, le total est beaucoup plus comparable.

Vous avez écrit :
« Autre désagréable conséquence du système de rémunération de l’industrie des fonds communs de placement: des conseillers ont la vilaine habitude de recommander à leurs clients de changer de familles de fonds environ tous les cinq ans. »

FAUX. Un conseiller peut faire également un transfert vers une série à frais d’acquisition pour aller chercher une commission de suivi plus importante. Je dois préciser ici que les familles de fonds n’augmentent pas les commissions de suivi, une fois que la structure de frais de rachat est terminée. Donc si le client à fait plus de 7 ans dans les fonds, la famille a récupéré la commission et pourrait donc payer une commission de suivi plus importante au courtier automatiquement. Mais non, elle ne le fait pas.

Votre article est donc tout à fait tendancieux et je trouve que vous ne rendez pas service ni à vos lecteurs ni à l’industrie et ni à vous. Le lecteur est mal informé. L’industrie est présentée comme un monstre et vous passez pour un journaliste qui tourne les coins ronds en n’étant vraiment pas objectif dans vos propos.

Je terminerai en vous disant que les banques ne font pas mieux. Leurs employés ont des objectifs de vente à atteindre et doivent donc envoyer leurs clients dans des produits de fonds communs parce que les CPG ou les fonds de marché monétaire ne comptent pas dans leur objectif… Est-ce mieux ? Est-ce que les clients sont mieux conseillés ? La commission n’est plus un problème… mais le bonus de fin d’année, lui, ce n’est pas comme une commission ???

Ici encore, le problème n’est pas le conseiller en succursale, c’est l’institution financière qui lui dicte les règles pour l’atteinte de son bonus. J’espère donc que vous aurez au moins le professionnalisme de revenir pour expliquer clairement que l’article manquait d’explications et de nuances. Je vous accorde la possibilité de me citer. Je n’ai vraiment pas peur de mes opinions et de mes prises de position.

Merci

Serge Michaud
Pl. fin.
conseiller en sécurité financière
courtier en épargne collective

(Fin du courriel adressé à Michel Girard)

Pour lire la chronique de Michel Girard, cliquez ici.

Pour lire la réplique de Fabien Major, cliquez ici.

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