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France : quand le commerçant du coin s’improvise banquier

27 mai 2016 | La rédaction | Commenter

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cartes_credit_main_tendre_endettement_dettes_425En France, on va chez le buraliste comme on se rend au dépanneur au Québec. Pour acheter un paquet de cigarettes, surtout, mais aussi des croustilles, des bonbons ou un magazine. Mais de plus en plus de Français y vont aujourd’hui pour ouvrir un compte. Depuis mercredi, ils sont en effet 300 000 à être possesseurs de la carte Nickel. Sa particularité? Fonctionner sans banque.

« Il suffit de 20 euros [29 dollars], de fournir un numéro de téléphone portable et de scanner sa pièce d’identité sur une borne, pour ressortir avec sa carte de paiement et son relevé d’identité bancaire, peut-on lire dans un article du journal Le Monde paru mercredi. Nul besoin de montrer patte blanche en justifiant un niveau de ressources ni un dépôt minimum. Pour alimenter sa carte, deux options : effectuer un virement depuis Internet ou déposer du liquide au bureau de tabac. »

Une simplicité telle que 300 000 Français sont aujourd’hui à la tête d’un compte Nickel. Et ce, après seulement 27 mois d’exploitation. Le premier trimestre 2016 a ainsi vu l’arrivée de 60 000 nouveaux clients.

« C’est très utile pour les interdits bancaires, pour ceux dont la carte est bloquée et qui doivent aller au guichet de leur banque pour retirer quelques euros. Cela leur évite d’être stigmatisés », souligne Maxime Pekkip, chargé de mission à l’association Crésus, un réseau national de prévention et d’accompagnement des ménages surendettés, en entrevue avec le journaliste du Monde.

TROIS FOIS MOINS CHER QU’UNE BANQUE

Autre intérêt pour les individus les plus pauvres, les découverts ne sont pas autorisés. Impossible donc de tomber dans le rouge, ce qui évite pas mal de frais inhérents, l’une des plus grandes plaies des ménages en situation de précarité. En cas de prélèvement, le titulaire est même prévenu par message texte si son compte est insuffisamment crédité.

Du côté des tarifs, même si chaque retrait dans un distributeur automatique est facturé un euro (1,29 dollar), le coût annuel du compte est de 30 à 50 euros (de 43 à 72 dollars) environ, soit trois fois moins que dans une banque classique.

Quant aux buralistes eux, ils ont tout intérêt à faire la promotion de ce service, écrit le journaliste du Monde. À chaque souscription, ils touchent 3 euros (4,30 dollars) et perçoivent ensuite une commission lors de tout dépôt ou retrait d’espèces. Ou comment transformer les gérants de tabac en banquier…

500 000 CLIENTS FIN 2016

Selon les calculs de l’entreprise, une boutique ouvrant un compte tous les deux jours réalisera, au bout de trois ans, de 8 % à 10 % de ses revenus grâce à cette nouvelle activité. Pas de quoi sauver un tabac en difficulté, disent-ils… mais de quoi tout de même amener de nouveaux clients, qui en profitent pour acheter des cigarettes, un journal, un billet de loterie, etc.

Car la clientèle change, apprend-on. Si au début, il s’agissait principalement de marginaux, 45 % des clients sont aujourd’hui salariés et les parents en ouvrent même pour leurs enfants depuis que l’offre 12-18 ans a été lancée en octobre dernier.

La banque qui n’en est pas une, elle, emploie 81 personnes et devrait réaliser environ 19 millions d’euros (27,5 millions de dollars) de chiffre d’affaires en 2016. Nickel vise les 500 000 clients d’ici à la fin de l’année. Pour cela, elle va continuer à déployer de nouveaux points de vente, lancer une application Android et iOS, permettre le paiement par message texte entre clients, avant de s’attaquer au marché des toutes petites entreprises.

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